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27 septembre 2011 2 27 /09 /septembre /2011 17:59

 

Il s’en fallait de peu, mon cher,

Que cette putain ne fût ta mère.

 

Georges Brassens

 

Actuellement passe sur les écrans l’Apollonide.de Bertrand Bonello Ce film se passe entièrement dans une maison close située à Paris entre la fin du XIX ème siècle et le début du XX ème.  Ce film est inspiré du livre de Laure Adler sur la vie quotidienne dans les maisons closes (1)    Toutes les scènes  se passent à l’intérieur du bordel et l’on ne sort de ce huis clos que lors d’une sortie des pensionnaires au bord de la  rivière où les filles se baignent nues. C’est un clin d’œil à cette époque impressionniste des déjeuners sur l’herbe de Manet  ou de Monet et des baigneuses de Renoir.

Dans la littérature de cette époque d’avant la guerre 14  dont nos grands-parents en gardaient une nostalgie, le bordel faisait partie de la cité comme l’église ou le café. Les écrivains comme Maupassant, Flaubert, Charles-Louis Phillipe, Proust, Carco, Mac Orlan  en ont largement parlé.  Les cinéastes se sont emparés du thème et l’on pense au Bonheur de Max Ophuls inspiré de la Maison Tellier de Maupassant, Belle de Jour de Buñuel ou les films de Fellini où il nous transporte dans les bordels de la Rome fasciste avec un défilé de putains déshabillées précèdent un défilé de mode ecclésiastique avec des cardinaux à bicyclette.

 

C’est peut-être en peinture que le thème du bordel s’est le mieux exprimé et l’on pourrait parler d’une véritable école bordèlique.

Van Gogh à Arles se tranche l’oreille en décembre 1888 et offre  le lobe de son oreille à une prostituée de la maison de tolérance n°1. Les maisons que Paul Claudel  appelait de tolérance étaient à Arles désignées par des numéros. Cette automutilation correspond d’après les psychanalystes à un fantasme de castration. C’est  à ce moment-là que le peintre réalise son autoportrait avec son bandeau, sa pipe et sa toque de fourrure. Ce tableau dont je voyais la reproduction qui ornait le salon d’un ami de mes parents m’a suivi pendant toute mon enfance. J’étais fasciné par l’harmonie des couleurs : la veste verte et le mur rouge et orange et les yeux de l’artiste qui nous regardent encore et toujours.

Pendant ce temps-là à Paris, Toulouse-Lautrec passe sa vie dans les bordels parisiens et il n’e cesse pas de peindre les pensionnaires et les salons de ces maisons. Toutes ces peintures de Toulouse-Lautrec sont une véritable chronique de cette société fin de siècle.

Degas lui aussi, délaissant les cavaliers et les danseuses, va croquer dans les bordels des créatures felliniennes avant la lettre. Picasso fit l'acquisition  une de ses oeuvres  représentant trois dames de bordel Cette peinture se trouve actuellement au Musée Picasso. C’est dans un bordel de Barcelone, qui se trouvait Carrer de Avignon (ou Calle de Avignon) que Picasso devait peindre les Demoiselles d’Avignon, qui marque la transition de l’époque dite nègre de Picasso à l’époque cubiste.

 

Les peintres ne fréquentaient pas uniquement  les salons parisiens. En Afrique du Nord, il existait une prostitution coloniale où cohabitaient  européennes et nord-africaines. Albert Marquet et surtout Jean Launois et Charles Brouty ont fréquenté la Casbah d’Alger. Launois a travaillé longtemps dans ces salons d’Alger comme Toulouse-Lautrec ou Pascin travaillaient dans les salons parisiens.

Le Corbusier se rend  à Alger en 1931 et Jean de Maisonseul  qui lui fit visiter la Casbah et ses bordels . nous raconte  qu’il fut frappé par la beauté  d’une fille espagnole et d’une très jeune Algérienne, qu’ils nous firent monter par un étroit escalier jusqu’à leur chambre et les dessina nues sur un cahier d’écolier. »(2)

Louis Bénisti qui s’était longtemps promené dans la Casbah nous racontait ses souvenirs : « Nous nous trouvions devant des portes aux peintures criardes l'une arborait une enseigne qui s'appelait : le Soleil,   l’autre arborait un chiffre énorme: le chiffre  12  et s’appelait les Andalouses, les douze andalouses. Les andalouses étaient des filles venues de leur pays : l'Andalousie qui, après avoir gagné leur dot  s'en retournait dans leur pays acheter une maison. C’était une coutume assez curieuse. C'est là qu'on trouvait des petites Espagnoles âgées de seize à vingt ans. Cette rue Kataroudjil  se prolongeait en descendant         vers l'intérieur de la ville,   ce prolongement était constitué par une succession   de maisons closes et de maisons  qui arboraient une pancarte :": maison honnête". Alors on descendait toujours avec  ce cœur angoissé, cette même peur que  nous avions d'aborder  l'inconnu. La rue descendait nous arrivions à la maison des   prostituées kabyles  et  puis cette rue arrivait à croiser la   rue de la Casbah. »  Vers 1989, il devait reprendre les croquis qu’il avait rapportés  d’Alger et il nous reconstitua ces petits salons de l’Algérie des années 30 et  40

 

 

Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

(1)    Laure ADLER : La vie quotidienne dans les maisons closes 1830-1930, Hachette, Paris1990

(2)    Stanislas VON MOOS Le Corbusier, l’architecte et son mythe. Horizons de France, Paris 1970

(3)    Louis BÈNISTI ; Promenades dans la Casbah. Entretien avec Jean-Pierre Bénisti in Louis Bénisti, peintre, sculpteur et écrivain. Algérie Littérature Action n°67-68, 2003, Alger, éditions Marsa.


 

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Louis Bénisti : Le  salon des Andalouses , Gouache 1989.

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