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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 16:16

Une exposition consacrées aux Toilettes publiques m'incitent à republier le texte déjà paru sur ce blog le 9 mai 2011

 

Dans ce Paris de la fin des années 50, les bordels avaient déjà disparu. Mais il y avait des pissotières toutes circulaires qui étaient aussi fréquentes que les colonnes Morris. Il y eut des municipalités qui cédèrent aux pressions des syndicats des cafetiers désirantt supprimer ces engins pour récupérer la clientèle des pis- seurs obligés de consommer après avoir fait usage des toilettes. Pour calmer ma colère d’avoir vu disparaître les pissotières, je n’hésite pas à user des toilettes des bistrots sans pour autant prendre une consommation.
Je me souviens, comme dirait Georges Perec des autobus à plateforme. C’était très agréable de faire une balade dans Paris à l’air libre lorsqu’il ne faisait pas trop froid et ces autobus étaient parfaitement bien dessinés. On peut les revoir dans ce beau petit film de Lamorisse : le Ballon rouge. Lorsque l’on prenait le bus, on payait en fonction de la longueur de son trajet par l’entremise des sections, et le receveur venait lui-même vendre les billets sans que nous ayons besoin de nous dé- placer. Il annonçait les arrêts : Voici Denfert et son lion et voici Duvernet et son mouton. Palais-royal, fin de section ! Dans le métro, des poinçonneurs et des poin- çonneuses essayaient de fabriquer des confettis en faisant des trous, des petits trous, toujours des petits trous, comme le chantait Gainsbourg. Ce qui était moins agréable, c’était les portillons automatiques qui empêchaient les voyageurs de courir après les trains arrivant sur les quais. Il y avait aussi une ligne de métro cu- rieuse par ses décorations di
!érentes des autres lignes, c’était l’ancien Nord-Sud, qui était jusqu’en 1930, concurrent du métro, il allait de Montmartre à Montpar- nasse ou plus précisément de la porte de la Chapelle à la porte de Versailles. Il fallait éviter de prendre une correspondance à Marcadet-Poissonnier, car le couloir était fort long. Les noms des stations étaient tout un programme : Chemin vert, Filles du calvaire, Bonne Nouvelle, Jasmin etc. Les stations étaient toutes tapissées de carreaux de faïence blanche comme dans cet immeuble de la rue Vavin immortalisé dans le dernier tango à Paris.Dans les tunnels noirs entre les stations, on ne pouvait que voir des a"ches publicitaires avec DUBO, DUBON, DUBONNET. La fréquence de ces a"ches nous agaçait et était probablement contre-productive car je n’ai jamais bu de cet apéritif. Les stations de métro au style art déco de Guimard étaient nombreuses. Il en reste très peu aujourd’hui.

Les flics avaient un képi et une pèlerine en hiver. Actuellement ils sont en tenue de combat ou déguisé en loubard.
Des encarts publicitaires paraissant dans les revues médicales qui traînaient chez moi avaient pris pour thème Paris méconnu. Il y avait dans chaque revue deux

hors-texte avec une photographie et un commentaire... puis lune publicité pour un médicament. C’est ainsi que je sus qu’au métro Bastille, on pouvait observer un vestige de l’ancienne Bastille : deux pierres qui ont résisté à la destruction de la forteresse. Je sus aussi que place Furstemberg il y a l’atelier de Delacroix, qu’au théâtre Sarah Bernard le trou du sou#eur correspond au lieu où Gérard de Nerval s’est pendu, qu’au métro aérien Jaurès et au parc Monceau il y a des rotondes construites par l’architecte Ledoux, ce célèbre architecte du XVIII ème siècle qui bâtit les Salines d’Arc et Senans et la prison d’Aix-en-Provence. Ces rotondes sont les vestiges des anciennes fortifications. Il n’y a plus de fortifications chantait Fréhel sur l’électrophone de Jean-Pierre Léaud dans la Maman et la Putain, Je sus aussi que rue Visconti, cette rue du quartier Saint Germain des près entre la rue de Seine et la rue Bonaparte vécut Jean Racine.

Il y avait toujours les Halles avec ses odeurs particulières aujourd’hui disparues. On dit que lorsque les Halles déménagèrent pour Rungis, les rats des Halles sui- virent les camions à Rungis et à Rungis, il y a autant de rats qu’il y en avait rue Saint-Denis.
Un autre lieu peu connu était l’île aux cygnes avec la statue de la Liberté, maquette de celle de New York, tout près de ce Pont Mirabeau, célébré par Apollinaire. L’une des choses que je regrette le plus c’est les numéros de téléphone MON 06 92 BAB 0514, TAITbout1012. On pouvait au moins retenir les numéros de téléphone qui évoquaient les lieux où habitaient nos correspondants

Jean-Pierre Bénisti

 

Voir : 

Les Tasses, toilettes publiques, affaires privées exposition de Marc Martindu 19 novembre au 1er décembre au Point éphémère, à Paris (Xe). Livre éponyme : éd. Agua, 300 pp, 58 .

Vespasiennes : petit coin, gros tabous 

par  Emmanuèle Peyret

(https://www.liberation.fr/auteur/7985-emmanuele-peyret)

Libération — 19 novembre 2019 

Photo JPB 1960

Photo JPB 1960

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