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27 avril 2020 1 27 /04 /avril /2020 15:51
Le carnet du bois de pins de Francis Ponge
Le carnet du bois de pins de Francis Ponge

Aucun serpentement de lianes ou de cordes qui gêne le promeneur parmi la profusion de s-ces grands mâts nêgres ou créoles, du pied jusqu'à mi-hauteur encore lichhéneux.

                                            *

Halle aux aiguilles odoriférantes, aux épingles à cheveux végétales, auditorium de myriades d'insectes, ô temple de la caducité (caducité des branches et des poils) dont les cintres, auditorium- solarium de myriades d'insectes - sont supportés par une forêt de mâts séniles tout frisés, licheneux comme des vieillards créoles...

Lente fabrique de bois, de mâts, de poteaux, de perches, de poutres.

Forêt sans feuilles, odoriférante comme le peigne d'une rousse.

                                    *

Si les feuilles ressemblent à des plumes, les aiguilles de pins ressemblent à des poils;

                                  *

Le pin n'est-il pas l'arbre qui fournit le plus de bois mort ?

 

 

Francis Ponge : Le carnet du bois de pins. Mermod, Lausanne, 1947

Le carnet du bois de pins de Francis Ponge
Chambon sur Lignon, août 1961 © Jean-Pierre Bénisti

Chambon sur Lignon, août 1961 © Jean-Pierre Bénisti

Chambon sur Lignon, août 1961 © Jean-Pierre Bénisti

Chambon sur Lignon, août 1961 © Jean-Pierre Bénisti

   

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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 15:41

 

Celui  qui entre par hasard dans la demeure du poète

 

 

Celui qui entre par hasard dans la demeure d'un poète 

Ne sait pas que les meubles ont pouvoir sur lui 

Que chaque nœud du bois renferme davantage 

De cris d'oiseaux que tout le cœur de la forêt 

Il suffit qu'une lampe pose son cou de femme 

À la tombée du soir contre un angle verni 

Pour délivrer soudain mille peuples d'abeilles 

Et l'odeur de pain frais des cerisiers fleuris 

Car tel est le bonheur de cette solitude 

Qu'une caresse toute plate de la main 

Redonne à ces grands meubles noirs et taciturnes 

La légèreté d'un arbre dans le matin. 

  

René Guy Cadou

Hélène ou le Règne Végétal

Seghers, 1981 

Kabylie 1968 © Jean-Pierre Bénisti

Kabylie 1968 © Jean-Pierre Bénisti

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26 avril 2020 7 26 /04 /avril /2020 15:11

 

 

Arbatache

Arbatache (Poème de Jean Sénac)
Arbatache (Poème de Jean Sénac)
Arbatache (Poème de Jean Sénac)
Arbatache (Poème de Jean Sénac)

Jean Sénac 

Arbatache Strophes  : 5,6,9,16`

Publié à Alger dans la revue Novembre n°1  en 1964, à l'occasion de la Journée de l'Arbre qui se faisait au lieu dit de l'Arbatache.

Le poème est repris dans une version raccourcie dans le recueil de Jean Sénac : Citoyens de Beauté ; Éditions Subervie, 1967 et dans sa version intégrale dans  les Œuvres poétiques. Édition établie par Hamid Nacer-Khodja. Actes Sud, 1999, réédition 2019.

Kabylie 1968.© Jean-Pierre Bénisti.

Kabylie 1968.© Jean-Pierre Bénisti.

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 16:37

 

 

J’appareille aujourd’hui vers une autre colline

Un pays jamais vu par des regards humains

Sous un arbre au bras long au regard de mère.

 

Jean Armrouche : Cendres. Tunis 1932.

 

Je voudrais reposer dans une famille humaine

Celle qui fut livrée à une sombre haine

Mais qu’un Dieu délivra sur un mont d’oliviers,

Pareil au tronc noueux des arbres de chez nous

 

Jean Armrouche : Adieu au pays natal.

Kabylie, novembre 1968 © Jean-Pierre Bénisti

Kabylie, novembre 1968 © Jean-Pierre Bénisti

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25 avril 2020 6 25 /04 /avril /2020 16:30

Un Saule

 

 

Est-il tordu, troué, souffrant et vieux !

Sont-ils, crevés et bossués, les yeux

Que font les nœuds de son écorce !

Est-il frappé dans sa vigueur et dans force !

Est-il misère, est-il ruine, 

Avec tous les couteaux du vent dans sa poitrine,

Et, néanmoins, planté au bord,

De son fossé d’eau verte et de fleurs d’or, 

À travers l’ombre et à travers la mort,

Au fond du sol, mord-il la vie, encor !

     

 

Émile Verhaeren : La guirlande des dunes (1909) 

 

Saule, Lourmarin, août 1961 )© Jean-Pierre Bénisti

Saule, Lourmarin, août 1961 )© Jean-Pierre Bénisti

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24 avril 2020 5 24 /04 /avril /2020 16:33

Los Olivos

 

  

 

¡Viejos olivos sedientos
bajo el claro sol del día,
olivares polvorientos
del campo de Andahicía!
¡El campo andaluz, peinado
por el sol canicular,
de loma en loma rayado
de olivar y de olivar!
Son las tierras
soleadas,
anchas lomas, lueñes sierras
de olivares recamadas.
Mil senderos. Con sus machos,
abrumados de capachos,

 


Olivares, Dios os dé
los eneros
de aguaceros,
los agostos de agua al pie,
los vientos primaverales,
vuestras flores racimadas;
y las lluvias otoñales
vuestras olivas moradas.
Olivar, por cien caminos,
tus olivitas irán
caminando a cien molinos.
Ya darán
trabajo en las alquerías
a gañanes y braceros,
¡oh buenas frentes sombrías
bajo los anchos sombreros!...
¡Olivar y olivareros,
bosque y raza,
campo y plaza
de los fieles al terruño
y al arado y al molino,
de los que muestran el puño
al destino,
los benditos labradores,
los bandidos caballeros,
los señores
devotos y matuteros!...
¡Ciudades y caseríos
en la margen de los ríos,
en los pliegues de la sierra!...
¡Venga Dios a los hogares
y a las almas de esta tierra
de olivares y olivares!

 
 

 

Les oliviers

 

Vieux oliviers assoiffés

sous le clair soleil du jour, 

oliviers poussiéreux

de la campagne andalouse !

Campagne andalouse, peignée

par le soleil caniculaire

de colline en colline rayée

par des oliveraies et des oliveraies !

Terres

ensoleillées,

larges coteaux et sierras lointaines

bordées d’oliveraies !

Milles sentiers. Avec leurs mulets

de cabas accablés

vont journaliers et muletiers

 

…..

 

Oliveraies que Dieu vous donne

les janviers

baignés d’averses

les mois d’août, riches en eau,

et les souffles printaniers

les grappes et de vos fleurs ;

que les pluies d’automne donnent

vos olives violettes.

Oliveraies, par cent chemins

Tes olives s’en iront

portées vers cent moulins.

Voilà qu’elles donneront

dans les fermes du travail

aux valets et journaliers

-sous les larges chapeaux

les bons visages sombres !

Oliveraie, travailleurs de l’olivier, 

forêt et race

champ et place

des fidèles du terroir,

à la charrue et au moulin

de ceux qui montrent le poing 

au destin,

les paysans à l’âme simple,

les bandits au grand cœur,

les seigneurs,

dévots et contrebandiers !...

Villes et hameaux 

sur les rives des fleuves

dans les plis de la sierra !

Que dieu descende dans les foyers

et les âmes des hommes de cette  terre

où à l’oliveraie,  l’oliveraie succède !

 

Antonio Machado : Champs de Castille.

 

Oliviers de Fez 1986 © Jean-Pierre Bénisti

Oliviers de Fez 1986 © Jean-Pierre Bénisti

Paisaje.

 

 

El campo

de olivos

se abre y se cierra

como un albanico ;

Sobre el olivar

hay en cielo hundido

y una lluvia oscura

de luceros frios.

Tiembla junco y penumbra

a la orilla del rio.

Se riza el aire gris.

Los olivos, 

estan cargados 

de gritos

Una bandada

de pajaros cautivos,

que mueven sus larguisimas

colas en lo sombrio.

 

 

 

Paysage

 

La campagne 

d’oliviers

s’ouvre et se ferme

comme un éventail.

Sur l’olivette,

un ciel écroulé 

et une plaie obscure

d’étoiles froides.

Au bord de la rivière

tremblent joues et pénombres.

L’air gris se froisse.

Les oliviers

sont lourds

de cris.

 

Une troupe d’oiseaux captifs,

qui remuent leurs très longues 

queues dans l’obscurité.

 

Federico Garcia Lorca : Poèmes du Cante Jondo.  (Poéma del Cante Jondo)Traduction André Belamich. Éditions 

Gallimard.

 

 

                                                          *

 

 

L’olivier est la verdeur

Du travail et de la force.

 

Federico Garcia Lorca : Chansons orientales in Livre de Poèmes. Traduction André Belamich. Éditions 

Gallimard.

 

 

                                                          *

 

Le poète est un arbre

aux fruits de tristesse

aux feuillages flétris

à pleurer ce qu’il aime.

 

 

Federico Garcia Lorca :Poésies détachées . Traduction André Belamich. Éditions 

Gallimard.

 

 

 

 

 

Paysage de Castille. Dessin de Louis Bénisti 1935

Paysage de Castille. Dessin de Louis Bénisti 1935

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 08:27

 

 

Entre le rameau et la feuille 

la sève s'écoule 

   dans les interstices 

             du printemps 

feuilles rouillées et repues de soleil 

feuilles déchiquetées par le sort 

automne silencieux 

   dans la brume des saisons 

Bruissement de vent impatient 

   caressant les cimes 

              comme les cheveux d'une femme 

Chuchotement amoureux 

   de l'oiseau 

              qui se pose 

                     sur la branche 

                     alourdie des mousses d'amour 

Caresses du promeneur 

   sur l'écorce éclatée 

              de cœurs gravés 

par le couple heureux 

              d'insolence 

Tronc majestueux 

   dessinant sur le ciel 

              un vol de moineaux 

                      procession du désordre 

Racines du silence 

   pieuvre terrestre 

              palpant de ses radicelles 

                      le pouls de la terre. 

Entre le rameau et la feuille 

   l'humain 

               bourgeonne 

                      et 

                      contemple la vie. 

  

  

  

Abdelhamid Laghouati  Bacchanales  Revue de la Maison de la poésie Rhône-Alpes n°29

 

 

Tipasa Septembre 1969   © Jean-Pierre Bénisti

Tipasa Septembre 1969 © Jean-Pierre Bénisti

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23 avril 2020 4 23 /04 /avril /2020 08:19

Europe

 

Arbre mutilé, maintenant sois libre

 

Ils avaient empoigné des branches

Pour les cingler et les briser ensemble

Par le calcul et la rigueur de leurs plaies ;

 

Ils les maintenaient en branle éperdu,

Ils les tourmentaient de durs élans captifs

Ils se disputaient tes fruits et tes feuilles

Et jusqu’à tes nids

 

Ils ont fait de toi pendant vingt saisons

Un arbre d’hiver et quel hiver !

Le sol est jonché de tes frondaisons

Ton écorce perd en lumières blêmes

Poisseuses partout de la même sêve.

 

Mais maintenant, veuille revivre et libre !

Mais maintenant, oh ! veuille te garder !

Ton faîte est brisé, mais le tronc est fort,

Mais l’espoir est fort, mais la terre est riche ;

Et vois tes bourreaux, leur œuvre n’a pu

Que précipiter leur décrépitude

 

Arbre, écartelé par leurs convoitises,

Tes bras déchirés, tes bras ennemis,

Fais-les, se nouer, se croiser, s’étreindre

Se quitter, se tordre et se prendre encore

De telle façon que tu ne sois plus

Un déploiement de forces divergentes,

Mais un seul destin, un amour, un arbre ;

 

 

Charles Vildrac. Chant du désespéré (1914-1920)

 

 

 

Rome Mars 2003 © Jean-Pierre Bénisti

Rome Mars 2003 © Jean-Pierre Bénisti

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22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 13:35

L’arbre volant

 

 

Que les bois aient des arbres,   

Quoi de plus naturel ? 

Que les arbres aient des feuilles, 

Quoi de plus évident ? 

Mais que les feuilles aient des ailes, 

Voilà qui, pour le moins, est surprenant. 

Volez, volez, beaux arbres verts. 

Le ciel vous est ouvert. 

Mais prenez garde à l’automne, fatale 

Saison, quand vos milliers et milliers 

D’ailes  redevenues feuilles, tomberont.  

  

  

  

Edmond Jabès

Petites poésies pour jours de pluie et de soleil

Gallimard, 1991 

Bandol (Avril 2018) © Jean-Pierre Bénisti)

Bandol (Avril 2018) © Jean-Pierre Bénisti)

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22 avril 2020 3 22 /04 /avril /2020 13:05

 Vivre  comme un arbre, seul et libre,

Vivre en frères comme  les arbres d'une forêt

Ce rêve est le notre

                        *

Mes yeux ne se lassent pas de voir les arbres

Les arbres si plein d'espoirs, les arbres si verts

                          *

L'arbre et l'homme sont mêlés l'un à l'autre.

 

 

 

Nazim Hikmet : Ce pays est le notre.

 

 

 

 

 

 

Delphes (Septembre 1978 ) © Jean-Pierre Bénisti

Delphes (Septembre 1978 ) © Jean-Pierre Bénisti

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