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12 février 2020 3 12 /02 /février /2020 18:54

     En 1962,  j’avais quitté Alger et j’étais élève en terminale au lycée Jacques Decour, square d’Anvers à Paris. 

    Sur les murs de Paris, des affiches appelant au vote d’un statut pour  les objecteurs de conscience étaient placardées. Elle portait la signature de Louis Lecoin, qui avait entrepris pour défendre ce projet une grève de la faim. Je sus que Lecoin était un vieux militant non-violent  qui avait été  en son temps défendu par Camus  Je fus attentif à l’appel de ce monsieur.  Gardère, mon professeur de philosophie,  aborda  en  classe le problème de l’objection de conscience et prit la défense de Lecoin.  J’ai toujours été sensible  à ces personnes qui, par pacifisme, militent pour l’objection de conscience. Je pensais à la chanson de Francis Lemarque chantée par Yves Montand :

            Quand un soldat s’en va--en guerre, il a

            Des tas de chansons et des fleurs sous ses pas, 

            Quand un soldat revient de guerre, il a 

            Simplement eut de la vaine et puis, voilà !

Cette chanson était relayée par le Déserteur de Boris Vian, chantée par Mouloudji.

 

            Un matin fin janvier, les enseignants firent deux heures de grève contre le terrorisme et pour la paix en Algérie. Les cours s’arrêtèrent à dix heures. Je me rendis avec des camarades à la Mutualité où un meeting eut lieu. Le doyen Georges Vedel fit un très grand discours sur les libertés menacées par la poursuite de la guerre d’Algérie. On fit l’éloge de  l’engagement des intellectuels contre la guerre d’Algérie et notamment au sein du Comité Maurice Audin. Georges Vedel, brillant professeur de Droit constitutionnel entra par la suite à l’Académie française ;  à sa mort, son fauteuil sera occupé par Assia Djebbar, qui ne mentionna pas dans son discours  l’action de Vedel pour la paix en Algérie. Ah, chère Assia  Djebbar,   le saviez-vous et dans ce cas, ce n’est pas correct que l’ancienne militante algérienne ne le mentionnât point, ou l’ignoriez-vous et ce serait plus grave ! 

 

            L’OAS frappait à Alger en plastiquant  les personnes qui ne leur n’étaient pas favorables et en assassinant leurs opposants. Mon père en voulait terriblement à De Gaulle d’avoir laissé se former ce mouvement dans le but de pourrir la situation et de peser sur les négociations avec le FLN. Cette stratégie du pourrissement de la situation était tout à fait  déplaisante. En France, l’OAS n’assassinait pas encore beaucoup, mais plastiquait les appartements des intellectuels et des professeurs de Facultés : Laurent Swartz, Alfred Kastler, futur prix Nobel, Roger Godement, Georges Gurvitch etc.…Un soir, elle essaya de frapper l’auteur de la Condition humaine : une charge de plastic fut déposée devant l’appartement de Malraux. Ce n’est pas le ministre qui fut atteint mais sa voisine, une petite fille Delphine Renard1 qui eut une grave blessure au visage.) Devant l’indignation de la population parisienne, les partis de gauche appelèrent à manifester le soir même, de la Bastille à la République. Des tracts étaient distribués le matin du 8 février.  Papon, comme d’habitude, prétexta l’atteinte à l’ordre publique pour interdire la manifestation. Je me suis rendu aux abords de la Bastille pour voir l’évolution de la situation, des bouts de manifestations essayaient d’avancer. Les flics frappaient les manifestants qu’ils trouvaient sur leurs passages et entraînaient des bousculades dans la foule. Les manifestants dispersés par la force se trouvaient sans contrôle et pouvaient se livrer à des exactions. J’ai pris donc le métro et je suis rentré à Montmartre. La radio nous apprit que huit manifestants avaient été mortellement blessés aux alentours du métro Charonne. Beau travail ! Monsieur Papon ! Les ordres donnés aux policiers de réprimer les manifestants ont entraîné une gigantesque bousculade précipitant les passants, manifestants ou non, vers les bouches de métro qui étaient fermées par mesure de sécurité.  Ce préfet s’était déjà illustré le 17 octobre 1961 en réprimant la manifestation des Algériens. Heureusement que ce sinistre préfet de police soit parti en retraite juste avant Mai 68. Un préfet de police d’une autre qualité, Maurice Grimaud réussit à  limiter les dégâts au cours des nombreuses manifestations parisiennes. Les responsables actuels de la police devraient s’inspirer de ce préfet.

            Nous étions naturellement très en colère de l’attitude du pouvoir gaulliste, vis-à-vis des militants pacifistes de gauche. En fait, et cela  je l’ai compris bien plus tard. De Gaulle  pour mettre fin à la crise algérienne voulait se passer d’un soutien de personnes venant d’une gauche dominée par le PC. Après ces événements, il était très difficile pour des personnes de gauche d’accorder un soutien à la politique de De Gaulle , même si elles  approuvaient sa politique algérienne . 

            Le mardi  13 février, je me rendis au lycée Jacques Decour, où les professeurs comme les élèves étaient invités à se mettre en grève. J’ai donc rejoint mes camarades à la porte du lycée et nous nous sommes rendu à la République dans le but de nous joindre au cortège funèbre qui accompagnait les victimes au cimetière du Père Lachaise. Nous avons attendu  sur les trottoirs de l’avenue Parmentier le passage du cortège composé d’abord du fourgon mortuaire, puis d’une fanfare jouant la marche funèbre de Chopin, puis huit jeunes portant les photos géantes des huit  victimes2, ensuite les familles des victimes en habit de deuil, enfin les représentants des syndicats et des partis politiques.  Il était facile de remarquer la délégation du PC avec Jacques Duclos, Waldeck Rochet et Jeannette Vermersh, la délégation du PSU avec Edouard Depreux, André Philip et Pierre Mendès-France  dont la présence fut très remarquée. Après le passage des officiels, nous avons rejoint la longue foule anonyme. Le journal, l’Humanité parla d’un million de personnes, la préfecture de police estima le nombre des présents à cinquante mille. En fait nous devions être un demi million. Arrivé à la porte du Père Lachaise., nous devions écouter  les discours des responsables syndicaux, comme Paul Ruff, de la FEN, que mes parents  avaient bien connu à Alger, à l’époque où il enseignait les mathématiques dans un cours privé fondé à l’intention des élèves israélites mis à la porte des lycées par les autorités vichystes.  Le temps de ce 13 février était assez gris. Vers midi le soleil se leva et les oiseaux se mirent à chanter pour accompagner les discours des orateurs. Après les discours, nous avons atteint le mur des fédérés où les victimes ont été inhumées. Face au mur, les gerbes déposées formaient un gigantesque parterre de fleurs.

 

                                                                                                       Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  1. Delphine RENARD : Tu choisiras la vie, Paris, Éditions Grasset et Fasquelle, 2013 336 p. (
  2. Alain DEWERPE (1952-2015) , le fils d’une des victimes, Fanny Dewerpe, devenu historien a écrit un livre sur cet événement : Alain DEWERPE: Charonne, 8 février 1962 : anthropologie historique d’un massacre d’État. Gallimard. Coll « Folio. Histoire » (n°141) , 2006, 897p 

 

 

Fin de la guerre d’Algérie : souvenirs des tristes jours de février 1962 à Paris.

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24 janvier 2020 5 24 /01 /janvier /2020 09:08

Portrait de déporté par Picasso publié dans le journal l'Humanité (ou les Lettres Françaises) en 1955 Pour le 10ème anniversaire de la libération d'Auschwitz.

 

 

 

 

75 ème anniversaire de la libération d'Auschwitz.

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3 janvier 2020 5 03 /01 /janvier /2020 09:35

Les Iles 

Une frange de récifs protégeait ses abords mieux que murailles et glacis. Pour les prudences de la mer, c’était « les Iles ».

Certains de ces hauts-fonds se perdaient à la vue sous des crachats d’écumes mêlés à leurs toisons d’algues. L’un d’eux cependant pointait aux jours des calmes plats et des mers basses, une pierre noire où l’œil d’une source filait une eau douce venue de montagnes lointaines. Mais sous les rouleaux que poussaient les vents, rien n’apparaissait de cette tête où souvent les navires se brisèrent.

Les pêcheurs qui ramenaient leurs prises dans la nuit des petits matins savaient l’éviter et l’appelèrent « Ras El Aïn ». Aux temps où les barbaresques s’enrichissaient des butins de la course, ils trouvaient derrière ces récifs, des sables où dresser leurs felouques. Alors à l’abri des poursuites, ils pouvaient démâter et retourner les coques pour curer les souillardes et recalfater les bitumes. Puis, ils remouillaient et menaient leurs coursiers vers des criques au pied des falaises d’où les guetteurs criaient la vue des galions souvent chargés de draps anglais et de faïences hollandaises.

Pour vaincre la « course », les Espagnols prirent pied sur la plus grande pente de ces îles et n’en furent chassés qu’au moment où un remblai de gravats en permit le siège et l’assaut. Leur fuite abandonnait des casernes et un fortin dominé par une tour nommée « El Peñon ». Les siècles écoulés ont fait de cette vigie une gloire de pierre.

De Mustapha, nous regardions ce doigt levé qui désignait une darse sertie comme un joyau entre les arcades de l’Amirauté et les murs espagnols.

La tour devint sémaphore et son lanterneau fut muni d’un phare. Dès la nuit tombée, des faisceaux alternés étendaient sur la baie, des bras de lumière qui bénissaient le port aux cadences des codes marins. Quant au sémaphore surmonté du drapeau français, il disait l’état de la mer et signalait l’entrée des courriers dans le golfe. Dès qu’apparaissaient à son grand mât, les couleurs d’une compagnie de navigation, une foule s’agglutinait aux rambardes des boulevards, chaudes de soleil.

Comme un majestueux seigneur, escorté de bateaux-pilotes et de remorqueurs, le navire franchissait la passe, remplissait le port, puis doucement s’alignait à un accastillage juste fait pour sa grandeur.

Inconscients d’un héritage de grandeur, enfants insouciants de son prestige, nous savions cependant que ce balcon qui dominait la baie était un morceau de France offert en cadeau à ce côté de mer réchauffé au soleil d’Afrique. De là, sous un ciel entier, nous regardions le monde au delà des limites de nos regards.

Une voile, lentement, glissait sur l’eau bleue du crépuscule. Quelques fumées montaient encore des navires assurés sur leurs amarres. Des points de lumière piquaient le Cap Matifou. Les feux  de la passe s’allumaient. Dans le soir qui repoussait la nuit, nous attendions les derniers rouges de l’horizon.

Sur l’eau à peine bougée que brunissait le couchant, les bateaux s’endormaient sur leurs rêves d’évasion vers les îles du bout du monde, où vers des lointains plus proches que nos instituteurs nous racontaient. Ils évoquaient un vieux pays de forêts et de marécages où, vêtus de peaux de bêtes, vivaient aux temps anciens nos ancêtres les Gaulois. Ainsi nos maîtres troquaient-ils un immense amour contre une assiduité vers une vérité que nous gardions au cœur.

Ils s’appelaient : Lordet, Bouchon, Siguewald, Paoli, Timsit, Louis Germain, mais l’accent de leur langage devenait celui de nos rivages. Ils nous parlaient de ses lointains distants d’une seule nuit de mer cadencée, aux rythmes des pistons des machines, et de l’arrivée aux matins qui sentaient le goudron, les épices et la bouillabaisse.

Souvent, ils mettaient entre nos mains des livres de carton usé dans lesquels nous apprenions à aimer des provinces, des montagnes et des rivières aux noms magiques et glorieux. Des images nous montraient des ponts franchissant des fleuves et des routes bordées de grands arbres qui toutes menaient vers une ville dont l’éclat des lumières éclairait le monde.

Nous traversions des forêts dont il fallait nommer les arbres, des champs dont nous apprenions à aimer les herbes et les fleurs…Un enfant courait après des chevaux pour aider aux labours. Des branches effeuillées griffaient un ciel d’hiver…Au-dessus d’un toit d’ardoise, une cheminée fumait le feu d’un âtre où cuisait la bonne soupe des paysans.

Une route bordée de platanes centenaires menait vers Paris. Sur une ligne droite, une Facel Véga lancée à grande vitesse heurtait de plein fouet le fût d’un de ses arbres.

 

L’horloge d’un clocher voisin indiquait  quatre heures.

 

                                                                                 Louis BÉNISTI

 

Extrait de  Louis Bénisti  "On choisit pas sa mère"Souvenirs sur Albert Camus, L'Harmattan. Paris, 2016

 

 

Voir Max-Pol Fouchet parle de Camus

https://www.ina.fr/video/I10097466?fbclid=IwAR0SHbG2NlYf8OicX3WfAPWroZJQjr_h7K14r7q7jCj7TTUp5_rGAa4Szqk

 

Mouloud Féraoun parle de Camus 

https://www.youtube.com/watchv=MIhNVjNYlws&feature=share&fbclid=IwAR3pKFClzhxcz3z87LcVMLwbKh4N86UMResuov9ecqtz1kDSO7qJnYym5d8

Le Figaro Littéraire Janvier 60

Le Figaro Littéraire Janvier 60

Le Journal d'Alger 6 janvier 60

Le Journal d'Alger 6 janvier 60

Article de Morvan Lebesque pour le Canard enchaîné (janvier1960)

Article de Morvan Lebesque pour le Canard enchaîné (janvier1960)

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22 décembre 2019 7 22 /12 /décembre /2019 19:18

        Il n’est pas d’usage de commenter les décisions de justice. Cela est vrai, mais vu la légèreté de la façon dont on a traité l’affaire Sarah Halimi, nous sommes en droit de nous interroger.

La psychiatrie est souvent utilisé à des fins autre que son but premier, c’est à dire le soin à des personnes en souffrance psychique. On se souvient qu’en Union Soviétique, les opposants politiques étaient internés dans les hôpitaux psychiatriques. 

          Dans notre pays, la psychiatrie permet à des criminels d’éviter les procès. Surtout lorsque les procès ont un fort impact social.

 

        Je me souviens avoir eu connaissance d’une affaire qui avait fait grand-bruit à l’époque où Giscard était président. Un jour je rends visite à un de mes amis et je suis étonné de le voir lire Détective, un de ces journaux à scandale qui ne faisait pas partie de ses lectures habituelles. Il me dit que le journal relatait le malheur qui était arrivé à son voisin, Monsieur C. : La sœur de Monsieur C, marié à un Colonel, avait été retrouvé découpé en morceau dans une valise. L’enquête en avait déduit que l’auteur de ce découpage n’était autre que le mari de la victime, qui s’était débarrassé de sa légitime dans le but de vivre une nouvelle vie avec sa maîtresse. S’il s’agissait d’un individu ordinaire, le criminel se serait retrouvé derrière des barreaux très solides, mais un Colonel, qui commet un tel acte, ne peut pas être un criminel ordinaire. L’expertise psychiatrique en a déduit à un déséquilibre mental et le Colonel s’est retrouvé interné dans un Hôpital psychiatrique. Quelques années après, j’ai appris que le Colonel avait été libéré, car une nouvelle expertise avait conclu qu’il était irresponsable au moment du crime, mais qu’il avait depuis retrouvé ses esprits. Le Colonel a certainement rejoint sa maîtresse pour y vivre des jours heureux. 

Cette ancienne affaire risque de se reproduire avec le cas du meurtrier de Sarah Halimi.

Les juges ont d’abord refusé la qualification de crime antisémite. Je comprends cela car il vaut mieux laisser aux jurés d’assises le soin de cette qualification, car si l’antisémitisme est une circonstance aggravante pour les uns, elle est, hélas, une circonstance atténuante pour les autres. D’autre part, si il est vrai que dans un comportement raciste ou antisémite, il y a une composante délirante, il s’agit d’un comportement tout à fait responsable et c’est peut-être pour cette raison, que cette qualification n’a pas été retenue. 

     Les juges ont donc conclu, à la lumière des expertises psychiatriques, que l’auteur du crime était irresponsable, car il était sous l’emprise de substance toxique et illicite. Je tiens à rappeler que dire « Allah Akbahr »après un meurtre est une parole responsable et qui n'est absolument pas délirante. Il eut mieux valu que  ce Monsieur fût  jugé. Ensuite on aurait pu  examiner s'il relevait  d'une peine de prison ou s'il relevait d'un internement. Une absence de procès est une atteinte à la dignité non seulement des membres. de la famille des victimes, mais aussi de la dignité de la personne du meurtrier.

          La prochaine expertise conclura certainement  que le meurtrier était irresponsable au moment des faits, mais qu'il a retrouvé ses esprits et qu'il pourra vivre des jours heureux

 

          Bonnes nuits ! Mesdames et Messieurs les magistrats ! Je souhaite que la décision que vous venez de prendre ne vous causera pas trop d'insomnies et que vous n’aurez pas à user de substances licites pour les calmer.

 

                       Jean-Pierre Bénisti

De l'usage pervers de la psychiatrie;

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17 décembre 2019 2 17 /12 /décembre /2019 16:49

 

 

       Les figures du  cinéma que nous avons aimées partent les unes après les autres. Je me souviens de Giulietta Massina, Sylvana Mangano, Jeanne Moreau, Monica Vitti, Bibi Anderson, Ingrid Thullins, Emmanuelle Riva. Toutes ces belles et grandes actrices sont aujourd’hui presque toutes disparues. Aujourd’hui, c’est le tour d’Anna Karina. Nous ne la voyons plus beaucoup, mais les femmes,  qu’elle incarnait,  restaient  toujours vivantes.

Durant l’été 1965,  j’avais vu Alphaville  de Godard, un film qui essayait de figurer ce que pourrait devenir les villes du futur, un univers figé où les yeux d’Anna Karina restaient vifs avec en toile de fonds Capitale de la douleur, de Éluard :

J’avais retenu : 

Nous sommes revenus d’un pays arbitraire 

Où nous ne savions plus ce que c’est  que l’amour

J’ai retrouvé le texte  qui était en fait : `

Tes yeux sont revenus d’un pays arbitraire

Ou nul n’a jamais su ce que c’est qu’un regard

         Quelque temps plus tard, j’ai vu Pierrot le fou, qui a été pour moi un éblouissement. Il s’agit d’un poème cinématographique. Belmondo lisant  un texte sur Vélasquez d’Elie Faure ou disant : « Il y a eu la civilisation égyptienne, il y a eu la Renaissance et maintenant nous entrons dans la civilisation du cul. » Anna Karina chantant des chansons comme ma ligne de Chance dont on a  su plus tard qu’elles étaient de Rezvani. La traversée de Loire presque à pied, Porquerolles dont on et la rencontre avec Raymond Devos avec son sketch : « Est-ce que vous m’aimez ? » Je considère toujours ce film comme  un chef d’œuvre. J’ai revu plusieurs fois ce film et je le revois toujours avec plaisir.

https://youtu.be/ul5beWXDa7c

https://youtu.be/2Gn9m7Ht7Ns

 

       En 1965 et 66, j’habitais encore Alger et j’allais souvent à la Cinémathèque. C’est ainsi que j’ai vu des films de Godard plus anciens.  Une femme est une femme, préfigurait Pierrot le fou, car il y avait déjà Jean-Paul Belmondo. Je me souviens de ce film que de la chanson d’Aznavour : Tu te laisses aller, tu te laisses aller

https://youtu.be/hPEr5KY_jGQ

 

         Peu de temps après j’ai vu: Vivre sa vie de Godard, journal d’une prostituée jouée par Anna Karina avec deux séquences importantes : dans un café, on entend  Jean Ferrat  chantant Ma môme sur le juke-box, puis on assiste à un magnifique dialogue sur le langage et la pensée  entre la pute et le philosophe Brice Parrain.

https://youtu.be/2n_r_5RXobM

 

https://youtu.be/gwWD6Y-J2Yk

 

       Il y a eu aussi Bande à part avec cette visite du Louvre à toute vitesse en 9 minutes. Actuellement les touristes les musées en temps à peine un plus long.

            

            Au moment du tournage de l’Étranger, je me trouvais encore à Alger. J’étais heureux que Visconti ait choisi Anna Karina pour jouer Marie, l’amie de Meursault. Bien que non méditerranéenne. Je suppose qu’elle correspondait au type de femmes que Camus aurait apprécié.

https://www.ina.fr/video/I05151993?fbclid=IwAR1oTtG2Y_mKxqq0t8zFYD64f6pj779vg93oA0tyHKbhPLwle821pryqyWQ

 

 

         Enfin, Jacques Rivette a fait d’Anna Karina une magnifique Religieuse de Diderot. On se demande pourquoi le film avait été interdit par le gouvernement de l’époque.

 

           Il y deux ans, je l’ai aperçue à Lyon , près de l’Institut Lumière. Je n’ai pu assister au film qu’elle présentait, car il ne restait plus de places. Elle avait  toujours ses yeux étincelants. 

 

  Jean-Pierre Bénisti

Anna Karina dans la Casbah d'Alger

Anna Karina dans la Casbah d'Alger

Adieu Anna Karina
Libération du 16 décembre 2019

Libération du 16 décembre 2019

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9 décembre 2019 1 09 /12 /décembre /2019 17:51

 

 

 Souvenirs du 11 Décembre 1960

 

            

                 La visite du Général en Algérie était annoncée pour le 9 décembre 1960. Les mouvements favorables au maintien de l’Algérie au sein de la République Française appelaient les Français d’Algérie  à se mettre en grève et à manifester leurs hostilités à la politique de De Gaulle. Nous nous sommes  réunis le 8 décembre au CEALD1  (Comité Étudiant d’Action Laïque et Démocratique), dont j’étais adhérant, pour définir notre position par rapport à cette grève. Devant le risque d’affrontements, il a été  décidé de ne pas faire grève mais d’éviter tout affrontement avec les grévistes. Je me suis donc rendu au lycée le matin du vendredi 9 décembre. Il y avait peu de non-grévistes. Nous avions appris que des manifestations hostiles à la politique de De Gaulle avaient lieu et prenaient la forme d’une insurrection. Les forces de l’ordre encerclaient les bâtiments officiels. On craignait que l’armée, qui obéissait pour le moment au pouvoir légal, ne bascule du côté des insurgés. Il y eut quelques échauffourées et le Centre Culturel Américain a été mis à sac et transformé en « Centre Cul », le « turel Américain » étant ôté par les manifestants. J’ai appris que quelques jeunes dont H, un camarade de classe, qui avaient jeté des pavés dans la devanture du Centre culturel, avaient été arrêtés et incarcérés.  Dans la cour du lycée, j’ai  rencontré Blanca2 et je lui ai fait allusion à la position du CEALD. Il me répondit de façon évasive et le lendemain je l’ai revu  et il m’a dit : « Mais tu te rends compte, tu me parles librement devant tous mes collègues fascistes ! ». Inconsciemment, j’étais téméraire : l’être pour soi, c’est possible, mais il faut bien se garder de compromettre ses amis et son entourage et cela je ne l’ai compris que plus tard.

Cette insurrection des Français a tourné court, car de façon inattendue les Algériens se levèrent en masse et manifestèrent  leur solidarité avec les combattants pour l’indépendance. Les manifestants ne pouvaient atteindre le centre ville, car les forces de l’ordre en empêchaient l’accès. Les grandes manifestations se sont déroulées sur les hauteurs d’Alger, au Climat de France, près de la cité bâtie par Pouillon avec sa magnifique cour, (cité des colonnes), qui semblait avoir été conçue pour recevoir les manifestants - un autre forum, si l’on veut- à Dar el Maçoul, Birmandreis, le Ravin de la Femme sauvage, le Clos Salambier. Nous n’avions pas  de télévision et nous nous sommes contentés d’entendre les reportages à la radio avec les commentaires d’un  jeune reporter dénommé Jean-Pierre Elkabach. Nous entendions les slogans qui étaient scandés accompagnés par les youyous des femmes. Il y en avait d’acceptables : Algérie Indépendante ou Algérie Algérienne. D’autres étaient tout à fait inconvenants tel que : Algérie musulmane ou encore les pieds-noirs au crématoire. Et  nous nous interrogions sur le désir réel de la population musulmane. Si les manifestants criaient Algérie musulmane, cela voulait dire que tous  les chrétiens, les juifs, les athées et même les Algériens de parents musulmans mais ne voulant pas faire référence à leur religion d’origine, n’avaient pas de place dans ce pays et qu’il ne restait plus pour les non musulmans que de préparer les valises. Je minimisais ces inquiétudes en pensant que ces slogans étaient criés sans réflexion par une foule en colère. Tout cela nous interrogeait sur l’avenir du pays. De mon balcon, je vis passer des camions de parachutistes exhibant les drapeaux vert et blanc qu’ils avaient saisis chez les manifestants. Ces drapeaux avaient été confectionnés très vite et n’étaient pas frappés du croissant et de l’étoile rouge. Ils ressemblaient aux drapeau vaudois des helvètes, mais ceux-ci n’étaient pas frappés de la devise : Liberté et Patrie. La tenue de ces manifestations nous interrogeait, il ne semble pas qu’il y eut beaucoup de Français d’Algérie égarés au milieu des manifestations pris à partie, blessés voire tués, il n’empêche que ceux qui ont traversé des cortèges, ont passé  un fort mauvais quart d’heure. Mon ami B T me racontait récemment qu’il s’était trouvé en voiture avec son père bloqué par les manifestants du côté du Ravin de la Femme sauvage et qu’ils n’étaient pas très rassurés. Il y eut aussi le saccage de la grande synagogue de la rue Randon : est-ce une opération voulue par le FLN, pour inciter les juifs à quitter le pays ou est-ce bien l’œuvre de jeunes voyous incontrôlés ? Mon père  me disait qu’il ne fallait pas exagérer l’importance de cet acte, car une destruction de biens, furent-ils des édifices religieux, ne pèse pas lourd face aux destructions de vie.  Il y a des choses qui se sont déroulées au cours de ces journées dont on a peu parlé : les forces de l’ordre ont fait usage de leurs armes pour disperser les manifestants algériens, Ils ne l’ont pas fait vis-à-vis des manifestations Algérie Française et cela a  été souligné  par Jean-François Revel dans France Observateur, qui parlait de deux poids, deux mesures. On a vu avec émotion dans les journaux suivant ces manifestations, des photographies de manifestante brandissant le drapeau de l’indépendance à la manière de cette Liberté guidant les peuples de Delacroix. Mais cette jeune manifestante ne laissait pas son corsage tomber laissant apparaître un sein nu comme dans le tableau  du Louvre.

Quelques jours après les manifestations, ma mère, qui était médecin, s’était rendue en visite auprès d’une jeune accouchée au Climat de France. La voiture qui la transportait en compagnie du mari de la cliente, a été agressée par des jeunes qui brandissaient des bâtons et des barres de fer. L’accompagnateur, qui était algérien, s’adressa en arabe aux jeunes et leur dit : «  Visite Toubiba » Les jeunes se dispersèrent. Ma mère, qui avait un tempérament particulièrement anxieux, a été très affectée par la frayeur qu’elle a ressentie à la vue des manifestants.

Le conflit algérien venait de franchir un point de non-retour. Les Algériens avaient montré qu’ils étaient majoritairement pour leur souveraineté. Quelques jours après ces folles journées, nous avons été à la Galerie Comte-Tinchant où exposaient trois peintres qui travaillaient dans une démarche commune : JAR Durand, Jean de Maisonseul et René Sintès. Ce fut probablement la dernière expo que je vis dans cette galerie. Durand, qui ne dissimulait pas sa tristesse et nous dit : « C’est désespérant ! On ne sait plus où l’on va ! Je serais tenté de mettre la clé sous la porte et de foutre le camp. »

Notre tante Suzanne, sentant que l’Algérie allait devenir indépendante voulut se débarrasser des petits biens qu’elle possédait dans ce pays. Malgré les conseils de la famille lui demandant de  reporter son voyage, elle vint à Alger pendant cette période troublée. Elle fut étonnée de voir les vitrines achalandées de produits de luxe pour Noël  Cela est normal, la vie continue. Les fêtes de Noël étaient particulièrement tristes cette année, d’autant plus que le couvre-feu n’avait pas été levé les soirs de réveillons.

À l’occasion du nouvel an, Sauveur T. , un ami de la famille, nous rendit la visite traditionnelle de bonne année qu’il avait l’habitude de rendre chaque année avec sa femme. On entendait les joueurs de boule qui jouaient dans le boulodrome situé sous notre fenêtre. Ils terminaient leur partie de pétanque en chantant sur un air connu (un ami vient de ma dire qu’il s’agit de sur les grands flots bleus 

Ah ! le bateau !

Le bateau, le bateau, le bateau !

Ah ! Qu’il était beau !

Le bateau, le bateau, le bateau !

Ce chant annonçait un prochain départ. Le bateau viendra un jour prochain, les prendre pour les emmener vers une autre rive, laissant à jamais leur terre natale.

Sauveur nous dit à propos de ces joueurs de boule: « Regarde-moi ces mecs  qui jouent à la pétanque ! Nous avons tendance à les considérer comme des abrutis. Mais c’est eux qui ont compris la vie, ils ont compris que la vie est un jeu de cons, alors ils essaient d’oublier cette évidence en tapant la boule. »

 

                                               Jean-Pierre Bénisti

 

  1. CEALD voir Jean SPRECHER : À contre-courant. Étudiants libéraux et progressistes à Alger 1954-1962  Bouchène. Paris, 2000
  2. Antoine BLANCA (1936-2016) étudiant en espagnol était en 1960 surveillant au lycée. II devint ambassadeur à Buenos Aires en 1984.

 

 

 

  La Liberté guidant les peuples.
  La Liberté guidant les peuples.
  La Liberté guidant les peuples.

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23 novembre 2019 6 23 /11 /novembre /2019 16:16

Une exposition consacrées aux Toilettes publiques m'incitent à republier le texte déjà paru sur ce blog le 9 mai 2011

 

Dans ce Paris de la fin des années 50, les bordels avaient déjà disparu. Mais il y avait des pissotières toutes circulaires qui étaient aussi fréquentes que les colonnes Morris. Il y eut des municipalités qui cédèrent aux pressions des syndicats des cafetiers désirantt supprimer ces engins pour récupérer la clientèle des pis- seurs obligés de consommer après avoir fait usage des toilettes. Pour calmer ma colère d’avoir vu disparaître les pissotières, je n’hésite pas à user des toilettes des bistrots sans pour autant prendre une consommation.
Je me souviens, comme dirait Georges Perec des autobus à plateforme. C’était très agréable de faire une balade dans Paris à l’air libre lorsqu’il ne faisait pas trop froid et ces autobus étaient parfaitement bien dessinés. On peut les revoir dans ce beau petit film de Lamorisse : le Ballon rouge. Lorsque l’on prenait le bus, on payait en fonction de la longueur de son trajet par l’entremise des sections, et le receveur venait lui-même vendre les billets sans que nous ayons besoin de nous dé- placer. Il annonçait les arrêts : Voici Denfert et son lion et voici Duvernet et son mouton. Palais-royal, fin de section ! Dans le métro, des poinçonneurs et des poin- çonneuses essayaient de fabriquer des confettis en faisant des trous, des petits trous, toujours des petits trous, comme le chantait Gainsbourg. Ce qui était moins agréable, c’était les portillons automatiques qui empêchaient les voyageurs de courir après les trains arrivant sur les quais. Il y avait aussi une ligne de métro cu- rieuse par ses décorations di
!érentes des autres lignes, c’était l’ancien Nord-Sud, qui était jusqu’en 1930, concurrent du métro, il allait de Montmartre à Montpar- nasse ou plus précisément de la porte de la Chapelle à la porte de Versailles. Il fallait éviter de prendre une correspondance à Marcadet-Poissonnier, car le couloir était fort long. Les noms des stations étaient tout un programme : Chemin vert, Filles du calvaire, Bonne Nouvelle, Jasmin etc. Les stations étaient toutes tapissées de carreaux de faïence blanche comme dans cet immeuble de la rue Vavin immortalisé dans le dernier tango à Paris.Dans les tunnels noirs entre les stations, on ne pouvait que voir des a"ches publicitaires avec DUBO, DUBON, DUBONNET. La fréquence de ces a"ches nous agaçait et était probablement contre-productive car je n’ai jamais bu de cet apéritif. Les stations de métro au style art déco de Guimard étaient nombreuses. Il en reste très peu aujourd’hui.

Les flics avaient un képi et une pèlerine en hiver. Actuellement ils sont en tenue de combat ou déguisé en loubard.
Des encarts publicitaires paraissant dans les revues médicales qui traînaient chez moi avaient pris pour thème Paris méconnu. Il y avait dans chaque revue deux

hors-texte avec une photographie et un commentaire... puis lune publicité pour un médicament. C’est ainsi que je sus qu’au métro Bastille, on pouvait observer un vestige de l’ancienne Bastille : deux pierres qui ont résisté à la destruction de la forteresse. Je sus aussi que place Furstemberg il y a l’atelier de Delacroix, qu’au théâtre Sarah Bernard le trou du sou#eur correspond au lieu où Gérard de Nerval s’est pendu, qu’au métro aérien Jaurès et au parc Monceau il y a des rotondes construites par l’architecte Ledoux, ce célèbre architecte du XVIII ème siècle qui bâtit les Salines d’Arc et Senans et la prison d’Aix-en-Provence. Ces rotondes sont les vestiges des anciennes fortifications. Il n’y a plus de fortifications chantait Fréhel sur l’électrophone de Jean-Pierre Léaud dans la Maman et la Putain, Je sus aussi que rue Visconti, cette rue du quartier Saint Germain des près entre la rue de Seine et la rue Bonaparte vécut Jean Racine.

Il y avait toujours les Halles avec ses odeurs particulières aujourd’hui disparues. On dit que lorsque les Halles déménagèrent pour Rungis, les rats des Halles sui- virent les camions à Rungis et à Rungis, il y a autant de rats qu’il y en avait rue Saint-Denis.
Un autre lieu peu connu était l’île aux cygnes avec la statue de la Liberté, maquette de celle de New York, tout près de ce Pont Mirabeau, célébré par Apollinaire. L’une des choses que je regrette le plus c’est les numéros de téléphone MON 06 92 BAB 0514, TAITbout1012. On pouvait au moins retenir les numéros de téléphone qui évoquaient les lieux où habitaient nos correspondants

Jean-Pierre Bénisti

 

Voir : 

Les Tasses, toilettes publiques, affaires privées exposition de Marc Martindu 19 novembre au 1er décembre au Point éphémère, à Paris (Xe). Livre éponyme : éd. Agua, 300 pp, 58 .

Vespasiennes : petit coin, gros tabous 

par  Emmanuèle Peyret

(https://www.liberation.fr/auteur/7985-emmanuele-peyret)

Libération — 19 novembre 2019 

Photo JPB 1960

Photo JPB 1960

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12 novembre 2019 2 12 /11 /novembre /2019 17:13
Exposition Louis Bénisti et Jean-Yves Cassar
Exposition Louis Bénisti et Jean-Yves Cassar

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21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 07:54

Exposition  de peintures de Louis Bénisti et de Jean-Yves Cassar

à la Batterie du Cap Nègre à Six-Fours les plages (83140)
du 9 novembre 2019 au 5 janvier 2020
 
vernissage le samedi 9 novembre 2019 à 11 heures
 
 
 
 

La Batterie est ouverte du mardi au dimanche de 9h30 à 12h et de 14h à 17h30 (18h du 15 mai au 30 septembre), et ferme ses portes les lundis et jours fériés.

Corniche de Solviou Entrée par le Parc Méditerranée 83140 Six-Fours -

 www.polesartsplastiques.sitew.fr 

04 94 25 53 84
GPS : 43.100205 / 5.806438

Entre Exil et Royaume : une rencontre.

 

      C’est à l’Espace Interrogation, à Toulon que j’ai vu pour la première fois, Louis Bénisti et ses peintures.

       J’exposais au même moment, à la Maison des Comoni   au Revest-les eaux. Louis Bénisti visita mon exposition en ma compagnie et si j’étais conscient de tout ce qui pouvait nous séparer du point de vue esthétique, et que les différences d’histoires personnelles et de parcours artistiques expliquent facilement, je savais qu’une sympathie réelle nous rendait mystérieusement complices. Nombre de personnes de mon âge témoigneraient sans peine du respect et de l’affection que nous nous lui vouions. 

      Nous eûmes d’autres occasions de rencontre, chez lui à Aix, à Lourmarin pour la parution du Premier Homme, se tenait pour cette belle circonstance une exposition : les peintres amis d’Albert Camus. Nallard, Maria Manton, le surprenant Galliero, Assus, De Maisonseul y figuraient avec Balthus.

          Cela me donnait enfin quelque prise sur la vie artistique en Algérie avant l’Indépendance , car j’étais mieux au fait à l’époque des avant-gardes européennes et américaines que de l’art de mon pays d’origine. Pour différentes raisons liées aux conséquences de la guerre.

        L’exposition actuelle où sont montrées certaines des peintures que Bénisti a vues aux Comonidonne un sens particulier à cette rencontre, celui d’un moment « de temps renversé, temps de la peinture, seule patrie retrouvée » , pour reprendre les mots même d’Albert Camus1

 

Jean-Yves Cassar

20 octobre 2019

 

 

 

 

1. Préface à l’exposition Balthus. New York, Pierre Matisse Gallery, 1949.

Jean-Yves Cassar : Modèle et Chat

Jean-Yves Cassar : Modèle et Chat

Bénisti dans le Var 

 

Les relations de Louis Bénisti avec le pays varois sont assez curieuses. Sans y être venu pour y travailler, il tissa dans ces lieux tout un réseau d’amis.
Lorsqu’il quitta Alger en 1972, il s’installa avec sa femme Solange à Aix-en-Provence et retrouva des amis algérois dispersés tout au long de la côte méditerranéenne. C’est ainsi qu’il retrouva son vieil ami Sauveur Terraciano, peintre de talent, amoureux de la mer, qui racontant toujours des aventures de Cap Horn, n’avait en Algérie que fait des ronds dans l’eau entre Alger et Cap Matifou. Replié sur Toulon, il avait pu réaliser son rêve en faisant une traversée de l’Atlantique dans des conditions rocambolesques. 

   Plus tard, Jean et Mireille de Maisonseul s’installèrent à Cuers, et Louis et Solange renouèrent avec eux les relations qu’ils avaient interrompues à Alger.
Jean de Maisonseul, qui fut un immense catalyseur des arts et des lettres dans l’Alger des années 30 à 60, amena les Bénisti dans la villa de Michèle et Guy Domerc au Pradet, villa bâtie par leur ami Roland Simounet, grand architecte qui ne se doutait pas qu’il travaillait non loin de Armand Vitiello, l’instituteur qu’il avait eu à Guyotville(1) qui s’était installé au Pradet et dont le fils Jean-Claude, mon camarade du Lycée, fréquentait l’atelier algérois de Louis Bénisti. C’est dans cette villa que se retrouvait souvent le groupe de vieux amis algérois tels Suzon Pulicani, le peintre Pierre Famin, et Marguerite Benhoura, tante de Mireille, qui se réinstalla à Cuers, sa ville natale, après avoir eu une vie mouvementée en Algérie où elle avait encouragé une fille de seize ans à faire de la peinture. Cette jeune fille devint la célèbre Baya. 

Chez Jean de Maisonseul, Louis retrouva Lucie Germain, une grande dame ! une « princesse » !comme il se plaisait à la nommer ! Ils avaient passé leur enfance dans les mêmes paysages et connaissaient tous deux les mêmes lieux : El Biar, Saint-Raphaël, Scala, les deux Entêtés, Birtraria et Aïn Zebouja. Lucie était connue pour avoir dirigé avec talent le Théâtre de Lutèce à Paris dans les années 60. Elle avait ainsi permis la création de pièces de Eugène Ionesco, Jean Genet, Kateb Yacine..  André Acquart, un autre ami fidèle de Bénisti et Maisonseul, en était le décorateur. 

Toujours chez Jean et Mireille, Louis rencontra Jean-Claude Villain, bien connu des milieux artistiques varois et ce dernier l’introduisit auprès de jeunes artistes de Toulon comme Nicole Benkemoun ou Jean-Yves Cassar, qui l’adoptèrent comme ami malgré leur différence d’âge. Nicole Benkemoun, rendit visite à Louis et lui montra les travaux picturaux qu’elle avait effectués à partir de l’œuvre de Saint- John-Perse, ce grand poète qui finit son existence à Hyères, près de la mer. 

En 1993, Bénisti participa avec de jeunes artistes de Toulon à diverses expositions et rencontres et il eut l’occasion d’exposer ses œuvres à l’Espace Interrogation de Toulon. Ce très haut lieu disparut peu après en même temps que ses animateurs. Cette exposition fut la dernière exposition particulière du vivant de l’artiste. 

Et c’est aux premiers jours du printemps 1995, que Louis, peu de temps avant sa disparition rendit une ultime visite aux Maisonseul à Cuers et qu’il conta les belles histoires dont il avait le secret. Et cette journée fut pour Louis ses derniers moments de bonheur. 

Après les décès de Louis Bénisti et de Jean de Maisonseul, des expositions posthumes ont eu lieu dans ce département. En février 2004, la ville de Cuers rendit hommage au poète Jean Sénac et il y eut une exposition regroupant des peintres amis de Sénac comme Maisonseul, Baya, Bénisti ou Khadda. Cette exposition était organisée par Odile Teste. En 2004, c’était la ville de Hyères qui organisait une rétrospective des œuvres de Bénisti.

Jean-Pierre Bénisti 

 

(1) Roland Simounet : Traces écrites - Domens éditeur Pézenas - 1997. 

(2) Jean-Claude Villain : L’heure de Pan - L’Harmattan - Paris 2001. 

 

Louis Bénisti : Peintre et modèle Huile 1975

Louis Bénisti : Peintre et modèle Huile 1975

Exposition Bénisti et Cassar à Six-Fours

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13 octobre 2019 7 13 /10 /octobre /2019 20:37

Édito #2 

De Patrice Rötig 

Le 17 octobre arrive en librairie 

Albert Camus – Correspondance avec ses amis Bénisti (1934-1958). Inédite, cette correspondance est exceptionnelle par la précocité et la longévité des amitiés qui la fondent. Aux lettres de Camus répondent notamment des reproductions d’œuvres du sculpteur et peintre Louis Bénisti. Ce livre soigné affine notre vision de l’écrivain et éclaire l’effervescence créatrice d’une jeune génération dans l’Algérie des années 1930. Il est présenté plus avant sur ce site et sera l’objet d’une rencontre le mercredi 6 novembre à la librairie Compagnie (rue des Écoles à Paris), avec la participation de Daniel Mesguich qui en lira des extraits. 

D’ici là, d’autres rendez-vous dans notre rubrique « agenda ».
Dans le cadre des Rendez-vous de l’histoire à Blois, deux conférences le samedi 12 octobre : « Louise Michel : autoportrait de l’artiste en jésuite », par Claude Rétat (voir ses livres Art vaincra ! et La Révolution en contant) ; et « Lire Loti aujourd’hui », par Alain Quella-Villéger, au château du Guérinet (à deux pas de Blois), qui fut propriété de l’éditeur historique de Pierre Loti, Calmann-Lévy. Puis, le lundi 14 octobre, une rencontre àl’IMEC (Paris) autour de Leïla Sebbar nouvelliste (voir son dernier livre, Dans la chambre), avec la participation de Manon Paillot. La rencontre sera animée par Albert Dichy, directeur littéraire de l’IMEC. 

Ici, très bientôt, d’autres nouveautés, d’autres rendez-vous. 

P.S.– Important : si vous souhaitez recevoir notre lettre d’infos (périodicité mensuelle), merci de renseigner le cadre « Lettre d’infos » ci-dessous. 

Le 4 octobre 2019 

http://bleu-autour.com

La plage des Sablettes et le jardin d'Essai à Alger par Hacène Benaboura

La plage des Sablettes et le jardin d'Essai à Alger par Hacène Benaboura

Mercredi 6 novembre à 18h30

Présentation de la "Correspondance inédite d'Albert Camus avec ses amis Bénisti" aux Editions Bleu Autour. Avec Jean-Pierre BENISTI, Martine MATHIEU-JOB, et la participation de Daniel MESGUICH. (Parution le 17/10)

 

 

 

 

http://www.librairie-compagnie.fr/billet/127?fbclid=IwAR1_8opx99g1erv9Z66LNNRoanOZetNNPL-gv0ECaLqF9CfUe_Xjv7Sio2k

 

La Maison devant le Monde (Croquis de Louis Bénisti)

La Maison devant le Monde (Croquis de Louis Bénisti)

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