Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
23 octobre 2016 7 23 /10 /octobre /2016 16:23
Sidi Bou Saïd Octobre 2016 Photo JPB

Sidi Bou Saïd Octobre 2016 Photo JPB

Repost 0
Published by www.aurelia.myrtho.com
commenter cet article
19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 17:48

Nous venons de passer une bien triste semaine. Des amis sont partis et nous avons l’impression que des pans de mur de notre vie se sont soudain écroulés.

Tout à commencé par le départ de Claude-Jean Philipe, cet enfant des deux rives qui dans un temps, rentrait chez nous par effraction après l’émission de Pivot et qui nous faisait partager le goût du cinéma et l’art de savoir faire des transitions. Peu après le départ d’un monsieur, dont je n’avais qu’une connaissance virtuelle, deux amis nous ont quittés : Antoine Blanca, mon vieux camarade de lutte pour la paix en Algérie et Hamid Nacer-Khodja, avec qui j’ai partagé beaucoup de grands moments.

Antoine Blanca

J’ai connu Antoine Blanca en 1960. J’étais en seconde au lycée Bugeaud (Émir Abdelkader aujourd’hui) alors qu’il remplissait les fonctions de surveillant. C’est mon camarade Pierre Grou qui me l’avait présenté comme étant le Président du Comité étudiant d’action laïque et démocratique. Ce comité regroupait des étudiants d’Alger, que l’on qualifiait de libéraux. Ces étudiants étaient en opposition avec l’Association générale des étudiants d’Alger, hostile à toute tentative de négociation de paix en Algérie., Le CEALD, présidé par Blanca avait comme secrétaire Claude Olivièri et comme dirigeants Abdelmalek Sayad, élève de Bourdieu et futur sociologue, Marc Bevilacqua et Jean Sprécher (1930-2006) qui a raconté l’histoire de ses étudiants dans un livre : « À contre-courant » (1). Lors de la fin du conflit algérien, Antoine, menacé par l’OAS fut obligé de s’exiler.

Je le revis au lendemain de l’Indépendance à Alger, où il enseignait l’espagnol à un lycée encore Bugeaud qui n’a pas tardé à devenir Abdelkader. Déçu par la tournure politique prise par les nouveaux dirigeants de l’Algérie, il partit s’installer en France et il rentra dans la direction du Parti Socialiste aux côtés de Pierre Mauroy. Je l’ai alors perdu de vue et j’ai su que grâce à ses connaissances de la langue espagnole, il est devenu un très grand spécialiste de l’Amérique du Sud. Il rencontra les dirigeants latino-américains comme Fidel Castro, Salvador Allende ou Raùl Alfonsin. Après la victoire de la gauche en 1981, il devint ambassadeur à Buenos Aires et fit une grande carrière diplomatique. Nous étions fiers d’avoir comme représentant de notre pays en Amérique du Sud, un ami né à Alicante, fils d’un républicain espagnol, et ayant passé son enfance en Algérie

Je l’ai retrouvé lors de sa retraite. Il était devenu écrivain et je le rencontrais lors des salons annuels du Maghreb des livres.

Il avait écrit un livre sur la fin du Président Salvador Allende, le 11 septembre 1973. Il avait intitulé son livre : « L’autre 11 septembre. » (2) Et c’est aussi le 11 septembre 2016 qu’il nous a quitté.

Son blog s'était arrêté après un texte d'hommage à Michel Rocard;(3)

Lors de ses obsèques, Lionel Jospin a prononcé l'éloge funèbre sur cette vie, qui a été en quelque sorte une magnifique synthèse.(Synthèse entre la France, l'Algérie, l'Espagne et l'Amérique du Sud)

Camus avait pensé à faire de sa vie une œuvre d’art. Antoine Blanca a tenté de le faire.

Hamid Nacer Khodja.

Hamid s’est éteint le 16 septembre. Nous savions qu’il luttait contre la maladie depuis presqu’un an et nous n’avions plus beaucoup d’espoir.

En 1971, Jean Sénac avait remarqué ce jeune poète de 18 ans et l’avait inclus dans son Anthologie de la nouvelle poésie algérienne (4). Il avait présenté Hamid comme un doux poète « qui sait que la profonde terre du verbe Aimer passe par le bonheur des autres. »

Par la suite, il l’avait désigné comme l’un des gardiens de son œuvre littéraire.

Après la disparition de Rabah Belamri, Hamid s’est consacré sans relâche à l’œuvre de Sénac.

Je l’avais croisé lors des mémorables journées Sénac de Marseille en 1983 mais c’est en 2002 qu’il est devenu pour moi un très grand ami. Lors de la publication des écrits sur l’art de Jean Sénac : Visages d’Algérie, (5) je l’ai aidé à retrouver la trace des peintres auxquels Sénac avait consacré des articles, et l'ai mis en relation avec leurs ayants droits qui sont presque tous des copains d'enfance, car ces artistes de la génération de mon père étaient pour la plupart disparus.

Il s’est alors intéressé aux œuvres des peintres d’Alger que j’avais connus : Louis Bénisti, Bénaboura, Guermaz, René Sintès ou Jean Degueurce.

En 2004, il organisa avec Aldo Herlaut, directeur du Centre Culturel Français d’Alger, les rencontres Sénac,, qui réunissaient une cinquantaine d'amis, dont je faisais partie..

Jean Sénac, critique algérien (6), devint le sujet de sa thèse qu'il soutint à Montpelier sous la direction de Guy Dugas en juin 2005. d
Il quitta alors l’administration (sous-préfet) pour enseigner la littérature à l’Université de Djelfa.
Il devint alors l’un des meilleurs connaisseurs de la littérature algérienne de graphie française.

Son livre sur la correspondance Camus-Sénac (7) est universellement connu et il éclaire deux points de vue différents, mais tous deux respectables, sur la tragédie algérienne.

Nous l’avons vu à Pézenas l’an passé où il était venu rendre hommage à l’éditeur Edmond Charlot lors d'un colloque organisé à l'occasion du centenaire de sa naissance.

La maladie l’a empêché de poursuivre son activité. Nous n’avons pu le voir à Alger lors du soixantième anniversaire de l' Appel pour une Trêve civile d’Albert Camus.

Lors des derniers mois de sa vie, , notre amie Odile Teste l’a soutenu et lui a permis de communiquer avec l’ensemble de ses amis.

Dans un de ses poèmes, Jean Sénac avait suggéré aux jeunes gens de son pays de venir danser le hadaoui devant sa tombe.

Écoutons le poète et que les jeunes gens des deux rives viennent danser le hadaoui sur la tombe de Sénac près d’Alger puis sur celle d’Hamid à Djelfa !

Jean-Pierre Bénisti

  1. Jean Sprécher : À contre courant, Étudiants libéraux et progressistes à Alger 1954-1962. Éditions Bouchène, 2000
  2. Antoine Blanca : Salvador Allende, l’autre 11 septembre. Éditions Bruno Leprince, 2003
  3. Voir : http://inter-socialiste.over-blog.com/2016/07/rocard-l-huguenot-beatifie.html
  4. Jean Sénac : Anthologie de la nouvelle poésie algérienne. Librairie Saint-Germain des près. Paris, 1971.
  5. Jean Sénac : Visages d’Algérie. Regards sur l’art. Préface de Guy Dugas. Éditions Paris-Méditerranée. Paris, 2004.
  6. La thèse a été publiée sous le titre Jean Sénac critique algérien, préface de Guy Dugas. Édition El Kalima, Alger,2013.
  7. Hamid Nacer-Khodja : Albert Camus, Jean Sénac, ou le fils rebelle. Préface de Guy Dugas. Éditions Paris-Méditerranée. Paris, 2004.
Antoine Blanca s'entretient avec Maïssa Bey de leur enfance communre à Boghari (Aujourd'hui Ksar El Boghari) Paris, Maghreb du livre 2015

Antoine Blanca s'entretient avec Maïssa Bey de leur enfance communre à Boghari (Aujourd'hui Ksar El Boghari) Paris, Maghreb du livre 2015

Hamid Nacer Khodja devant la tombe de Saint John Perse en juin 2005

Hamid Nacer Khodja devant la tombe de Saint John Perse en juin 2005

Aux journées Sénac, à Beni-Saf en septembre 2004. On reconnai^t Odile Teste, Saleh, Jean-Pierre Bénisti, Hamid Nacer-Khodja et Guy Dugas

Aux journées Sénac, à Beni-Saf en septembre 2004. On reconnai^t Odile Teste, Saleh, Jean-Pierre Bénisti, Hamid Nacer-Khodja et Guy Dugas

Repost 0
Published by www.aurelia.myrtho.com
commenter cet article
27 août 2016 6 27 /08 /août /2016 08:40
Villeneuve Loubet en 1950 par Louis Bénisti

Villeneuve Loubet en 1950 par Louis Bénisti

Repost 0
Published by www.aurelia.myrtho.com
commenter cet article
13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 17:34

L’actualité m’amène à reprendre un texte que j’avais écrit il y a trois ans.

Un article du Monde (1), publié aujourd’hui, nous signale que l’épilation totale est aujourd’hui à la mode chez les femmes et que cette mode atteint aujourd’hui les hommes.

« L’esthéticien pense, l’esthéticienne épile. » C’est ainsi que s’exprime le sociologue Ivan Jablonka1 dans une étude récente sur le métier d’esthéticiennes, qui, selon lui, deviennent de véritables travailleuses sociales et même quelquefois des psychothérapeutes

Le musée du quai Branly aujourd’hui Musée Jacques Chirac, a consacré, il y a quelque temps, une exposition aux cheveux. Nombre d’ouvrages sur la barbe ou les poils paraissent. Cela témoigne de l’intérêt des humains pour un système pileux proprement humain, les autres mammifères ont un pelage permanent tout à fait différent du système pileux humain.

Les religions se sont emparées du problème : les juifs et les musulmans portent souvent la barbe. Les sikhs ne se coupent jamais les cheveux. Dans les trois religions monothéistes, les femmes traditionnellement ne doivent pas se présenter devant d’autres en cheveux. Si cette tradition s’est perdue chez les chrétiens où les femmes se couvraient encore lorsqu’elles pénétraient à l’intérieur d’une église jusqu’à une époque pas si lointaine, elle perdure chez les juifs et les musulmans. Chez les juifs, les femmes très religieuses auraient la tête rasée recouverte d’un foulard ou d’une perruque. Chez les musulmans, les femmes manifestent leur identité en se couvrant la tête d’un voile. Ce fameux voile a alimenté des polémiques sur le port de signes religieux ostensibles, sur les traditions ancestrales et sur les prescriptions religieuses.

 

Le port de la barbe ou de la moustache chez les hommes varie selon les modes. Il s’agit souvent de manifestation de virilité. En Afrique du Nord, il n’était pas convenable qu’un homme ne laisse pas subsister une moustache plus ou moins grosse. Je connais des barbus qui masquent une déformation de leur menton (retrognatisme) par une barbe. Brassens fait allusion dans une de ses chansons à une moustache pouvant dissimuler un bec de lièvre (la fessée). Souvent le port de la barbe traduit souvent une forte timidité ou une affirmation d’une autorité qui pourrait être défaillante. Pourquoi vouloir circonscrire son visage ? Si le barbu est con, sa connerie en sera aggravée.

Les femmes à barbe ont toujours intrigué. Un tableau du peintre espagnol Ribera intitulé la mujer barbuda montre une femme barbue allaitant son bébé. Ce tableau est exposé à l’hôpital Tavera de Tolède. Il s’agit d’une femme atteinte d’un désordre endocrinien. Lorsque, enfant, je passais mes vacances en Auvergne, j’étais effrayé de voir des vieilles paysannes avec des barbes grises. Ces visions de femme à barbe étaient pour moi surréalistes.

 

Dire que c’est barbant ou c’est la barbe signifie c’est ennuyeux et c’est ennuyeux de se raser, c’est la raison pour laquelle les hommes politiques méditent sur leur avenir en se rasant.

Une expression comme à poil signifiant tout nu est une expression empruntée au vocabulaire des cavaliers. Monter à cheval à poil signifie monter un cheval sans selle ou encore à cru.

 

Les anthropologues étudiant les différences anatomiques des différentes populations ont pu faire des classifications des individus selon leurs systèmes pileux selon la couleur des poils ou selon leur implantation. Les hommes d’origine asiatiques ont peu de poils sur les jambes et le torse. Aussi bien les hommes que les femmes asiatiques ont les aisselles et le pubis assez fournis et surtout lisses. Ce sont presque des cheveux.

 

Cela rejoint cette chanson enfantine que nous chantions sur un air de tango, la dénégation était évidente :

 

Je ne suis pas curieux,

Mais je voudrais savoir,

Pourquoi les femmes blondes

Ont les poils du cul noir

 

Je ne chanterais pas la suite. Il y a cependant quelques blondes qui le sont entièrement

 

Jusqu’au dix-neuvième siècle, les artistes ne figuraient pas dans leurs peintures les poils de leur modèle. Les femmes à poil étaient sans poils. Même Rembrandt dans sa gravure de « la Femme qui pisse » ne figure pas les poils C’est Courbet qui fut un des premiers artistes à figurer la pilosité de son modèle dans un tableau appelé l’Origine du monde qui à l’époque fit scandale. Ce qui est surprenant dans ce tableau, ce n’est pas pour ce qu’il représente mais le fait que ce n’est pas seulement l’observateur qui regarde le tableau mais c’est le sexe velu de la femme représentée sur le tableau qui regarde son public. Ce regard est accentué par l’absence de visage du modèle peint. Depuis Courbet, d’autres artistes n’ont pas censuré les poils de leur modèle, notamment Picasso, Manguin ou Marquet…

Lucien Clergue a su tirer parti de l’esthétique du système pileux dans ses admirables photos de nus en contre-jour, photos qu’il fit pour illustrer le poème d’Eluard : Corps mémorable

 

Baudelaire dans un poème des Fleurs du mal rend hommage à ces toisons :

 

« Et sous un ventre uni, doux comme du velours,

Bistré comme la peau d'un bonze,

 

Une riche toison qui, vraiment, est la sœur

De cette énorme chevelure,

Souple et frisée, et qui t'égale en épaisseur,

Nuit sans étoiles, Nuit obscure ! »

 

(Les promesses d’un visage in les Fleurs du mal)

 

Jules Verne n’a pas écrit que le Tour du monde en quatre-vingt jours, il a aussi écrit un poème intitulé : Lamentation d’un poil de cul de femme. (3)

Au cinéma, la première actrice qui ait montré sa pilosité dans un film d’auteur est Jane Birkin dans Blow up d’Antonioni. Dans le Dernier tango à Paris, un film qui fit scandale, Maria Schneider soulève sa robe et exhibe une gigantesque touffe qui apparaît en gros plan sur l’écran et qui regarde les spectateurs comme dans l’Origine du monde de Courbet.

 

 

 

Près du Pont de la Concorde, la Piscine Déligny était dans les années 70 un lieu très fréquenté. Sur la terrasse de cette défunte piscine, les femmes retiraient le haut de leurs maillots et exhibaient leurs seins. Une dame tricotait au crochet des petits triangles en coton. Ces triangles pouvaient être portés comme cache-sexe. Un cordon noué au haut des fesses permettait d’accrocher le triangle. La tricoteuse vendait ces vêtements minimum pas trop chers. Des baigneurs et surtout des baigneuses les essayaient. Ainsi, non seulement les seins étaient à l’air, mais aussi les fesses. À cette époque, les femmes ne se rasaient pas et laissaient voir leurs poils plus ou moins abondants dépasser les contours de ces triangles : il y en avait de toutes les couleurs : des poils bruns, des poils roux, des blonds… Aujourd’hui les femmes se rasent comme pour se libérer des dernières contraintes et l’on a plus l’occasion de voir le moindre poil. Tout le mystère qui se cache derrière ces toisons disparaît. Il y eut aussi la mode du rasage sélectif laissant sous le maillot un simple ticket de métro. Je préfère que les poils restent apparents et je regrette aussi les aisselles non épilées. Catherine Millet, l’écrivaine célèbre pour avoir raconté en détail ses exploits sexuels, avouait ne pas avoir cédé à la mode du rasage. Peut être qu ‘en s’épilant, les femmes veulent retrouver un sexe de petite fille. Il ne faut pas oublier que l’étymologie du mot puberté signifie apparition de la pilosité pubienne et cette apparition marque souvent le commencement de la fin de l’enfance.

 

Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

  1. Lorraine de Foucher : La guerre du poil est déclarée. Le Monde 13.08. 2016
  2. Ivan Jablonka : Le corps des autres. Coll. Raconter la vie. Seuil, Paris, 2015 ISBN 978-2-37021-034
  3. Voir : http://pdidion.free.fr/notules_2006/pdf/lamentations_d_un_poil_de_cul_de_femme.pdf

 

 

Voir dans Libération un article issu d’un blog intitulé les 400 culs. L’auteure de l’article s’insurgeait contre la mode de l’épilation qui sévit actuellement

http://sexes.blogs.liberation.fr/agnes_giard/2012/09/epilation-cest-une-mode-ou-une-dictature-.html

Voir aussi :

Sylvie Kerviel et Macha Séry : La tyrannie de l'épilation.Le Monde 07.03.10

 

 

 

Nu de Charles Camoin, exposé actuellement au Musée Granet à Aix en Provence

Nu de Charles Camoin, exposé actuellement au Musée Granet à Aix en Provence

Matisse

Matisse

Louis Bénisti  : Nu couché sépia 1937

Louis Bénisti : Nu couché sépia 1937

Repost 0
Published by www.aurelia.myrtho.com
commenter cet article
28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 15:20

René Gachet vient de nous quitter. Avant d'avoir été haut fonctionnaire au Ministère de la Culture, inspecteur d'art dramatique et DRAC à Metz ou à Lyon. Il a dirigé admirablement le Centre culturel français d'Alger entre 1967 et 1971 et a contribué à faire connaître les peintres et les écrivains d'Algérie en organisant des expositions et des conférences.

Catalogues d'expositions de peinture

Catalogues d'expositions de peinture

Publications d'écrits de Jean Dejeux et de Jean Sénac

Publications d'écrits de Jean Dejeux et de Jean Sénac

Exposition Louis Bénisti  au CCF en janvier 1970

Exposition Louis Bénisti au CCF en janvier 1970

F!esta campestre en Andalucia, peinture de Diaz Ojeda exposée au CCF d'Alger en 1967

F!esta campestre en Andalucia, peinture de Diaz Ojeda exposée au CCF d'Alger en 1967

Repost 0
Published by www.aurelia.myrtho.com
commenter cet article
4 juillet 2016 1 04 /07 /juillet /2016 08:27

Hommages de deux hommes remarquables décédés le même jour le 2 juillet 2016

Les 9 et 10 novembre 1990, s'est déroulé à Strasbourg le colloque "Albert Camus et l'Europe". Après l'ouverture du colloque par Catherine Trautman, Maire de Strasbourg, André Abbou, organisateur du colloque, lit un message de sympathie de Michel Rocard, Premier ministre, dont voici le texte:

Mesdames, Messieurs,

Lorsque j'ai reçu l'invitation des organisateurs de ce colloque international sur Albert Camus et l'Europe, j'ai regretté que mon emploi du temps ne me permette pas d'être présent à la séance d'ouverture. J'ai toujours, en effet, pensé qu'Albert Camus n'avait pas la considération qu'il mérite, bien qu'il soit l'un des auteurs français les plus lus. Le choix du thème de votre colloque me paraît judicieux. Car Camus est, parmi les intellectuels de ce temps, un de ceux qui ont porté le plus loin le regard sur l'Europe du milieu du siècle, secouée par des crises de toute nature et tourmentée par les idéologies autoritaires. Albert Camus, parmi d'autres engagements, a refusé d'être uniquement un artiste et a participé au combat contre l'injustice. Il a défendu l'Allemand contre le nazisme, il a signé un double appel en faveur des communistes grecs condamnés à mort en 1949 et 1950, il a démissionné de l'UNESCO lorsque l'Espagne franquiste y fut admise, il a protesté après l'écrasement de l'insurrection hongroise de 1956. Il a donc ainsi anticipé sur les mouvements de solidarité que l'on connaît aujourd'hui en Europe. Albert Camus fut un éminent représentant de l'esprit européen, fait d'un questionnement permanent. La condition humaine est pour lui essentiellement révolte, c'est-‡- dire réaction à l'absurdité qui se révèle dans la confrontation de l'homme au monde, refus de toutes les injustices engendrées par la société et l'histoire. Cependant, cette tragédie fondamentale doit se doubler d'une révolte positive qui affirme les droits de l'homme, de la vie, de la nature comme valeurs suprêmes. La révolte sauve donc la dignité de l'homme, laquelle s'inscrit dans cette tension entre la révolte contre et la révolte pour. C'est ce que n'ont pas vu les idéologies totalitaires qui ont finalement conduit à justifier le crime et la négation de l'homme. Il faut relire L'homme révolté et comprendre la force qu'il donne à un combat, inscrit dans la mesure, pour un âge adulte de la pensée moderne. L'avenir de nos nations aujourd'hui n'est-il pas lui aussi inscrit dans la tension entre la révolte et la mesure, dans le refus de toute logique unilatérale du désespoir. L'Europe de Camus, que nous découvrons en creux de ses ouvrages, est une préfiguration de celle que nous avons à vivre aujourd'hui. Je suis sûr que votre colloque contribuera à la connaissance et à la diffusion d'une pensée qui nous a tant apporté et qui nous apportera encore beaucoup.

Michel Rocard.

Bulletin de la Société des études camusiennes n°22, avril 1991

http://webcamus.free.fr/sec/archives/b22-9104.pdf

Elie Wiesel rends hommage à Albert Camus dans le numéro 846 de la revue Europe, octobre 1999, (numéro spécial Camus publié sous la direction de Jacqueline Levi-Valensi.

Michel Rocard et Elie Wiesel parlent de Camus
Michel Rocard et Elie Wiesel parlent de Camus
Michel Rocard et Elie Wiesel parlent de Camus
Repost 0
Published by www.aurelia.myrtho.com
commenter cet article
3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 10:03

Une voix

.

Écoute-moi revivre dans ces forêts

Sous les frondaisons de mémoire

Où je passe verte,

Sourire calciné d’anciennes plantes sur la terre,

Race charbonneuse du jour.

.

Écoute-moi revivre, je te conduis

Au jardin de présence,

L’abandonné au soir et que des ombres courbes,

L’habitable pour toi dans le nouvel amour.

.

Hier régnant désert, j’étais feuille sauvage

Et libre de mourir,

Mais le temps mûrissait, plainte noire des combes,

La blessure de l’eau dans les pierres du jour.

.

Yves Bonnefoy (1923-2016)

Hier régnant désert, Mercure de France, 1958.

Hommage à Yves Bonnefoy
Repost 0
Published by www.aurelia.myrtho.com
commenter cet article
27 juin 2016 1 27 /06 /juin /2016 12:07

Un lieu peu connu dans un pays très touristique a été remarqué par des artistes et des écrivains.

Si vous allez vous promener dans le Lubéron, au lieu-dit du Jas de Puyvert, entre Lourmarin et Cadenet, arrêtez-vous et montez au sommet d’une colline : vous trouverez une petite tour avec un porche ouvert et à l’intérieur un colombier.

L’écrivain Gabriel Audisio (1900-1978) a écrit en un roman portant le titre Le Colombier de Puyvert (Gallimard 1953) qui nous transporte au quatre coins de la Méditerranée pour finir près de ce fameux colombier :

« …Avant d’arriver aux abords du fleuve, Sauveur aperçut, à quelque distance, sur une faible éminence au delà d’un boqueteau, une vieille tour qui dominait les environs d’un lieu-dit Puyvert. Il n’y était jamais allé voir de près. Ce ne devait être qu’un colombier, comme il en existe beaucoup, comme il subsiste quelques-uns dans ces parages. Mais la beauté du site qui semblait avoir quelque chose de privilégié, le tenta. »

Au restaurant Ollier de Lourmarin, ce texte écrit de la main de l’auteur était encadré et accroché dans la salle jusqu'à la fin des années 70.

Non loin de ce lieu, à Lourmarin, au lieu dit du Pierouret, le scénographe André Acquart, qui vient de nous quitter, avait acquis un terrain où il avait l’habitude en été de planter sa tente en compagnie de sa femme Barbara et de ses enfants.

Marie Cardinal (1928-2001), qui avait connu les Acquart en Algérie, leurs rendait souvent visite. Elle relate dans son livre les Mots pour le dire (1) , la promenade qu’elle avait faite en leur compagnie au fameux colombier : « …je suis entrée et la beauté du lieu m’a saisie, comme si on m’avait jeté un charme. La tour n’avait pas de toit (…). Les parois étaient percées de profonds alvéoles de porcelaine bleus et jaunes, un rang bleu, un rang jaune en quinconce, où nichaient les oiseaux. »

Emerveillé, moi aussi, par cette beauté, survenant de façon inattendue. J’ai saisi mon appareil de façon à rendre éternelle quelques centièmes de secondes.

Jean-Pierre Bénisti

  1. Marie Cardinal : Les Mots pour le dire. Paris, Grasset 1975 Livre de poche p.22
Colombier de Puyvert Photo JPB

Colombier de Puyvert Photo JPB

Jas de Puyvert Photo JPB

Jas de Puyvert Photo JPB

Repost 0
Published by www.aurelia.myrtho.com
commenter cet article
22 juin 2016 3 22 /06 /juin /2016 11:58

Sur France-culture, l’émission « les Regardeurs » est consacrée cette semaine au Déjeuner sur l’herbe de Manet. Ce tableau est surprenant, car la femme se trouve nue, en compagnie de messieurs habillés en habit de dimanche. Au loin, une autre femme, en déshabillé, s’apprêtant à se baigner, semble se fondre dans le paysage lointain.

Pour moi, deux interprétations sont possibles :

La première : le peintre se met à la place du spectateur-regardeur. En réalité, les personnes sont habillées, la femme l’est aussi mais le regardeur, séduit par sa beauté, la voit comme étant nue. Les hommes sont réels, la femme assise est imaginaire, quant au symbolique, c’est peut-être la baigneuse du fond.

La deuxième : la femme s’est mise nue pour se baigner devant des messieurs qui ne connaissent pas ce plaisir. Ellr interpelle le spectateur qui la regarde et lui dit : « Regarde-moi, comme je suis belle ! » Le spectateur se trouve alors dans la même position devant ce tableau, que celle dont il se trouve devant l’Origine du monde de Courbet : Ce n’est pas le spectateur qui est voyeur c’est le personnage du tableau qui est exhibitionniste. La femme peinte n’a pas un visage qui pourrait regarder le public. C’est son sexe qui regarde le public.

Ces peintures gardent encore une fonction sociale. Les fresques du Moyen-âge racontaient l’histoire sainte à un public non lettré. Les peintures de Goya pouvaient nous parler des désastres de la guerre. Élie Faure, voyant ces peintures narratives comme le déjeuner sur l’herbe, parlait de cinéma avant la lettre.

Auguste Renoir continua à faire quelques peintures narratives comme le Moulin de la Galette et avec ses collègues impressionnistes, il tournait le dos aux peintres académiques que l’on qualifiait de pompiers. Jean Renoir a pris le relai de son père en devenant cinéaste et il fit lui aussi son déjeuner sur l’herbe.

Jean-Pierre Bénisti

Repost 0
Published by www.aurelia.myrtho.com
commenter cet article
17 juin 2016 5 17 /06 /juin /2016 16:26

Actuellement à l'espace Oscar Niemeyer à Paris XIX ème (siège du Parti Communiste Français) a lieu une très intéressante exposition consacré à la résistance par la culture.

On peut voir notamment l'histoire du poème Liberté de Paul Éluard publié à Alger par Max-Pol Fouchet sous le titre : Une seule pensée.

L'exposition consacre une large place aux camps d'internement en Algérie durant la période où le Gouvernement Général de l'Algérie était à la solde du régime institué par Philipe Pétain.

Au camp de Djelfa, a été interné un républicain espagnol, Max Aub

Au camp de Bossuet, près de Sidi Bel Abbes, le parlementaire communiste Prosper Moquet fut interné. Il fut ensuite transféré à la prison de Maison-carrée et c'est là qu'il appris l'exécution de son fils Guy Moquet, fusillé comme otage à Chateaubriant. Aragon a dédié son poème célèbre : la Rose et le Réséda à Gilbert Dru, militant catholique (celui qui croyait au ciel ) et à Gabriel Peri et Guy Moquet (celui qui n'y croyait pas)

Des républicains espagnols ont été internés à Boghari ! non évoqué dans l'exposition.

Ces camps d'internement ont été réutilisés pendant la guerre d'Algérie.

Jean-Pierre Bénisti

Au sujet des camps d'internement en Algérie en 1940-42
Prosper Moquet à Bossuet et à Maison-Carrée
Prosper Moquet à Bossuet et à Maison-Carrée

Prosper Moquet à Bossuet et à Maison-Carrée

Max Aub à Djelfa
Max Aub à Djelfa

Max Aub à Djelfa

Le camp de Boghari, gravure de René-Jean Clot

Le camp de Boghari, gravure de René-Jean Clot

Repost 0
Published by www.aurelia.myrtho.com
commenter cet article