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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 10:35

En octobre 70, je finissais des études de Médecine et la faculté de Grenoble, où j’étais inscrit m’avait envoyé à l’hôpital Camille Blanc d’Évian pour y effectuer un stage.

Cette saison, beaucoup de personnalités disparurent : Nasser, Mauriac. De Gaulle avait dit à la mort de Mauriac : « Son souffle s’est arrêté. C’est un grand froid qui nous saisit. » Agacé par l’insistance des informations télévisées sur les conséquences de la mort de Nasser, des personnes avaient des réactions méprisantes sur la façon dont les musulmans faisaient le deuil de leur leader, d’autre comme le Docteur L nous dit : « J’appréhende le jour où De Gaulle va partir. Pendant trois mois, la télévision ne va parler que de ça. »  Et le 10 novembre, alors que nous étions en  visite avec le Docteur C, une malade qui semblait préoccupée nous dit : « Je viens d’écouter la radio, le Général De Gaulle vient de s’éteindre à l’âge de quatre-vingts ans. Il aurait eu une rupture d’anévrysme alors qu’il était en train de faire une réussite, auprès de sa femme ! Pauvre Tante Yvonne ! ». Le docteur  C interrompit un instant sa visite et nous dit : « Ce fut un grand personnage. Une page de notre histoire se tourne. » Le lendemain, c’était le 11 novembre, Un des amis, Bernard , est venu me voir et m’a fait faire une promenade à Montreux. Nous avons remarqué au passage de la frontière franco-suisse que le drapeau français était en berne, alors que deux mètres plus loin, le drapeau helvète ne l’était pas. Les Suisses, il est vrai, n’étaient pas en deuil. Il eut été cependant normal qu’aux postes frontières, les drapeaux soient en berne des deux côtés, par solidarité entre voisins et oui, il ne faut surtout pas prendre l’Helvétie pour des lanternes !

Le lendemain 12 novembre, c’était le jour des obsèques et j’ai assisté en compagnie des malades, à la retransmission télévisée de la messe à Notre-Dame. Je n’ai pu assister à la retransmission des obsèques à Collombey, car j’étais de service. Un étrange silence régnait sur Évian, où les rares magasins ouverts en automne avaient baissé leurs rideaux. On entendait seulement le croassement des corbeaux qui volaient autour du lac. Un médecin de l’hôpital nous dit : « Celui-là , même sa mort, il ne pas raté. Dans les jours qui suivaient, j’étais étonné de voir les réactions de certaines personnes admiratrices du Général qui allaient jusqu’à l’idolâtrer. Il y eut un car qui partit d’Évian pour Collombey et quelques employés de l’hôpital Camille Blanc firent le voyage.

Quand je vis mes parents à Alger, au mois de décembre, ils me racontèrent comment la mort de De Gaulle avait été ressentie à Alger. La communauté française avait été vexée car, le drapeau, en berne en raison du deuil consécutif à la mort de Nasser cessait de l’être le jour même de l’annonce de la disparition du Général. Quelle ingratitude envers l’homme qui avait permis à l’Algérie de devenir indépendante. Mes parents se rendirent à la cathédrale où Monseigneur Duval avait célébré une messe. L’Ambassadeur de France, Monsieur Jean Basdevant y assistait et reçut les condoléances de l’assistance.

Charles S, un cousin médecin qui était installé à Nice et gaulliste de la première heure nous fit part de son écœurement en voyant des pieds-noirs se réjouissant de la mort de De Gaulle en ouvrant une bouteille de Champagne. J’ai toujours pensé que quelle que soit l’aversion que l’on peut avoir envers une personne, il est inconvenant  de se réjouir de sa mort et j’ai eu de vives discussions avec des collègues, pourtant médecins, qui se sont réjouis en novembre 1975 de la mort de Franco. Je détestais ce personnage, mais je n’avais aucune raison de me réjouir de sa disparition physique.

Pour ma part, j’avoue n’avoir pas été toujours en accord avec la politique du Général.

Vis à vis de ce grand homme, j’ai eu une position ambivalente. J’étais gaulliste lorsque je me trouvais hors de France et je ne l’étais plus lorsque j’étais à l’intérieur de l’hexagone. Je n’ai pas apprécié la façon dont il est revenu au pouvoir en 1958 et sur la Constitution de la V ème République. J’admire surtout l’homme du 18 juin et celui qui a permis à la France d’avoir sauvegardé son indépendance par rapport aux Etats-Unis.

Il a aussi le mérite d’avoir résolu le problème algérien. Je sais que beaucoup de gens lui reprochent d’avoir  traité l’affaire d’une manière trop chirurgicale en négligeant  les pieds-noirs et  les harkis. Cela est vrai. Mais, la France était au bord de la guerre civile. Le problème était extrêmement complexe, et il l’a résolu.

 

                                               Jean-Pierre Bénisti.

 

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De Gaulle par Picasso

De Gaulle par Picasso

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