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14 juillet 2013 7 14 /07 /juillet /2013 15:53

 

 

 

C’était un 14 juillet 1993, vingt ans déjà,

 

 

Lisons  la Mémoire et la mer, le texte peut se passer de musique. Il n’a pas pris une ride.

 

 

 

La Mémoire et la mer

 

 

La marée je l'ai dans le coeur

 

Qui me remonte comme un signe

 

Je meurs de ma petite soeur

 

De mon enfant et de mon cygne

 

Un bateau ça dépend comment

 

On l'arrime au port de justesse

 

Il pleure de mon firmament

 

Des années-lumière et j'en laisse

 

Je suis le fantôme Jersey

 

Celui qui vient les soirs de frime

 

Te lancer la brume en baisers

 

Et te ramasser dans ses rimes

 

Comme le trémail de juillet

 

Où luisait le loup solitaire

 

Celui que je voyais briller

 

Aux doigts du sable de la terre

 

 

Rappelle-toi ce chien de mer

 

Que nous libérions sur parole

 

Et qui gueule dans le désert

 

Des goémons de nécropole

 

Je suis sûr que la vie est là

 

Avec ses poumons de flanelle

 

Quand il pleure de ces temps-là

 

Le froid tout gris qui nous appelle

 

Je me souviens des soirs là-bas

 

Et des sprints gagnés sur l'écume

 

Cette bave des chevaux ras

 

Au ras des rocs qui se consument

 

Ô l'ange des plaisirs perdus

 

Ô rumeurs d'une autre habitude

 

Mes désirs dès lors ne sont plus

 

Qu'un chagrin de ma solitude

 

 

Et le diable des soirs conquis

 

Avec ses pâleurs de rescousse

 

Et le squale des paradis

 

Dans le milieu mouillé de mousse

 

Reviens fille verte des fjords

 

Reviens violon des violonades

 

Dans le port fanfarent les cors

 

Pour le retour des camarades

 

Ô parfum rare des salants

 

Dans le poivre feu des gerçures

 

Quand j'allais géométrisant

 

Mon âme au creux de ta blessure

 

Dans le désordre de ton cul

 

Poissé dans les draps d'aube fine

 

Je voyais un vitrail de plus

 

 

Et toi fille verte mon spleen

 

 

Les coquillages figurants

 

Sous les sunlights cassés liquides

 

Jouent de la castagnette tant

 

Qu'on dirait l'Espagne livide

 

Dieu des granits ayez pitié

 

De leur vocation de parure

 

Quand le couteau vient s'immiscer

 

Dans leur castagnette figure

 

Et je voyais ce qu'on pressent

 

Quand on pressent l'entrevoyure

 

Entre les persiennes du sang

 

Et que les globules figurent

 

Une mathématique bleue

 

Dans cette mer jamais étale

 

D'où nous remonte peu à peu

 

Cette mémoire des étoiles

 

 

Cette rumeur qui vient de là

 

Sous l'arc copain où je m'aveugle

 

Ces mains qui me font du flafla

 

Ces mains ruminantes qui meuglent

 

Cette rumeur me suit longtemps

 

Comme un mendiant sous l'anathème

 

Comme l'ombre qui perd son temps

 

À dessiner mon théorème

 

Et sur mon maquillage roux

 

S'en vient battre comme une porte

 

Cette rumeur qui va debout

 

Dans la rue aux musiques mortes

 

C'est fini la mer c'est fini

 

Sur la plage le sable bêle

 

Comme des moutons d'infini

 

Quand la mer bergère m'appelle

 

 

Léo Ferré

 

 

 

 

http://memoirechante.wordpress.com/2011/12/27/leo-ferre-la-memoire-et-la-mer/

 

 

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