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16 décembre 2011 5 16 /12 /décembre /2011 16:18

 

              C’était à Grenoble, à la veille de Mai 68. Cette ville refusait l’apathie de la plupart des villes de provinces françaises, qui se complaisent à laisser à Paris, le monopole de toute création artistique. Lors des élections législatives de 1967, les grenoblois s’étaient honorés en élisant comme député Pierre Mendès-France et Grenoble avait accueilli en février 1968 les Jeux Olympiques d’hiver.

À cette occasion, il y avait eu de grands projets urbanistiques comme la construction de la Maison de la Culture. L’architecte choisi était André Vogenski, un élève de Le Corbusier dont Louis Miquel m’avait souvent parlé. C’était un bâtiment en forme de bateau qui prit d’ailleurs le nom de Cargo. Vogenski avait demandé à sa femme Marta Pan, sculptrice reconnue, de faire une sculpture monumentale constituée de deux pierres s’emboîtant.

            J’avais déjà vu des œuvres de cet artiste notamment en 1957, quand je vis les Ballets de l’étoile, dirigé par Maurice Béjart, encore inconnu. Béjart avait conçu un ballet autour d’une sculpture de Marta Pan (1). Il posait la question de la relation entre la danse et la sculpture. J’avais d’ailleurs discuté de ce ballet avec Béjart lorsque j’assistais à une de ses conférences au cours du festival d’Avignon de 1967. À ma grande surprise, Marta Pan était dans la salle et participa au débat.

         Par la suite, je vis au cours d’un voyage en Hollande, une sculpture animée et flottante au milieu d’un bassin de Marta Pan, dans les Jardins du Musée Kroller-Muller à Otterlo.

            Fin mars 1968, je devais aller la Maison de la culture voir le merveilleux Arlechino servitore di due padroni (Arlequin valet de deux maîtres) joué par la troupe du Piccolo Theatro de Milan dirigé par Giorgio Strehler. Je rencontrais  à ce spectacle Paule et Jean-Pierre Pagliano, qui voyant mon appareil photo m’invitèrent à venir avec eux rencontrer le cinéaste Georges Franju dans le but de faire quelques photos.

            Je ne connaissais pas très bien ce cinéaste. J’avais vu cependant le Sang des bêtes,documentaire sur les abattoirs et la Tête contre les murs, film adapté d’un roman d’Hervé Bazin, qui pose déjà en 1960 le problème de la psychiatrie asilaire.

            Au cours de notre entretien, Franju racontait beaucoup d’histoires et se mit à commenter la sculpture de Marta Pan, nous dit : « C’est l’art de faire d’une pierre deux couilles. »

            Cette phrase ne devait pas tomber dans des oreilles de sourds.

            Jean-Pierre Pagliano vient de publier un article relatant ses entretiens avec Franju dans un ouvrage collectif consacré à Franju : Le mystère Franju (2) Il raconta cette épisode.

 

                                                                        Jean-Pierre Bénisti

 

1.« C'est la découverte de la sculpture de Marta Pan "Le Teck" qui inspira ce pas de deux crée par Michèle Seigneuret et moi-même en 1956 au Festival d'Avant-garde à Marseille, sur le toit de l'immeuble de Le Corbusier. » Maurice Béjart  http://www.citypercussion.com/textes/teck/teck.htm

 

2. Voir : Jean-Pierre Pagliano : Entretiens avec Georges Franju. In Le Mystère Franju, ouvrage dirigé par Franck Lafond. Collection Cinémaction. Editions Charles Corlet, 14110 Condé-sur-Noireau, 2011

 

 

 

 

  1. .Grenoble-Franju023.jpg

 

Correction-Marta-Pan90635.jpg

 

Grenoble-Franju015.jpg

 

Photographies (Photos JPB)

  1. Grenoble  Sculpture de Marta Pan
  2. Otterlo, Sculpture de Marta Pan
  3. Georges Franju s’entretient avec Paule et Jean-Pierre Pagliano

 

 

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