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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 12:07

 

 

Dans ce Paris de la fin des années 50, les bordels avaient déjà disparu.  Mais il y avait des pissotières toutes circulaires qui étaient aussi fréquentes que les colonnes Morris. Il y eut des municipalités qui cédèrent aux pressions des syndicats des cafetiers désirantt supprimer ces engins pour récupérer la clientèle des pisseurs obligés de consommer après avoir fait usage des toilettes. Pour calmer ma colère d’avoir vu disparaître les pissotières, je n’hésite pas à user des toilettes des bistrots sans pour autant prendre une consommation.

Je me souviens, comme dirait Georges Perec des autobus à plateforme. C’était très agréable de faire une balade dans Paris à l’air libre lorsqu’il ne faisait pas trop froid et ces autobus étaient parfaitement bien dessinés. On peut les revoir dans ce beau petit film de Lamorisse : le Ballon rouge. Lorsque l’on prenait le bus, on payait en fonction de la longueur de son trajet par l’entremise des sections, et le receveur venait lui-même vendre les billets sans que nous ayons besoin de nous déplacer. Il annonçait les arrêts : Voici Denfert et son lion et voici Duvernet et son mouton. Palais-royal, fin de section ! Dans le métro, des poinçonneurs et des poinçonneuses essayaient de fabriquer des confettis en faisant des trous, des petits trous, toujours des petits trous, comme le chantait Gainsbourg. Ce qui était moins agréable, c’était les portillons automatiques qui empêchaient les voyageurs de courir après les trains arrivant sur les quais. Il y avait aussi une ligne de métro curieuse par ses décorations différentes des autres lignes, c’était l’ancien Nord-Sud, qui était jusqu’en 1930, concurrent du métro, il allait de Montmartre à Montparnasse ou plus précisément de la porte de la Chapelle à la porte de Versailles. Il fallait éviter de prendre une correspondance à Marcadet-Poissonnier, car le couloir était fort long. Les noms des stations étaient tout un programme : Chemin vert,    Filles du calvaire, Bonne Nouvelle, Jasmin etc. Les stations étaient toutes tapissées de carreaux de faïence blanche comme dans cet immeuble de la rue Vavin immortalisé dans le dernier tango à Paris.Dans les tunnels noirs entre les stations, on ne pouvait que voir des affiches publicitaires avec DUBO, DUBON, DUBONNET. La fréquence de ces affiches nous agaçait et était probablement contre-productive car je n’ai jamais bu de cet apéritif.  Les stations de métro au style art déco de Guimard étaient nombreuses. Il en reste très peu aujourd’hui.

         Les flics avaient un képi et une pèlerine en hiver. Actuellement ils sont en tenue de combat ou déguisé en loubard.

  Des encarts publicitaires paraissant dans les revues médicales qui traînaient chez moi  avaient pris pour thème Paris méconnu. Il y avait dans chaque revue deux hors-texte avec une photographie et un commentaire... puis lune publicité pour un médicament. C’est ainsi que je sus qu’au métro Bastille, on pouvait observer un vestige de l’ancienne Bastille : deux pierres  qui ont résisté à la destruction de la forteresse. Je sus aussi que place Furstemberg il y a  l’atelier de Delacroix, qu’au théâtre Sarah Bernard le trou du souffleur correspond au lieu où Gérard de Nerval s’est pendu, qu’au métro aérien Jaurès  et au parc Monceau il y a des rotondes   construites par l’architecte Ledoux, ce célèbre architecte du XVIII ème siècle qui bâtit les Salines d’Arc et Senans et  la prison d’Aix-en-Provence. Ces rotondes sont les vestiges des anciennes fortifications. Il n’y a plus de fortifications chantait Fréhel  sur l’électrophone de Jean-Pierre Léaud dans la Maman et la Putain, Je sus aussi que  rue Visconti, cette rue du quartier Saint Germain des près entre la rue de Seine et la rue Bonaparte  vécut Jean Racine.

  Il y avait toujours les Halles avec ses odeurs particulières aujourd’hui disparues. On dit que lorsque les Halles déménagèrent pour Rungis, les rats des Halles suivirent les camions à Rungis et à Rungis, il y a autant de rats qu’il y en avait  rue Saint-Denis.

Un autre lieu peu connu était l’île aux cygnes avec la statue de la Liberté, maquette de celle de New York, tout près de ce Pont Mirabeau, célébré par Apollinaire.

L’une des choses que je regrette le plus c’est les numéros de téléphone MON 06 92 BAB 0514, TAITbout1012. On pouvait au moins retenir les numéros de téléphone qui évoquaient les lieux où habitaient nos correspondants

 

Jean-Pierre Bénisti

 

Pissotiere921.jpg

 

Photo JPB

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commentaires

Bernard MAHASELA 09/03/2011 18:43


Merci pour ce moment de nostalgie parisienne... Cela m'a rappelé un petit discours que j'avais rédigé pour mon anniversaire, ce jour fatidique où j'ai dépassé le demi-siècle... Il commençait ainsi
:

"En ce temps-là, les berges de la Seine n’étaient pas encore des voies rapides ou des plages éphémères. Les pavés portaient toujours les marques des roues des fiacres auxquelles s’étaient
superposées les empreintes des chars Shermann de la Libération, onze étés plus tôt. Sur le zinc des cafés, on buvait de la limonade, ou du blanc cassis. Le soir, dans les caves enfumées de Saint
Germain des prés, on dansait frénétiquement en acclamant Boris Vian chantant « Le déserteur » avant son départ en tournée. La France paraissait insouciante et heureuse, très éloignée de ces
évènements qui endeuillaient l’Algérie depuis moins d’un an.
Le dimanche, à Orly, les « SuperConstellation » d’Air France s’envolaient majestueusement vers l’Amérique, mais n’en avaient pas encore ramené dans leurs soutes le Rock'n Roll ! Henri
Cartier-Bresson usait lui aussi le pavé de Paris pour saisir les derniers instants d’une époque.
Or, sans que les passants s’en rendent compte, ce monde était en train de tourner les pages de son histoire. Deux ans après la disparition du « Petit père des peuples », l’URSS s’engageait sur la
voie de la déstalinisation, sans savoir que le compte à rebours de sa disparition était déjà déclenché. À l’ouest, les européens se découvraient peu à peu capable d’oublier les déchirements du
passé en s’adonnant avec optimisme aux plaisirs de la croissance, sous la férule colorée et tentante de l’Oncle Sam. Les peuples colonisés prenaient aussi eux aussi conscience de leur capacité à
être libre.
C’était il y a seulement 50 ans. J’ai parfois un moment de vertige en pensant que notre planète a plus changé durant ces 50 dernières années, que durant les 500 précédentes..."

C'était en 1955. Nostalgie, nostalgie, quand tu nous tiens...