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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 17:20

Aujourd’hui, sur France Culture l’émission de Raphaël Einthoven nous invite à une analyse comparée des fables de La Fontaine et des chansons de Brassens. Idée intéressante mais pas nouvelle. Il y a cinquante ans, mon professeur de lettres, Jean Oliviéri, avait osé à une époque où le Gorille n’était pas audible à la radio, comparer Brassens à Villon.

Mon admiration pour Brassens remonte à très longtemps. Dans les années 50, mon oncle Henri, délaissant son phonographe à manivelle et fier d’avoir acquis un des premiers tourne-disque 33 tours,  m’avait initié à ce chanteur en me faisant écouter les Sabots d’Hélène et Putain de toi.

Depuis je ne me suis pas lassé de l’écouter. Je connaissais tellement bien ses chansons que j’arrivais à les repérer  à l’audition des premiers accords de guitare. Mon père me disait : « Tes leçons de Brassens, tu les sais bien ! Dommage qu’il n’en soit pas de même dans les autres matières. » Je peux dire que  Brassens m’a accompagné pendant toutes mes années d’adolescence que je pourrais appeler mes années Brassens. Bien sûr, il y a des chansons moins bonnes que d’autres comme cette fameuse chanson sur le nombril de la femme d’un agent de police. Plus tard lorsque, médecin, j’ai fait des gardes de médecine générale, alors que j’étais en train d’examiner une patiente qui avait des douleurs abdominales, la patiente me dit que son bonhomme de mari était flic, je pensais au fond de moi, être le plus heureux des hommes, j’avais enfin vu le nombril de la femme d’un agent de police.

 

Il y a plusieurs Brassens Il y a un Brassens gaillard avec quelques chansons proches de ce que l’on appelle les chansons de corps de garde, ce ne sont pas les meilleures chansons de Brassens mais elles sont amusantes : Quand on est con, on est con. ; Marinette, Le Pornographe.... D’autres chansons nous présentent des êtres humbles que nous voudrions rencontrer : l’Auvergnat, les sabots d’Hélène, le vieux Léon, Jeanne., Pauvre Martin. Quelquefois Brassens flirte avec le surréalisme : Un gorille violant un juge, des mégères serrant des gendarmes entre de gigantesques fesses et cette brave Margot qui donne à téter à un chat , cette même Margot qui donne ce même sein à ces marmots, le sein qui fut un jour tété par son amant.. Au cours du cortège nuptial le vent emporte le chapeau du marié suivi par les enfants de cœur, comme dans un tableau de Chagall. . .Il y a aussi  le Brassens précieux : la marche nuptiale, Pénélope, les amours d’antan et le blason , ce merveilleux poème de plusieurs strophes pour ne pas avoir à prononcer « un tout petit vocable de trois lettres et pas plus. » Toutes ses chansons sont intemporelles et  se confondent avec les vieilles chansons populaires de tous les temps. Avec des expressions quotidiennes, il arrive à enrichir notre langage : Faire mes quatre voluptés… M’envoyer à la santé me refaire une honnêteté, il n’y a pas de quoi fouetter un cœur…Il y a même quelquefois des illustrations d’idées philosophiques. Ce pauvre Martin  qui creuse la terre et creuse le temps résume en une courte chanson, ce que Camus nous a dit dans le mythe de Sisyphe.

 

À propos de Camus. D’après divers témoignages, il paraîtrait que Camus aimait beaucoup les chansons. Il chantait une chanson qui pourrait être une chanson populaire d’un chansonnier proche d’Aristide Bruant ; En fait il est probable que la chanson ait été composée par Camus

 

Elle s’appelait misère de ma vie,

Car c’était bien vrai,

Elle n’avait pas chance

Avec ses poumons au trois quarts pourris

C’était une fille de l’Assistance

Pas de  chance….

Pas de  chance….

 

Elle était née le jour des morts,

C’est un bien triste sort,

Elle fut séduite à la trinité

C’est une calamité

 

(Variante)

Elle était née le jour des morts,

C’est un bien triste sort,

Elle est morte à la trinité

C’est la fatalité

 

Son père s’adonnait à la boisson

Sa mère lâchement avait su (?)

Et elle mourut sans parents,

Elle qui vécut sans enfants.

 

Mon père me racontait que lorsqu’il fréquentait Camus, les amis  avaient l’habitude au cours des réunions festives de pousser la chansonnette et ils chantaient souvent les chansons algéroises  d’Edmond Brua.

Roland Simounet raconte un voyage en auto avec Camus entre Alger et Orléansville            (Traces écrites,    Domens, Pézenas, 1997 p.49)

  Ce jour-là il (Camus) propose de chanter  sa chanson de son choix, tout le monde allait de son refrain, …

Avec nous nous avions pris une jeune fille fraîche et innocente….

Quand arriva son tour, elle commença quelques couplets du « gorille ». Un, deux, trois quatre. Comme elle avait l’air de bien connaître cette chanson. Camus risqua de lui demander si elle savait la suite ; sans interruption, elle alla jusqu’au bout. Il suffoqua de rire, apparemment il était le seul à connaître cette fin…

Brassens aurait eu beaucoup d’admiration pour Camus et il existerait un exemplaire de la Peste annoté par Brassens.

 

Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

Voir émission de Raphaël Einthoven sur France Culture :

 

http://www.franceculture.com/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-chaos-35-la-fable-de-brassens-et-la-fontaine-2011-0

 

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commentaires

Jean-Pierre Bénisti 04/03/2011 14:19


Serge Dupessey me fait part de ses réserves au sujet de la pensée politique de Brassens. Je partage ses réserves, Brassens rejoint les anarchistes de droite, cela n'affecte pas son talent et il est
permis d'apprécier une personne qui ne partage pas la totalité de nos idées.
La chanson "les deux oncles" est tout à fait contestable dans son esprit : Brassens qui généralement écrit des chansons intemporelles, cite nommément Pétain, or les noms propres sont très rares
dans ses chansons. On peut admettre
qu'il y a nécessité dans un désir de réconciliation de tourner une page d'histoire, mais on ne peut accepter de renvoyer dos à dos résistants et collabos. De plus les résistants ne sont pas morts
pour des idées mais pour refuser un régime qui construisait des usines à fabriquer des morts.


Bernard MAHASELA 03/03/2011 13:23


Merci pour ce rapprochement Brassens-Camus, cher Jean Pierre. Cela me donne l'occasion de laisser (enfin) un commentaire sur votre blog souvent passionnant. BM


Dupessey Serge 03/03/2011 10:24


Ton admiration pour Brassens me laisse perplexe. Ce fort bon compositeur provoque une dévotion sélective. Tu ne retiens de sa plume que ce qui t'as fasciné et tu occulte l'autre Brasses ,
l'anarco-paitiniste . Céline ou Brasillach sont de grand écrivains: cela n'a jamais empêché qu'ils soient des crapules.
Brassens, bien que le comparaison soit disproportionné,a toujours bénéficié d' un"passeport de blanchiment". Intouchable !!! Relis ies "Deux oncles" ? Il met dans le même sac les collabos et les
résistants, les nazis et les anglo-saxons , Pétain aurait pu faire passer sa chanson avant son discour le lendemain du débarquement. Il a récidivé , d'une manière plus subtil avec "Rome brule-t-il"
.Pourquoi ne pas changer Rome par Paris !
Ma stupéfaction est toujours intacte devant la vénération d'une gauche pour des idoles de pacotille . Jean Cau avait raison ; Brassens , c'est de la merde.