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5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 11:28

Porteront rameaux ceux dont l'endurance sait user la nuit noueuse qui précède et suit l'éclair. Leur parole reçoit existence du fruit intermittent qui la propage en se dilacérant. Ils sont les fils incestueux de l'entaille et du signe, qui élevèrent aux margelles le cercle en fleurs de la jarre du ralliement. La rage des vents les maintient encore dévêtus. Contre eux vole un duvet de nuit noire. 

René Char : Le nu perdu . Gallimard.1991

 

 

Lied du Figuier (Poème de René Char)

René Char : Retour Amont. Gallimard, 1966

Aurès , Avril 1966, Photo JPB

Aurès , Avril 1966, Photo JPB

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5 avril 2020 7 05 /04 /avril /2020 11:21

Destination : Arbre

 

 

Parcourir l'Arbre

Se lier aux jardins

Se mêler aux forêts

Plonger au fond des terres

Pour renaître de l'argile

 

 

Peu à peu

S'affranchir des sols et des racines

Gravir lentement le fût

Envahir la charpente

Se greffer aux branchages

 

 

Puis      dans un éclat de feuilles

Embrasser l'espace

Résister aux orages

Déchiffrer les soleils

Affronter jour et nuit

 

 

Evoquer ensuite

Au cœur d'une métropole

Un arbre      un seul

Enclos dans l'asphalte

Eloigné des jardins

Orphelin des forêts

 

 

Un arbre

Au tronc rêche

Aux branches taries

Aux feuilles longuement éteintes

 

 

S'unir à cette soif

Rejoindre cette retraite

Écouter ces appels

 

 

Sentir sous l'écorce

Captives mais invincibles

La montée des sèves

La pression des bourgeons

Semblables aux rêves tenaces

Qui fortifient vos vies

 

 

Cheminer d'arbre en arbre

Explorant l'éphémère

Aller d'arbre en arbre

Dépistant la durée.

 

 

 

 

Andrée Chedid

Poèmes pour un texte

Flammarion, 1991

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Amphion (Haute Savoie) Août 1988 Photo JPB

Amphion (Haute Savoie) Août 1988 Photo JPB

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 14:46

 

Auprès de mon arbre

 

 

J'ai plaqué mon chêne comme un saligaud
Mon copain le chêne, mon alter ego
On était du même bois, un peu rustique, un peu brut
Dont on fait n'importe quoi sauf naturellement les flûtes
J'ai maintenant des frênes, des arbres de Judée
Tous de bonne graine, de haute futaie
Mais toi, tu manques à l'appel, ma vieille branche de campagne
Mon seul arbre de Noël, mon mât de cocagne

 

Auprès de mon arbre je vivais heureux
J'aurais jamais dû m'éloigner de mon arbre
Auprès de mon arbre je vivais heureux
J'aurais jamais dû le quitter des yeux

 

(...)

 

Georges Brassens

Algerie  (Photo P.-A. Emery)

Algerie (Photo P.-A. Emery)

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4 avril 2020 6 04 /04 /avril /2020 14:38

L’arbre

 

Tout seul,
Que le berce l’été, que l’agite l’hiver,
Que son tronc soit givré ou son branchage vert,
Toujours, au long des jours de tendresse ou de haine,
Il impose sa vie énorme et souveraine
Aux plaines.

Il voit les mêmes champs depuis cent et cent ans
Et les mêmes labours et les mêmes semailles ;
Les yeux aujourd’hui morts, les yeux
Des aïeules et des aïeux
Ont regardé, maille après maille,
Se nouer son écorce et ses rudes rameaux.
Il présidait tranquille et fort à leurs travaux ;
Son pied velu leur ménageait un lit de mousse ;
Il abritait leur sieste à l’heure de midi
Et son ombre fut douce
A ceux de leurs enfants qui s’aimèrent jadis.

Dès le matin, dans les villages,
D’après qu’il chante ou pleure, on augure du temps ;
Il est dans le secret des violents nuages
Et du soleil qui boude aux horizons latents ;
Il est tout le passé debout sur les champs tristes,
Mais quels que soient les souvenirs
Qui, dans son bois, persistent,
Dès que janvier vient de finir
Et que la sève, en son vieux tronc, s’épanche,
Avec tous ses bourgeons, avec toutes ses branches,
– Lèvres folles et bras tordus –
Il jette un cri immensément tendu
Vers l’avenir.

Alors, avec des rais de pluie et de lumière,
Il frôle les bourgeons de ses feuilles premières,
Il contracte ses nœuds, il lisse ses rameaux ;
Il assaille le ciel, d’un front toujours plus haut ;
Il projette si loin ses poreuses racines
Qu’il épuise la mare et les terres voisines
Et que parfois il s’arrête, comme étonné
De son travail muet, profond et acharné.

Mais pour s’épanouir et régner dans sa force,
Ô les luttes qu’il lui fallut subir, l’hiver !
Glaives du vent à travers son écorce.
Cris d’ouragan, rages de l’air,
Givres pareils à quelque âpre limaille,
Toute la haine et toute la bataille,
Et les grêles de l’Est et les neiges du Nord,
Et le gel morne et blanc dont la dent mord,
jusqu’à l’aubier, l’ample écheveau des fibres,
Tout lui fut mal qui tord, douleur qui vibre,
Sans que jamais pourtant
Un seul instant
Se ralentît son énergie
A fermement vouloir que sa vie élargie
Fût plus belle, à chaque printemps.

En octobre, quand l’or triomphe en son feuillage,
Mes pas larges encore, quoique lourds et lassés,
Souvent ont dirigé leur long pèlerinage
Vers cet arbre d’automne et de vent traversé.
Comme un géant brasier de feuilles et de flammes,
Il se dressait, superbement, sous le ciel bleu,
Il semblait habité par un million d’âmes
Qui doucement chantaient en son branchage creux.
J’allais vers lui les yeux emplis par la lumière,
Je le touchais, avec mes doigts, avec mes mains,
Je le sentais bouger jusqu’au fond de la terre
D’après un mouvement énorme et surhumain ;
Et J’appuyais sur lui ma poitrine brutale,
Avec un tel amour, une telle ferveur,
Que son rythme profond et sa force totale
Passaient en moi et pénétraient jusqu’à mon cœur.

Alors, j’étais mêlé à sa belle vie ample ;
Je me sentais puissant comme un de ses rameaux ;
Il se plantait, dans la splendeur, comme un exemple ;
J’aimais plus ardemment le sol, les bois, les eaux,
La plaine immense et nue où les nuages passent ;
J’étais armé de fermeté contre le sort,
Mes bras auraient voulu tenir en eux l’espace ;

Mes muscles et mes nerfs rendaient léger mon corps
Et je criais : « La force est sainte.
Il faut que l’homme imprime son empreinte
Tranquillement, sur ses desseins hardis :
Elle est celle qui tient les clefs des paradis
Et dont le large poing en fait tourner les portes » .
Et je baisais le tronc noueux, éperdument,
Et quand le soir se détachait du firmament,
je me perdais, dans la campagne morte,
Marchant droit devant moi, vers n’importe où,
Avec des cris jaillis du fond de mon cœur fou.

Emile Verhaeren

Cagnes Les Colettes 1966 Photo JPB

Cagnes Les Colettes 1966 Photo JPB

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 14:59

Balancement de l’homme, entre toutes choses égales –incréées et créées. L’arbre illustre sa feuille dans la clarté du soir : le grand Arbre Sauveur qui berce encore notre enfance, ou cet arbre en forêt qui s’ouvrit à la nuit, élevant à son dieu la charge outragée de ses roses géantes.

Ah ! Qu’une élite aussi se lève de très grands arbres sur la terre, comme tribu de grandes âmes, qui nous tiennent en leurs conseils…Et la sérénité du soir descends avec l’aveu de sa douceur, sur les chemins de pierre brulante éclairés  de lavande.

 

Saint –John-Perse : Amers.

 

Quand la violence eût renouvelé le lot des hommes sur la terre

Un très vieil arbre avide de ses feuilles reprit le fil de ses maximes….

Et un autre arbre de haut rang montrant déjà des  grandes Indes souterraines

Avec sa feuille magnétique et changement de fruits nouveaux.

 

Saint –John-Perse : Vents.

 

Arbre (Chambon sur Lignon 1962) Photo JPB

Arbre (Chambon sur Lignon 1962) Photo JPB

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3 avril 2020 5 03 /04 /avril /2020 14:53

Arboles

¡Árboles!
¿Habéis sido flechas
caídas del azul?
¿Qué terribles guerreros os lanzaron?
¿Han sido las estrellas?

Vuestras músicas vienen del alma de los pájaros,
de los ojos de Dios,
de la pasión perfecta.
¡Arboles!
¿Conocerán vuestras raíces toscas
mi corazón en tierra?

Federico Garcia Lorca : Libro de poémas, 1921

 

Arbres

O Arbres,

Êtes-Vous des flèches

Tombées de l’azur ?

Quels terribles guerriers vous lancèrent ?

Seraient-ce les étoiles ?

Votre musique sourit de l’âme des oiseaux

De la vision de Dieu,

De la passion parfaites

O arbres, 

Plongerez-vous vos racines grossières

Un jour jusqu’à mon cœur, sous terre.

 

Federico Garcia Lorca : Livre de poèmes. Traduction André Belamich. In Poésies. Gallimard 

 

 

Lourmarin 1961 Photo JPB

Lourmarin 1961 Photo JPB

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 16:03

 

Tant de forêts arrachées à la terre

Et massacrées

Achevées

Rotativées

 

Tant de forêts sacrifiées pour la pâte à papier

Des milliards de journaux attirant annuellement l’attention des lecteurs sur le danger du déboisement des bois et des forêts

 

Jacques Prévert

La pluie et le beau temps

Éditions Gallimard

Chambon sur Lignon Août 1962 Photo JPB

Chambon sur Lignon Août 1962 Photo JPB

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 15:41
Retrouverons-nous sur l'arbre, (Poème de Max-Pol Fouchet)

Max-Pol Fouchet Demeure le secret Mercure de France; Paris, 1961

Lubéron  1967  Photo JPB

Lubéron 1967 Photo JPB

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2 avril 2020 4 02 /04 /avril /2020 13:52

Dans l’arbre privé de fruits et de feuilles

Qui déjà se lasse

 

Des rameaux jouant pour ne pas trop voir 

Un soleil couchant

 

Une pomme est restée

Au milieu des branches

 

Et rouge à crier

Crie au bord du temps

 

 

Guillevic.

 

Dans l'arbre privé de fruits et de feuilles (Poème de Guillevic)

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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 15:39

Vois, comme l’arbre semble au-dessus de nous jouir de la divine ardeur dont il m’abrite : son être en plein désir qui est certainement d’essence féminine, me demande de lui chanter son nom et de donner figure musicale à la brise qui le pénètre et le tourmente doucement.

 

                                                            *

 

Mon âme aujourd’hui se fait arbre.

 

                                                                  *

 

L’Arbre et l’Amour, tous deux, peuvent dans nos esprits se joindre à une idée. L’un et l’autre sont chose qui, d’un germe imperceptible née, grandit et se fortifie, et se déploie et se ramifie ; mais autant elle s’élève vers le ciel (ou vers le bonheur), autant doit-elle descendre dans l’obscure substance de ce que nous sommes sans le savoir.

 

 

 

Paul Valéry

Dialogue de l’arbre

In Eupalinos, l’âme et la danse, dialogue de l’arbre. Paris, Gallimard 1944

Lourmarin 1961 Photo JPB

Lourmarin 1961 Photo JPB

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