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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 18:30

L’effroyable tragédie de Toulouse et le cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie nous amène à nous interroger sur le terrorisme. J’ai relaté à ce sujet la discussion que j’avais eu avec ma famille à propos de l’affaire Djamila Boupacha.

Du temps de la guerre d’Algérie, le débat sur ce sujet était très vif. Camus avait lancé son appel pour une trêve civile le 22 janvier 1956 demandant que les attentats s’arrêtent en même temps que la répression aveugle qui en découlait. Il a aussi exprimé son refus du terrorisme aveugle lors de son séjour à Stockholm et dans son livre Actuelles III (1): « …ceux qui ne connaissent pas la situation peuvent difficilement en juger, mais ceux qui la connaissant, continuent de penser héroïquement que le frère doit périr plutôt que les principes, je me bornerai à les admirer de loin, ils ne sont pas de ma race. » Cette phrase avait été citée par Jules Roy dans son livre la Guerre d’Algérie (2). Camus s’était déjà exprimé sur le sujet dans sa pièce les Justes, pièce écrite bien avant le début de la guerre d’Algérie.

Ce cinquantenaire de la fin des hostilités nous permet de nous remémorer les évènements douloureux que beaucoup d’entre nous ont vécu  et que d’autres plus jeunes en ont eu des échos par leurs parents. Les historiens travaillent et les témoins écrivent.

            Dans le Monde du 7 février 2012 (3) Delphine Renard, la petite fille blessée par une bombe qui visait André Malraux, en février 62, s’indignait sur les hommages rendus à ceux qui avaient soutenus l’action de l’attentat dont elle avait été victime.

            Dans une lettre ouverte à l’auteur de l’attentat contre le Milk-bar à Alger, Danielle Michel-Chich (4) raconte sa vie reconstruite après qu’elle ait été victime de l’attentat du 30 septembre 1956 où alors qu’elle avait cinq ans, elle perdit sa grand-mère et sa jambe. Il ne s’agissait pas pour Danielle Michel-Chich d’ouvrir un nouveau procès à Zohra Drif, la militante qui a posé la bombe et qui est devenue après l’Indépendance une femme politique reconnue. L’amnistie n’est pas l’amnésie et si au cours du colloque de Marseille, il y eut une rencontre entre Danielle M-C et Zohra D et cela est heureux, je suis déçu de la réponse de Zohra D qui eut une réaction défensive en déplaçant le débat sur un plan  général de l’histoire du colonialisme et de ses méfaits. Ce n’est pas la réponse que j’attendais et j’aurais préféré que Zohra D laisse le cadre général de l’histoire et qu’elle  éleve le débat à une échelle tout simplement humaine. Nous savons bien que l’attentat du Milk-Bar faisait suite à un autre horrible attentat rue de Thèbes dans la Casbah mais dans l’horreur les victimes des uns ne retranchent pas celles des autres, elles s’additionnent.

            L’attentat a transformé les vies de Zohra D et de Danielle M-C : pour Zohra, il s’agit d’un acte fondateur, car à partir de cette acte, elle est devenue une héroïne de la révolution puis une femme politique.. Pour Danielle, sa blessure a été pour elle une seconde naissance et sa nouvelle vie a été structurée sur ce traumatisme.

            La rencontre de ces deux dames n’a donc pas été au niveau de celle de la grande duchesse et de Kaliayev  dans les Justes de Camus, ou de  celle du pape Jean-Paul II et de son agresseur, un des actes les plus importants de ce pape.

            Un enfant n’est jamais coupable des faits de leurs aînés et ne peuvent être des victimes expiatoires.

 

                                                                                  Jean-Pierre Bénisti

 

  1. Albert Camus Actuelles III, Chroniques Algériennes 1939-1958 ; Gallimard, Paris 1958
  2. Jules Roy : La Guerre d’Algérie ; Julliard Paris, 1960
  3. Delphine Renard : Guerre d’Algérie l’histoire en révision. Le Monde 7 février 2012 http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4855
  4. Danielle Michel-Chich : Lettre à Zohra D. Flammarion, Paris 2012-04-04

 

 

Voir aussi

 

1 ;Bruno Frappat  La petite Dany du Milk-Bar  La croix, 7 février , 2012

                                                                                                         

http://www.la-croix.com/Culture-Loisirs/Culture/Livres/La-petite-Dany-du-Milk-Bar-_NG_-2012-02-08-766546

 

2. Interview de Danielle Michel-Chich

http://www.dailymotion.com/video/xptcds_a-la-rencontre-de-danielle-michel-chich-auteur-de-lettre-a-zora-d_news

et articles de Lise Tiano dans le Nouvel obserateur

http://tempsreel.nouvelobs.com/les-50-ans-de-la-fin-de-la-guerre-d-algerie/20120330.OBS5126/guerre-d-algerie-je-n-ai-pas-de-colere-pas-de-ranc-ur-pas-d-envie-de-revanche.html

 

 

3. Interview de Zohra Drif

http://www.dailymotion.com/video/xptw9x_re-ponse-de-zohra-drif-a-danielle-michel-chich_news

Ghania Lassal: . Quand le départ se transforme en procès El Watan 3 avril 2012

 

 

 

 

 

PS : Dans un article de Ghania Lassal dans El Watan du 3 avril 2012 :sur le  Colloque Marianne-El Khabar (Acte II en 2013) Benjamin Stora prétend que l’appel de Camus pour une trêve civile a été ignoré.. Cet appel n’a pas du tout été ignoré. Les parties concernées (Gouvernement de Guy Mollet et FLN) ne l’ont pas accepté. Des membres du FLN comme Amar Ouzegane, Mohamed Lebjaoui et probablement Ferhat Abbas l’ont approuvé à titre individuel. Quant à Abane Ramdane, je ne sais pas où Benjamin Stora a trouvé des traces des relations de celui-ci avec Camus. J’attends qu’il cite ses sources.

                                                                                                          JPB

 

 

Voir  à ce sujet :

 

Amar OUZEGANE :Le meilleur combat. Editions du Seuil. 1962. réédition ANEP, 2006)

Mohamed LEBJAOUI : Vérités sur la révolution algérienne, Gallimard, 1970, réédition, ANEP, Alger 2005

Ferhat ABBAS : Autopsie d’une guerre Paris 1980

 

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