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19 mars 2012 1 19 /03 /mars /2012 17:17

Au moment où  le cinquantenaire des accords d’Evian fait l'objet d'une timide célébration , l’Algérie reste présente dans nos esprits. La multiplication des émissions consacrées à cette guerre en témoigne.
Benjamin Stora nous a démontré qu’il ne fallait pas confondre mémoire et histoire et que si l’histoire est une, les mémoires sont multiples et peuvent se contredire. Peut-être qu’il n’y a pas encore d’histoire de la guerre d’Algérie avec une grande Hache (1), mais l’histoire des historiens n’est pascelle vécue  par les  habitants de l’Algérie.

Un jour, un pied noir qui avait édité à compte d’auteurs son journal des dernières années de sa vie algéroise m’offrit son ouvrage et à la lecture, je remarquais que les évènements dont il faisait état ne correspondaient pas du tout à ceux que j’avais retenu. Son histoire m’était presque étrangère.

 

Des malentendus subsistent encore. Il ne faut pas oublier que l’affaire algérienne n’a pas été un drame, mais une tragédie. Dans un drame, tout le monde a tort. Dans une tragédie, tout le monde a raison. Il est courant de rejeter la responsabilité de la guerre d’Algérie a une minorité de Français d’Algérie exploiteurs et faisant « suer le burnous » Cela n’est pas exact. La plupart des Européens d’Algérie avaient des revenus inférieurs aux revenus de leurs collègues métropolitains et n’exploitaient personne. Cependant un pied-noir, même pauvre, avait toujours un plus pauvre que lui qui était musulman. D’autre part le colonialisme est un système et les pieds-noirs,  tout en n’étant pas  de ce système, se sont retrouvés responsables de ce système   par délégation et de fait, les victimes expiatoires.

 

À la lecture des témoignages sur la guerre d’Algérie apparaissent une succession de faits qui semblent  isolés les uns des autres et  qui ne peuvent se comprendre que si on en perçoit les liens.

            Des aspects des évènements survenus durant la fin de la guerre d’Algérie ne semblent pas avoir attiré l’attention des journalistes :

1° S’il existait une guerre franco-algérienne ou plutôt une guerre entre l’armée française et le FLN, il existait de part et d’autre deux autres conflits ; un conflit franco-français entre les français favorables à l’OAS et tous les autres qui étaient légalistes et un conflit interne à l’intérieur du FLN, qui a éclaté peu de temps après les premiers entretiens d’Évian. Jean-Jacques Servan Schreiber disait dans l’Express :"Nous devons choisir entre le FLN à Alger ou l’OAS à Paris. "Le choix était clair. Cela explique certaines positions extrêmes comme celle de Sartre qui dans sa préface aux Damnés de la terre de Frantz Fanon lançait un véritable appel au meurtre. (2). La guerre d’Algérie devenait un problème politique intérieur à la France.

2° L’action de l’OAS en Algérie après l’échec du pronunciamento d’avril 1961 a entraîné un pourrissement de la situation, exigeant de la part des autorités françaises une solution de type chirurgical entraînant naturellement des victimes collatérales. Les pieds-noirs et les harkis en ont fait les frais.

3° Un livre récent sur les pieds-noirs restés en Algérie (3) laisse supposer que l’OAS est seule responsable du départ massif de la majorité des pieds-noirs et que leur maintien dans l’Algérie indépendante demeurait possible.

Cela n’est pas tout à fait exact. Tous les pieds-noirs ont dû quitter leur maison durant les années 1961 et 1962. Tout d’abord les pieds-noirs libéraux, menacés par l’OAS ont  quitté  le pays pour des raisons évidentes. Après le terrorisme exercé par l’OAS sur la population musulmane, les pieds-noirs se sont dit que lorsque l’Algérie sera indépendante,, les Algériens seront prêts à les étriper. Saisis par la peur, ils se sont précipités sur les bateaux et les avions.

Beaucoup de pieds-noirs songeant à rentrer en Algérie après leurs départ précipité y ont renoncé du fait de l’insécurité régnant en Algérie pendant l’été 62 et de la guerre entre willayas. Un certain nombre de pieds-noirs décidèrent cependant de rentrer

Il y avait effectivement au moment de  la rentrée scolaire de 1962-63 environ deux cent mille pieds-noirs, quelques années après ils devaient peut-être en rester dix mille et les Algériens n’ont pas réussi à les maintenir.

 

                                                                                  Jean-Pierre Bénisti

 

 

  1.   Selon Georges Pérec
  2. « Car, en premier temps de révolte, il faut tuer. Abattre un Européen c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé. Restent un homme mort et un homme libre ; le survivant, pour la première fois, sent un sol national sous la plante des pieds. ») Vu la situation présente en Algérie, nous ne saurons considérer cette pensée comme une formule de rhétorique, et c’était un véritable appel au meurtre. Le livre de Fanon était cependant intéressant, notamment sur l’influence du conflit algérien, sur la pathologie mentale.
  3. Pierre DAUM : Ni valise, ni cercueil. Actes-Sud. Paris 2012.

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