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9 novembre 2011 3 09 /11 /novembre /2011 19:49

             J’ai vu ces jours-ci Chronique d’un été, un film d’Edgar Morin et de Jean Rouch : des jeunes un peu plus âgés que je l’étais à l’époque du film,   s’expriment sur le sens de leurs vies de leurs engagements, en essayant de répondre à la question : « Êtes-vous heureux ? » pendant l'été 1960. Tous ces jeunes sont imprégnés par les ravages de la dernière guerre et d’un grand désir de révolution. La décolonisation devient un problème interne à la France, ce qui n’est pas le cas pour ceux qui vivent en Algérie. On aperçoit Régis Debray, tout jeune avant son aventure sud-américaine et Marcelline Loridan, une très belle jeune fille  qui deviendra cinéaste et qui porte  malheureusement tatoué sur son avant-bras le numéro matricule de déporté.

      Les différentes personnes qui parlent fument sans arrêt comme si la combustion des cigarettes rythmait le temps.  Et la cigarette brûle comme la vie se consume. L’acte de fumer en 1960 n’avait pas la même fonction qu’aujourd’hui où le fait de fumer devient presque honteux.

       Les conversations tournent autour des questions intéressant les jeunes de l’époque qui aboutiront à mai 68.

         Comment refuser la guerre d’Algérie et pourquoi se battre dans une guerre absurde ? C’était la veille de la publication du Manifeste des 121 appelant à la désertion.

        Les évènements sanglants secondaires à l’indépendance du Congo ex-belge freinent-ils le mouvement d’une nécessaire décolonisation ?

       Comment les étudiants et les ouvriers peuvent-ils lutter en commun pour satisfaire leurs revendications ?

         Toutes ces questions se posaient à ces jeunes, issus plutôt de la petite bourgeoisie, dont les parents étaient militants des partis de gauches ou avaient été résistants et qui étaient confrontés au combat anti-colonialiste et à la guerre d’Algérie.

          En 68, les étudiants plus jeunes que celles de la génération du film, se sont trouvés frustrés d’un combat : leurs parents étaient résistants et leurs frères ou sœurs militaient contre la guerre d’Algérie. Cette frustration a abouti à un mouvement de révolte sans idéologie première.

         Dans le film Edgar Morin et Jean Rouch, débattant après le visionnages des entretiens  remarquent que les jeunes parlent de généralités ou bien si ils parlent d’eux-mêmes, ils deviennent exhibitionnistes et cette question me renvoie à mes propres interrogations : souvent, mes parents me disaient au sujet de ma conversation : « Tu nous parles que de généralités. Parle-nous de toi  » Et, en effet, parler de généralités est une défense pour ne pas se dévoiler. Plus tard, en prenant de l’âge j’ai essayé de me libérer de mes défenses en essayant de me raconter et en utilisant le " Je".. Une amie me disait : « Toujours tu dis : Moi, je !  Quel égocentrisme ! »Je lui répondais que le fait de dire Je me permettait d’assumer mes responsabilités et que pour moi, le moi n’était pas haïssable.

 

                                                           Jean-Pierre Bénisti

 

Voir :

http://www.lemonde.fr/cinema/article/2011/10/18/chronique-d-un-ete-et-un-ete-50-la-jeunesse-des-trente-glorieuses-dans-l-objectif-de-jean-rouch-et-edgar-morin_1589783_3476.html

 

 

 

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