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3 février 2017 5 03 /02 /février /2017 12:32

« Quand j’habitais Alger, je patientais toujours dans l’hiver parce que je savais qu’en une nuit, une seule nuit froide et pure de février, les amandiers de la vallée des Consuls se couvriraient de fleurs blanches. Je m’émerveillais de voir ensuite cette neige fragile résister à toutes les pluies et au vent de la mer »

Albert Camus Les Amandiers in l’Été

 

Pour décrire les fleurs d’amandier

 

Pour décrire les fleurs d’amandier, l’encyclopédie
des fleurs et le dictionnaire
ne me sont d’aucune aide…
Les mots m’emporteront
vers les ficelles de la rhétorique
et la rhétorique blesse le sens
puis flatte sa blessure,
comme le mâle dictant à la femelle ses sentiments.
Comment les fleurs d’amandier
resplendiraient-elles
dans ma langue, moi l’écho ?
Transparentes comme un rire aquatique,
elles perlent de la pudeur de la rosée
sur les branches…
Légères, telle une phrase blanche mélodieuse…
Fragiles, telle une pensée fugace
ouverte sur nos doigts
et que nous consignons pour rien…
Denses, tel un vers
que les lettres ne peuvent transcrire.
Pour décrire les fleurs d’amandier,
j’ai besoin de visites
à l’inconscient qui me guident aux noms
d’un sentiment suspendu aux arbres.
Comment s’appellent-elles ?
Quel est le nom de cette chose
dans la poétique du rien ?
Pour ressentir la légèreté des mots,
j’ai besoin de traverser la pesanteur et les mots
lorsqu’ils deviennent ombre murmurante,
que je deviens eux et que, transparents blancs,
ils deviennent moi.
Ni patrie ni exil que les mots,
mais la passion du blanc
pour la description des fleurs d’amandier.
Ni neige ni coton. Qui sont-elles donc
dans leur dédain des choses et des noms ?
Si quelqu’un parvenait
à une brève description des fleurs d’amandier,
la brume se rétracterait des collines
et un peuple dirait à l’unisson :
Les voici,
les paroles de notre hymne national !

Mahmoud Darvitch (traduction Elias Sambar ) in Comme des fleurs d’amandier ou plus loin, Actes Sud, Arles 2007.

 

 

L’amandier

 

J’avais l’plus bel amandier
Du quartier,
Et, pour la bouche gourmande
Des filles du monde entier,
J’ faisais pousser des amandes :
Le beau, le joli métier !


Un écureuil en jupon,
Dans un bond,
Vint me dir’ : “Je suis gourmande
Et mes lèvres sentent bon,
Et, si tu m’donn’s une amande,
J’te donne un baiser fripon !


- Grimpe aussi haut que tu veux,
Que tu peux,
Et tu croqu’s, et tu picores,
Puis tu grignot’s, et puis tu
Redescends plus vite encore
Me donner le baiser dû !”


Quand la belle eut tout rongé,
Tout mangé...

« Je te paierai, me dit-elle,
A pleine bouche quand les
Nigauds seront pourvus d’ailes
Et que tu sauras voler !


“Mont’ m’embrasser si tu veux,
Si tu peux...
Mais dis-toi que, si tu tombes,
J’n’aurai pas la larme à l’oeil,
Dis-toi que, si tu succombes,
Je n’porterai pas le deuil !”


Les avait, bien entendu,
Toutes mordues,
Tout’s grignoté’s, mes amandes,
Ma récolte était perdue,
Mais sa joli’ bouch’ gourmande
En baisers m’a tout rendu !


Et la fête dura tant
Qu’le beau temps...
Mais vint l’automne, et la foudre,
Et la pluie, et les autans
Ont changé mon arbre en poudre...
Et mon amour en mêm’ temps !

 

Georges Brassens

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 17:53

Sommaire du N° 205-206: HOMMAGE A HAMID NACER-KHODJA : LUI, NOUS, ET JEAN SENAC

Textes réunis par Odile teste

Le «cortège des poètes» et artistes

· Portrait de Hamid Nacer-Khodja, de Denis Martinez

· Adieu à Hamid Nacer-Khodja, par Abdelmadjid Kaouah

· Deux dessins pour Hamid Nacer-Khodja, de Aksouh

· Pour saluer l’enfant du pays, suivi de Interview de trois poètes élus par Jean Sénac, par Azeddine Lateb

· « Cet homme était grand comme une main ouverte », de Hamid Tibouchi

· Poème à HNK, de Abdelhamid-Laghouati

· Hamid Nacer-Khodja, poète du dedans, par Abdelmadjid Kaouah

· Une amitié de 14 ans, par Marc-Bonan

· Le poète de « la profonde terre du verbe aimer » par Lazhari Labter

· Estampe, de Hakim Beddar

· Hamid Nacer-Khodja tel qu’en lui-même, par Denise Brahimi

· Le cortège des poètes , par Patricia Sustrac et Guy Basset

· Hamid Skif : jalons d’une oeuvre-vie, par Hamid Nacer-Khodja

· In memoriam (en conversant avec Hamid), par François Bogliolo

Jean Sénac avant tout : la fidélité absolue

· Hommage à Hamid Nacer-Khodja, par Jacques Miel

· Testament, de Jean Sénac

· Interview de Hamid Nacer-Khodja, par Blandine Valfort

· Hamid Nacer)Khodja, poète, enseignant et critique, par René de Ceccatty

· Merci Hamid, par Eglantine Jouve

· Le poète au tamis, par Slimane Aït Sidhoum

· Hamid Nacer-Khodja, « fédérateur humaniste des Lettres franco-algériennes en contexte colonial » par Christiane Chaulet Achour

« Tous des enfants de l’Algérie »

· Entretien, avec Guy Dugas

· Adios compañeros, par Jean-Pierre Bénisti

· Charlot et sa bande, par Denise Brahimi

· Souvenir de Hamid Nacer-Khodja, par Pierre Rivas

· Le raffinement, par Agnès Spiquel

· Le partage, par Pierre Masson

· Disparition, par Guy Basset

· HNK, c’est ainsi qu’on le nommait, par Jean-Pierre Bénisti

· Un ami, un complice s’en est allé, par Rénia Aouadène

· Hommage à la mémoire de Hamid Nacer-Khodja, par Maurice Mauviel

HNK, Universitaire, chercheur, collègue, mais toujours un ami

· L’Enarque de la beauté, par Ameziane Ferhani

· La fin de l’enfance , par Hervé Sanson

· Merci à Hamid Nacer Khodja pour ses dix ans à l'AFI , par Guy Dugas

· Année Francophone Internationale 2015-2016 : Algérie, par Hamid Nacer-Khodja

· Hamid l’ami, et Limag, par Charles Bonn

· Hamid, le moine-poète-archiviste, par Afifa Bereerhi

· Mors Imperator, par Amina Azza Bekkat

Cahier d’hommages et de témoignages

· Texte du 17 septembre 2016

· Cahier de messages

· Remerciements, par Nadia Ouali Nacer-Khodja

ART : ALI SILEM

· Biographie sommaire, par Dalila Morsly

· Quelques expositions personnelles récentes

· Ali Silem, par Jacky Essirard

· La guerre et la paix. Autour de quelques dessins et peintures, par Ali Silem

· Prélude marin. Sur une suite de tableaux du peintre Ali Silem, par Abdelmadjid Kaouah

· Les nouveaux alliages, par Malika Bouabdallah

· Ali Silem, par Olivier Revault d’Allonnes

Catégorie: Sommaires de la revue

Pour commander les ouvrages, il faut passer un mail à marsa@free.fr

 

 

VOIR

 

http://marsa-algerielitterature.com/sommaires/304-2017-01-03-05-56-21.html

 

 

La revue sera disponible à l'hommage à HNK au Centre Culturel Algérien rue de la Croix Nivet à Paris XV ème le jeudi 12 janvier à 18h

Hommage à Hamid Nacer-Khodja
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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 10:23

Ballade de Noêl

 

 

« Tant l’on crie Noël qu’il vient. »
François VILLON

 

C’est vrai qu’il vient et qu’on le crie !
Mais non sur un clair olifant,
Quand on a la gorge meurtrie
Par l’hiver à l’ongle griffant.
Las ! Avec un râle étouffant
Il est salué chaque année
Chez ceux qu’il glace en arrivant,
Ceux qui n’ont pas de cheminée.

Il jasait, la mine fleurie,
Plus joyeux qu’un soleil levant,
Apportant fête et gâterie,
Bonbons, joujoux, cadeaux, devant
Le bébé riche et triomphant.
Mais quelle âpre et triste journée
Pour les pauvres repus de vent
Ceux qui n’ont pas de cheminée.

Heureux le cher enfant qui prie
Pour son soulier au noeud bouffant,
Afin que Jésus lui sourie !
Aux gueux, le sort le leur défend.
Leur soulier dur, crevé souvent,
Dans quelle cendre satinée
Le mettraient-ils, en y rêvant,
Ceux qui n’ont pas de cheminée ?

                          ENVOI

Prince, ayez pitié de l’enfant
Dont la face est parcheminée,
Faites Noël en réchauffant
Ceux qui n’ont pas de cheminée.

            Jean RICHEPIN  (1849-1926)

            La  chanson des Gueux

 

 

Lorsque j’étais à l’école primaire à Alger, j’avais eu un jeune instituteur qui  savait que les enfants ont une excellente mémoire et que l’on pouvait mettre à profit cette mémoire pour faire apprendre (par cœur) des  poésies intéressantes, loin des niaiseries habituelles. C’est ainsi  que j’ai du apprendre une Ballade de Noël écrite par un écrivain né à Médéa : Jean-Richepin.  Nous étions fiers d’apprendre un poème écrit par un de nos compatriotes, car Richepin est né à Médéa.

En fait , Richepin est né à Médéa par hasard, son père étant médecin militaire qui eut probablement " un enfant non voulu, qui est devenu un chevelu poète." alors qu'il aurait préféré qu'il fut notaire.

Cette ballade est une imitation de Villon et si on veut la chanter, il suffit de se servir de la musique que Brassens a écrite pour la Ballade des dames du temps jadis.

Le même Brassens a mis en musique un poème de Richepin .intitulé Philistins :

 

« Philistins, épiciers,
Alors que vous caressiez
Vos femmes,
Vos femmes.

En songeant aux petits
Que vos grossiers appétits
Engendrent,
Engendrent.

Vous disiez : ils seront,
Menton rasé, ventre rond,
Notaires,
Notaires.

Mais pour bien vous punir,
Un jour vous voyez venir
Au monde,
Au monde.

Des enfants non voulus
Qui deviennent chevelus
Poètes,
Poètes.

Car toujours ils naîtront
Comme naissent d’un étron
Des roses,
Des roses.

 

 Brassens a légèrement modifié le texte et n'a pas retenu  le dernier couplet.  

 

 
 
 
 
 
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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 15:17

Cette fresque de Pierro della Francesca est une des rares peintures ou la Vierge est représentée enceinte.Elle se trouve à Monterchi près d'Arezzo en Toscane. 

Le Professeur Alexandre Minkowski (1915-2004) avait écrit ce texte pour le Nouvel Observateur du 2 décembre 1984

JPB

 

Madonna del Parto
Madonna del Parto
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11 novembre 2016 5 11 /11 /novembre /2016 12:55

 

Triste semaine, Trump, Léonard Cohen, mais c'est aussi le 11 novembre, jour où l'on commémore la plus grande connerie du vingtième siècle...

 

Je sais que les guerriers de Sparte
Plantaient pas leurs épées dans l'eau
Que les grognards de Bonaparte
Tiraient pas leur poudre aux moineaux
Leurs faits d'armes sont légendaires
Au garde-à-vous, je les félicite
Mais, mon colon, celle que j'préfère
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit

 

                Georges Brassens.


 

 

Aujourd’hui nous célébrons la fin de la Grande guerre. Pourquoi pas ? Cette  guerre eût une telle importance qu’elle mérite que l’on s’en souvienne. Mais faut-il  pour cela maintenir un jour de congé quand peu de personnes se rendent aux cérémonies de souvenir.

Dans mon enfance, je me souviens que les fenêtres des maisons de  la ville où j’habitais étaient,  ce jour-là,  recouvertes  de drapeaux et comme l’anniversaire de la naissance de ma mère est  le 12 novembre, je pensais que s’il y avait des drapeaux,  c’était en l’honneur de ma maman.

Et ceci me ramène à des histoires familiales : la naissance de Solange, ma mère en 1914 avait permis à mon grand-père, père d’un quatrième enfant d’être démobilisé et de ne pas partir aux Dardanelles, où périrent la plupart de ses camarades de régiment.

L’oncle de mon père, que l’on appelait Tonton Jules, fut blessé sur le front et sa blessure fut fêtée car elle lui permit de ne pas être tué. Ce tonton Jules, après sa démobilisation, ne cherchait pas à travailler beaucoup et vivait d’expédients. Il avait un caractère histrionique et faisait quelques poésies sentimentales ou quelques chansonnettes dans l’esprit des opérettes à la mode au début du vingtième siècle.  J’ai retrouvé un de ses petits écrits sentimentaux :

 

En 1915

 

Émotion ressentie par l’auteur

 

Il avait fait la Marne, il avait fait l’Yser

Pataugeant dans la boue, il avait, tout l’hiver,

Vécu dans les boyaux. Les balles, les obus,

L’avaient rendu malades. Il avait combattu,

Ne se plaignant jamais, l’âme pleine de rage,

Un puissant ennemi ne rêvant que pillage

Il s’était endurci aux horreurs de la guerre,

Insensible aux  grands maux, dont il était témoin,

Piétinant des cadavres maculés de terre,

Il allait, le cœur sec, ne s’émouvant de rien.

En changeant de secteur, un jour, son bataillon

Passa devant une humble et modeste maison

À moitié détruite, et dont les occupants

Étaient partis au loin, en des lieux plus cléments.

Il vit, gisant au sol, et d’un bras amputée,

La chevelure blonde, une pauvre poupée…

Devant cette maison, minuscule pourtant,

Mais qui lui fit penser qu’autrefois une enfant,

Rieuse et sans souci, avait joué par là.

Pour la première fois, notre poilu  pleura.

 

Jules Zermati

 

Cette guerre dans notre famille était considérée par mon entourage comme une énorme connerie, comme l’avait dit Prévert. Une étincelle à Sarajevo avait mis le feu aux poudres et les soldats dans les tranchées ne pensaient plus beaucoup à l’Archiduc. Elle eut une très grande répercussion sociale. Un jeune conscrit échappa au casse-pipe, il avait assassiné Jean Jaurès et put être protégé pendant  quatre ans en prison, pour ensuite être libéré.

 

Robert Namia, un ami de mes parents, nous disait : « Nous, enfants nés pendant la guerre 14, nous étions tous des orphelins ou des bâtards. »  Et en effet, beaucoup de mères de famille durent élever seules leurs enfants et furent obligées de travailler en dehors de leurs foyers. Vers 1960, dans un restaurant parisien , une vieille dame nous disait : «  Je me considère, comme une veuve de guerre  Je dis à tout le monde que je suis une veuve de guerre,  vous vous rendez compte, lors de la Grande Guerre, il y eut beaucoup de garçons d’un âge proche du mien, qui sont morts et les filles se sont retrouvées en surnombre par rapport aux garçons et comme on dit beaucoup de filles n’ont pas pu trouver chaussures à leurs pieds et sont restées célibataires. Nous sommes comme des veuves de guerre, mais nous n’avons pas eu de pensions et heureusement que nous avons trouvé du travail. »

 

Je me souviens d’un fait divers ayant défrayé la chronique : un anarchiste parisien vint faire cuire deux œufs au plat sur la flamme du soldat inconnu. La dérision est peut-être une forme d’hommage.

Benjamin Péret rendit hommage aux anciens combattants

 

Si la Marne se  jette dans la Seine

C’est parce que j’ai gagné la Marne

S’il y a du vin en Champagne,

C’est parce que j’y ai pissé

(…)

Je suis un ancien combattant

Regardez comme je suis beau

 

Le chansonnier Monthéus écrivit une chanson célèbre chantée par Yves Montand : La butte rouge :

 

Sur cette butte là y'avait pas d'gigolettes
Pas de marlous ni de beaux muscadins.
Ah c'était loin du Moulin d'la Galette,
Et de Paname qu'est le roi des patelins.
C'qu'elle en a bu du bon sang cette terre,
Sang d'ouvriers et sang de paysans,
Car les bandits qui sont cause des guerres
N'en meurent jamais, on n'tue qu'les innocents !

La butte rouge, c'est son nom, l'baptême s'fit un matin
Où tous ceux qui grimpaient roulaient dans le ravin.
Aujourd'hui y'a des vignes, il y pousse du raisin,
Qui boira d'ce vin là, boira l'sang des copains.

 

 

 

Cette chanson a été écrite pour célébrer la bataille de la Somme. On pensait qu’il s’agissait d’un hommage aux Communards de 1871. Il y avait déjà confusion de mémoire

 

Enfin le plus bel hommage fut rendu par Brassens dans sa célèbre chanson.

 

 

            Jean-Pierre Bénisti  

 

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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 18:26

Un des derniers peintres de la génération des peintres non-figuratifs de l’immédiat après-guerre vient de nous quitter. Il avait largement dépassé la nonantaine.

Ce peintre originaire d’Algérie, commença à exposer à Alger dans la galerie d’André Thomas-Rouault en 1934. Cette galerie, fréquentée par Albert Camus, exposait de jeunes peintres comme Clot, Bénisti, Caillet ou Gallièro. Le jeune Louis Nallard connaissait bien Camus, car ses parents habitaient rue du Languedoc, près de la Boucherie de Monsieur Gustave Acault, l’oncle de Camus.  Après des études à l’école des Beaux-arts d’Alger il rejoint le groupe des peintres de la Galerie Collin où exposent Assus, Bernasconi, Bénisti, Caillet, Tona, Terracciano, Galliero, Durand  et   Maria Manton, celle qui deviendra sa femme.

Attiré par la peinture non figurative, il part pour Paris en 1947, avec Maria Manton et ses amis Bouqueton et Fiorini. Il rejoint le groupe des Réalités Nouvelles  et la galerie Jeanne Bucher, qui compte parmi ses peintres : Nicolas de Staël et Roger Bissière. Il ne coupe pas les ponts avec ses amis algérois et expose toujours avec eux. Le groupe de la galerie Collin, exposant depuis chez Charlot. Il participe avec Galliéro, Maisonseul et André Acquart aux revues dirigées par le poète Jean Sénac : Soleil, puis Terrasses.

Avec Maria Manton  et son ami le journaliste Claude Krief,, il soutient Jean Sénac qui s’est exilé à Paris pendant la guerre d’Algérie. Ce dernier avait d’ailleurs essayé de promouvoir la jeune peinture d’Algérie. C’est d’ailleurs, sous son impulsion que Jean de Maisonseul, nouveau directeur du Musée national des beaux-arts d’Alger, organisa une exposition des Peintres Algériens au Musée des Arts décoratifs de Paris, où furent réunis Baya, Benaboura, Bouzid, Benanteur, Khadda, Martinez, Bénisti, Galliéro, Sintès et naturellement Maisonseul, Nallard et Maria Manton.

En été, Nallard passait ses vacances à Peñiscola , en Espagne près de Valence. On a pu parler de groupe de Peñiscola  composé de Nallard, Bouqueton et Maria Manton. Sénac séjourna chez Nallard dans ce lieu. Bénisti vint aussi à Peñiscola, mais pour un très court séjour.

Après l’Indépendance de l’Algérie Nallard  et sa femme ont aidé leurs amis d’Alger à se faire reconnaître et à exposer. C’est ainsi que Aksouh, Bénisti, Burel, Chouvet, Durand ont exposé  à Paris grâce à eux dans une galerie de la rue Saint André des Arts aujourd’hui disparue et devenue une boutique de vêtements

Je m’étonne toujours lorsque je visite des expositions  de constater que les conservateurs de musées ne s’intéressent qu’aux peintres déjà célèbres et semblent ignorer ces peintres de qualité.

Adieu Louis, tu vas rejoindre ta chère Maria et tes amis récemment disparus : André Acquart, le décorateur de théâtre et Hamid  Nacer-Khodja, celui qui a édité les textes de Sénac sur les peintres (Visages d’Algérie) (1) où tu figures en bonne place.

 

                                                                                  Jean-Pierre Bénisti

 

 

1. Jean Sénac : Visages d’Algérie. Regards sur l’art. Documents réunis par Hamid Nacer-Khodja. Préface de Guy Dugas. Éditions Paris-Méditerranée. Paris 2002.

Voir : 

 

Claude Krief : Le défricheur des signes. Le Nouvel Observateur, 15 mars 1967.

Pierre Descargues : Louis Nallard, 224 pages, 24x30  Éditions Ides et Calendes, Neuchâtel, 1999

Signature Paris: Nallard, Maria Manton, Bouqueton , Catalogue de l'exposition chez Borzo, Hertogenbosh, Pays-Bas, Novembre Décembre 1993. Texte de Marike van der Knaap;

Les Peintres amis d'Albert Camus, Catalogue de l'exposition organisée par les Rencontres Méditerranéennes Albert Camus à Lourmarin en 1994

Louis Nallard et Maria Manton : le peintre et la vie. Dialogue avec Djilali Kadid. Algérie Littérature /action N°81-84 mai-octobre 2004

 

Louis Nallard (1918-2016)
Louis Nallard (1918-2016)
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23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 16:23
Sidi Bou Saïd Octobre 2016 Photo JPB

Sidi Bou Saïd Octobre 2016 Photo JPB

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 17:48

Nous venons de passer une bien triste semaine. Des amis sont partis et nous avons l’impression que des pans de mur de notre vie se sont soudain écroulés.

Tout à commencé par le départ de Claude-Jean Philipe, cet enfant des deux rives qui dans un temps, rentrait chez nous par effraction après l’émission de Pivot et qui nous faisait partager le goût du cinéma et l’art de savoir faire des transitions. Peu après le départ d’un monsieur, dont je n’avais qu’une connaissance virtuelle, deux amis nous ont quittés : Antoine Blanca, mon vieux camarade de lutte pour la paix en Algérie et Hamid Nacer-Khodja, avec qui j’ai partagé beaucoup de grands moments.

Antoine Blanca

J’ai connu Antoine Blanca en 1960. J’étais en seconde au lycée Bugeaud (Émir Abdelkader aujourd’hui) alors qu’il remplissait les fonctions de surveillant. C’est mon camarade Pierre Grou qui me l’avait présenté comme étant le Président du Comité étudiant d’action laïque et démocratique. Ce comité regroupait des étudiants d’Alger, que l’on qualifiait de libéraux. Ces étudiants étaient en opposition avec l’Association générale des étudiants d’Alger, hostile à toute tentative de négociation de paix en Algérie., Le CEALD, présidé par Blanca avait comme secrétaire Claude Olivièri et comme dirigeants Abdelmalek Sayad, élève de Bourdieu et futur sociologue, Marc Bevilacqua et Jean Sprécher (1930-2006) qui a raconté l’histoire de ses étudiants dans un livre : « À contre-courant » (1). Lors de la fin du conflit algérien, Antoine, menacé par l’OAS fut obligé de s’exiler.

Je le revis au lendemain de l’Indépendance à Alger, où il enseignait l’espagnol à un lycée encore Bugeaud qui n’a pas tardé à devenir Abdelkader. Déçu par la tournure politique prise par les nouveaux dirigeants de l’Algérie, il partit s’installer en France et il rentra dans la direction du Parti Socialiste aux côtés de Pierre Mauroy. Je l’ai alors perdu de vue et j’ai su que grâce à ses connaissances de la langue espagnole, il est devenu un très grand spécialiste de l’Amérique du Sud. Il rencontra les dirigeants latino-américains comme Fidel Castro, Salvador Allende ou Raùl Alfonsin. Après la victoire de la gauche en 1981, il devint ambassadeur à Buenos Aires et fit une grande carrière diplomatique. Nous étions fiers d’avoir comme représentant de notre pays en Amérique du Sud, un ami né à Alicante, fils d’un républicain espagnol, et ayant passé son enfance en Algérie

Je l’ai retrouvé lors de sa retraite. Il était devenu écrivain et je le rencontrais lors des salons annuels du Maghreb des livres.

Il avait écrit un livre sur la fin du Président Salvador Allende, le 11 septembre 1973. Il avait intitulé son livre : « L’autre 11 septembre. » (2) Et c’est aussi le 11 septembre 2016 qu’il nous a quitté.

Son blog s'était arrêté après un texte d'hommage à Michel Rocard;(3)

Lors de ses obsèques, Lionel Jospin a prononcé l'éloge funèbre sur cette vie, qui a été en quelque sorte une magnifique synthèse.(Synthèse entre la France, l'Algérie, l'Espagne et l'Amérique du Sud)

Camus avait pensé à faire de sa vie une œuvre d’art. Antoine Blanca a tenté de le faire.

Hamid Nacer Khodja.

Hamid s’est éteint le 16 septembre. Nous savions qu’il luttait contre la maladie depuis presqu’un an et nous n’avions plus beaucoup d’espoir.

En 1971, Jean Sénac avait remarqué ce jeune poète de 18 ans et l’avait inclus dans son Anthologie de la nouvelle poésie algérienne (4). Il avait présenté Hamid comme un doux poète « qui sait que la profonde terre du verbe Aimer passe par le bonheur des autres. »

Par la suite, il l’avait désigné comme l’un des gardiens de son œuvre littéraire.

Après la disparition de Rabah Belamri, Hamid s’est consacré sans relâche à l’œuvre de Sénac.

Je l’avais croisé lors des mémorables journées Sénac de Marseille en 1983 mais c’est en 2002 qu’il est devenu pour moi un très grand ami. Lors de la publication des écrits sur l’art de Jean Sénac : Visages d’Algérie, (5) je l’ai aidé à retrouver la trace des peintres auxquels Sénac avait consacré des articles, et l'ai mis en relation avec leurs ayants droits qui sont presque tous des copains d'enfance, car ces artistes de la génération de mon père étaient pour la plupart disparus.

Il s’est alors intéressé aux œuvres des peintres d’Alger que j’avais connus : Louis Bénisti, Bénaboura, Guermaz, René Sintès ou Jean Degueurce.

En 2004, il organisa avec Aldo Herlaut, directeur du Centre Culturel Français d’Alger, les rencontres Sénac,, qui réunissaient une cinquantaine d'amis, dont je faisais partie..

Jean Sénac, critique algérien (6), devint le sujet de sa thèse qu'il soutint à Montpelier sous la direction de Guy Dugas en juin 2005. d
Il quitta alors l’administration (sous-préfet) pour enseigner la littérature à l’Université de Djelfa.
Il devint alors l’un des meilleurs connaisseurs de la littérature algérienne de graphie française.

Son livre sur la correspondance Camus-Sénac (7) est universellement connu et il éclaire deux points de vue différents, mais tous deux respectables, sur la tragédie algérienne.

Nous l’avons vu à Pézenas l’an passé où il était venu rendre hommage à l’éditeur Edmond Charlot lors d'un colloque organisé à l'occasion du centenaire de sa naissance.

La maladie l’a empêché de poursuivre son activité. Nous n’avons pu le voir à Alger lors du soixantième anniversaire de l' Appel pour une Trêve civile d’Albert Camus.

Lors des derniers mois de sa vie, , notre amie Odile Teste l’a soutenu et lui a permis de communiquer avec l’ensemble de ses amis.

Dans un de ses poèmes, Jean Sénac avait suggéré aux jeunes gens de son pays de venir danser le hadaoui devant sa tombe.

Écoutons le poète et que les jeunes gens des deux rives viennent danser le hadaoui sur la tombe de Sénac près d’Alger puis sur celle d’Hamid à Djelfa !

Jean-Pierre Bénisti

  1. Jean Sprécher : À contre courant, Étudiants libéraux et progressistes à Alger 1954-1962. Éditions Bouchène, 2000
  2. Antoine Blanca : Salvador Allende, l’autre 11 septembre. Éditions Bruno Leprince, 2003
  3. Voir : http://inter-socialiste.over-blog.com/2016/07/rocard-l-huguenot-beatifie.html
  4. Jean Sénac : Anthologie de la nouvelle poésie algérienne. Librairie Saint-Germain des près. Paris, 1971.
  5. Jean Sénac : Visages d’Algérie. Regards sur l’art. Préface de Guy Dugas. Éditions Paris-Méditerranée. Paris, 2004.
  6. La thèse a été publiée sous le titre Jean Sénac critique algérien, préface de Guy Dugas. Édition El Kalima, Alger,2013.
  7. Hamid Nacer-Khodja : Albert Camus, Jean Sénac, ou le fils rebelle. Préface de Guy Dugas. Éditions Paris-Méditerranée. Paris, 2004.
Antoine Blanca s'entretient avec Maïssa Bey de leur enfance communre à Boghari (Aujourd'hui Ksar El Boghari) Paris, Maghreb du livre 2015

Antoine Blanca s'entretient avec Maïssa Bey de leur enfance communre à Boghari (Aujourd'hui Ksar El Boghari) Paris, Maghreb du livre 2015

Hamid Nacer Khodja devant la tombe de Saint John Perse en juin 2005

Hamid Nacer Khodja devant la tombe de Saint John Perse en juin 2005

Aux journées Sénac, à Beni-Saf en septembre 2004. On reconnai^t Odile Teste, Saleh, Jean-Pierre Bénisti, Hamid Nacer-Khodja et Guy Dugas

Aux journées Sénac, à Beni-Saf en septembre 2004. On reconnai^t Odile Teste, Saleh, Jean-Pierre Bénisti, Hamid Nacer-Khodja et Guy Dugas

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27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 08:40
Villeneuve Loubet en 1950 par Louis Bénisti

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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 17:34

L’actualité m’amène à reprendre un texte que j’avais écrit il y a trois ans.

Un article du Monde (1), publié aujourd’hui, nous signale que l’épilation totale est aujourd’hui à la mode chez les femmes et que cette mode atteint aujourd’hui les hommes.

« L’esthéticien pense, l’esthéticienne épile. » C’est ainsi que s’exprime le sociologue Ivan Jablonka1 dans une étude récente sur le métier d’esthéticiennes, qui, selon lui, deviennent de véritables travailleuses sociales et même quelquefois des psychothérapeutes

Le musée du quai Branly aujourd’hui Musée Jacques Chirac, a consacré, il y a quelque temps, une exposition aux cheveux. Nombre d’ouvrages sur la barbe ou les poils paraissent. Cela témoigne de l’intérêt des humains pour un système pileux proprement humain, les autres mammifères ont un pelage permanent tout à fait différent du système pileux humain.

Les religions se sont emparées du problème : les juifs et les musulmans portent souvent la barbe. Les sikhs ne se coupent jamais les cheveux. Dans les trois religions monothéistes, les femmes traditionnellement ne doivent pas se présenter devant d’autres en cheveux. Si cette tradition s’est perdue chez les chrétiens où les femmes se couvraient encore lorsqu’elles pénétraient à l’intérieur d’une église jusqu’à une époque pas si lointaine, elle perdure chez les juifs et les musulmans. Chez les juifs, les femmes très religieuses auraient la tête rasée recouverte d’un foulard ou d’une perruque. Chez les musulmans, les femmes manifestent leur identité en se couvrant la tête d’un voile. Ce fameux voile a alimenté des polémiques sur le port de signes religieux ostensibles, sur les traditions ancestrales et sur les prescriptions religieuses.

 

Le port de la barbe ou de la moustache chez les hommes varie selon les modes. Il s’agit souvent de manifestation de virilité. En Afrique du Nord, il n’était pas convenable qu’un homme ne laisse pas subsister une moustache plus ou moins grosse. Je connais des barbus qui masquent une déformation de leur menton (retrognatisme) par une barbe. Brassens fait allusion dans une de ses chansons à une moustache pouvant dissimuler un bec de lièvre (la fessée). Souvent le port de la barbe traduit souvent une forte timidité ou une affirmation d’une autorité qui pourrait être défaillante. Pourquoi vouloir circonscrire son visage ? Si le barbu est con, sa connerie en sera aggravée.

Les femmes à barbe ont toujours intrigué. Un tableau du peintre espagnol Ribera intitulé la mujer barbuda montre une femme barbue allaitant son bébé. Ce tableau est exposé à l’hôpital Tavera de Tolède. Il s’agit d’une femme atteinte d’un désordre endocrinien. Lorsque, enfant, je passais mes vacances en Auvergne, j’étais effrayé de voir des vieilles paysannes avec des barbes grises. Ces visions de femme à barbe étaient pour moi surréalistes.

 

Dire que c’est barbant ou c’est la barbe signifie c’est ennuyeux et c’est ennuyeux de se raser, c’est la raison pour laquelle les hommes politiques méditent sur leur avenir en se rasant.

Une expression comme à poil signifiant tout nu est une expression empruntée au vocabulaire des cavaliers. Monter à cheval à poil signifie monter un cheval sans selle ou encore à cru.

 

Les anthropologues étudiant les différences anatomiques des différentes populations ont pu faire des classifications des individus selon leurs systèmes pileux selon la couleur des poils ou selon leur implantation. Les hommes d’origine asiatiques ont peu de poils sur les jambes et le torse. Aussi bien les hommes que les femmes asiatiques ont les aisselles et le pubis assez fournis et surtout lisses. Ce sont presque des cheveux.

 

Cela rejoint cette chanson enfantine que nous chantions sur un air de tango, la dénégation était évidente :

 

Je ne suis pas curieux,

Mais je voudrais savoir,

Pourquoi les femmes blondes

Ont les poils du cul noir

 

Je ne chanterais pas la suite. Il y a cependant quelques blondes qui le sont entièrement

 

Jusqu’au dix-neuvième siècle, les artistes ne figuraient pas dans leurs peintures les poils de leur modèle. Les femmes à poil étaient sans poils. Même Rembrandt dans sa gravure de « la Femme qui pisse » ne figure pas les poils C’est Courbet qui fut un des premiers artistes à figurer la pilosité de son modèle dans un tableau appelé l’Origine du monde qui à l’époque fit scandale. Ce qui est surprenant dans ce tableau, ce n’est pas pour ce qu’il représente mais le fait que ce n’est pas seulement l’observateur qui regarde le tableau mais c’est le sexe velu de la femme représentée sur le tableau qui regarde son public. Ce regard est accentué par l’absence de visage du modèle peint. Depuis Courbet, d’autres artistes n’ont pas censuré les poils de leur modèle, notamment Picasso, Manguin ou Marquet…

Lucien Clergue a su tirer parti de l’esthétique du système pileux dans ses admirables photos de nus en contre-jour, photos qu’il fit pour illustrer le poème d’Eluard : Corps mémorable

 

Baudelaire dans un poème des Fleurs du mal rend hommage à ces toisons :

 

« Et sous un ventre uni, doux comme du velours,

Bistré comme la peau d'un bonze,

 

Une riche toison qui, vraiment, est la sœur

De cette énorme chevelure,

Souple et frisée, et qui t'égale en épaisseur,

Nuit sans étoiles, Nuit obscure ! »

 

(Les promesses d’un visage in les Fleurs du mal)

 

Jules Verne n’a pas écrit que le Tour du monde en quatre-vingt jours, il a aussi écrit un poème intitulé : Lamentation d’un poil de cul de femme. (3)

Au cinéma, la première actrice qui ait montré sa pilosité dans un film d’auteur est Jane Birkin dans Blow up d’Antonioni. Dans le Dernier tango à Paris, un film qui fit scandale, Maria Schneider soulève sa robe et exhibe une gigantesque touffe qui apparaît en gros plan sur l’écran et qui regarde les spectateurs comme dans l’Origine du monde de Courbet.

 

 

 

Près du Pont de la Concorde, la Piscine Déligny était dans les années 70 un lieu très fréquenté. Sur la terrasse de cette défunte piscine, les femmes retiraient le haut de leurs maillots et exhibaient leurs seins. Une dame tricotait au crochet des petits triangles en coton. Ces triangles pouvaient être portés comme cache-sexe. Un cordon noué au haut des fesses permettait d’accrocher le triangle. La tricoteuse vendait ces vêtements minimum pas trop chers. Des baigneurs et surtout des baigneuses les essayaient. Ainsi, non seulement les seins étaient à l’air, mais aussi les fesses. À cette époque, les femmes ne se rasaient pas et laissaient voir leurs poils plus ou moins abondants dépasser les contours de ces triangles : il y en avait de toutes les couleurs : des poils bruns, des poils roux, des blonds… Aujourd’hui les femmes se rasent comme pour se libérer des dernières contraintes et l’on a plus l’occasion de voir le moindre poil. Tout le mystère qui se cache derrière ces toisons disparaît. Il y eut aussi la mode du rasage sélectif laissant sous le maillot un simple ticket de métro. Je préfère que les poils restent apparents et je regrette aussi les aisselles non épilées. Catherine Millet, l’écrivaine célèbre pour avoir raconté en détail ses exploits sexuels, avouait ne pas avoir cédé à la mode du rasage. Peut être qu ‘en s’épilant, les femmes veulent retrouver un sexe de petite fille. Il ne faut pas oublier que l’étymologie du mot puberté signifie apparition de la pilosité pubienne et cette apparition marque souvent le commencement de la fin de l’enfance.

 

Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

  1. Lorraine de Foucher : La guerre du poil est déclarée. Le Monde 13.08. 2016
  2. Ivan Jablonka : Le corps des autres. Coll. Raconter la vie. Seuil, Paris, 2015 ISBN 978-2-37021-034
  3. Voir : http://pdidion.free.fr/notules_2006/pdf/lamentations_d_un_poil_de_cul_de_femme.pdf

 

 

Voir dans Libération un article issu d’un blog intitulé les 400 culs. L’auteure de l’article s’insurgeait contre la mode de l’épilation qui sévit actuellement

http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/2012/09/epilation-cest-une-mode-ou-une-dictature-.html

Voir aussi :

Sylvie Kerviel et Macha Séry : La tyrannie de l'épilation.Le Monde 07.03.10

 

 

 

Nu de Charles Camoin, exposé actuellement au Musée Granet à Aix en Provence

Nu de Charles Camoin, exposé actuellement au Musée Granet à Aix en Provence

Matisse

Matisse

Louis Bénisti  : Nu couché sépia 1937

Louis Bénisti : Nu couché sépia 1937

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