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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 07:41

 

Le Muguet

 

Un bouquet de muguet,

Deux bouquets de muguet,

Au guet !Au guet !

Mes amis, il s'en souviendrait,

Chaque printemps au premier Mai.

Trois bouquets de muguet,

Gai ! Gai !

Au premier Mai,

Franc bouquet de muguet.

 

Robert DESNOS

Chantefables et Chantefleurs

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 13:42

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Expositions Louis Bénisti  à Nancy

 

 

du 10 mai au 1er juin 2012

 

 

Louis  Bénisti et son temps

La Douera

2 rue du Lion d'or 

Malzéville

Vernissage vendredi 11 mai à 18h

Conférence de Anissa Bouayed à 19h30

Queques jalons de la peinture algérienne

 

Bénisti : l'oeuvre ultime

Conseil Général de Meurthe et Moselle

Rue du Sergent Blandan

Nancy

Vernissage le mardi 15 mai à 17h30

Conférence de Jean-Pierre Bénisti à 18h30

Les peintres d'Alger de 1930 à 197O

 

Bénisti, Camus et ses amis

MJC Lillebonne

14 rue du Cheval Blanc 

Nancy

Conférence Mardi 29 mai à 20h30 de Zakia Abdelkrim

Camus et la Méditerranée

 

 

 

expositions réalisées avec le concours de l'association Diwan en Lorraine et de l'Association des Amis de Louis Bénisti

 

Voir le Site :
 http://www.louisbenisti.fr/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 avril 2012 4 26 /04 /avril /2012 11:08

Fe374.jpgNuméro spécial Féraoun 

avec des articles de Guy Basst, Jean-Pierre Bénisti, Farida Boualit, Christiane Chaulet-Achour, Abdrrahmane Djeflaoi, Guy Dugas, Nora KaisseMaïdi, Albert Memmi, Youcef Merahi, Arezki Metref et Hamid Nacer-Khoja
Voir : 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 16:29

Raymond Aubrac, Ahmed Ben Bella, deux pans entiers de notre histoire qui s’écroulent en un seul jour !

Il ne faut pas oublier que la  plus grande faute politique commise par le Gouvernement français fut le détournement de l’avion transportant Ben Bella et ses compagnons en octobre 1956. Cet acte prolongea inutilement la guerre d’Algérie et entraîna la quatrième république dans sa chute.

Lors de la première année de l’Indépendance de l’Algérie, Ben Bella avait eu l’heureuse initiative de faire la journée de l’arbre en invitant les citoyens à venir planter un arbre au lieu dit de l’Arbatache.

Jean Sénac fit un poème en l’honneur de l’Arbatache et dans son recueil Citoyens de Beauté,(1) il dut le censurer pour  que le nom du Président n'apparaisse pas après le coup d’état du 19 juin 1985. Il eut l’idée de faire un renvoi à la première revue qui avait publié ce poème.

 

Éditions de 1987 (Subervie, Rodez, 1967)

 

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Éditions de 1999 (Actes-Sud, Arles1999)

 

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12 avril 2012 4 12 /04 /avril /2012 16:17

Nous pouvons maintenant lire la plupart des articles de journaux sur Internet. Et cependant, je continue à acheter tous les jours leMonde. J’achète ce journal depuis le lycée, cela fait plus de cinquante ans et je continue à le lire, malgré la baisse de sa qualité. D’un journal exceptionnel à l’époque de Beuve-Merry, il est devenu un quotidien comme les autres, tributaire de  la publicité et de l’appétit des lecteurs pour les scoops et le sensationnel ;

      Une des raisons de ma dépendance au Monde est la lecture quotidienne des avis de décès. Les habitants des grandes villes et qui appartiennent à une famille spirituelle dispersée  n’ont pas beaucoup de relations dans la ville où ils habitent et la presse locale ne les intéresse guère, aussi ils se rabattent donc sur la presse nationale : ma famille lit le Monde. Une autre famille lit le Figaro.

      Samedi dernier, j’ai appris le décès de Monsieur Raymond Jean. Il m’arrivait souvent de rencontrer au hasard de promenade dans la vieille ville d’Aix ou à la Cité du livre.

     J’avais entendu parler de Raymond Jean lorsqu’une amie m’offrit un petit livre qu’il avait écrit sur Éluard. Éluard, ce poète dont nous connaissons tous le poème Liberté et dont le Président Pompidou cita à propos de Gabrielle Russier, alors que toute la France était émue par ce drame :

            Comprenne qui voudra ;

            Moi mon remords ce fut

            (…)

            La victime raisonnable

            À la robe déchirée

            Au regard d’enfant perdue

            Découronnée défigurée

            Celle qui ressemble aux morts

            Qui sont morts pour être aimés ;(1)

Raymond Jean  publia les lettres de son élève Gabrielle Russier. (2)

Marie Salavert, qui était bibliothécaire  et notre voisine nous avait parlé du livre qu’elle fit avec lui sur les textes de Victor Hugo sur la peine de mort.(3)
Mes parents avaient apprécié la Lectrice, ce récit qui devint un film  de Michel Deville avec Miou-miou et Maria Casarès.(4)

J’ai mieux connu Raymond Jean quand  Nicole Benkimoun, une de ses élèves qui fit une série de peintures sur les textes de Saint-John Perse incita son professeur à venir visiter en sa compagnie et avec le poète Jean-Claude Villain, l’atelier de mon père, le peintre Louis Bénisti.

Mon père, qui souffrait du mépris des aixois pour les artistes, qui n’avaient pas su reconnaître Cézanne en son temps, fut très honoré de  la visite d’un écrivain reconnu ;

Après la  mort de mon père, Raymond Jean.eut l’amabilité d’écrire un texte d’hommage pour l’exposition  des dernières peintures de Bénisti organisée par les Rencontres Méditerranéennes Albert-Camus de Lourmarin. (5)

 

 

Reconnaissance à Raymond Jean.

 

 

                                                           Jean-Pierre Bénisti ;

 

 

 

 

 

 

 

 

      1. Paul ELUARD : Au rendez-vous allemand. Éditions de Minuit, Paris 1945

 

 

2. Raymond JEAN  Pour Gabrielle, Seuil, Paris, 1971

 

 

3. Victor HUGO : Ecrits sur la peine de mort; lecture de Raymond Jean; [éd. établie par Marie Salavert. ) Actes Sud. Arles,, 1985

 

 

4.  Raymond JEAN  La lectrice. Actes-Sud, Arles, 1986

 

5.  Transparences : Catalogue de l’exposition de Louis Bénisti. Dernières peintures. 1988-1995. Foyer Rural de Lourmarin, publié ensuite dans la revue Algérie-littérature-Action n°67-68: Louis Bénisti, peintre sculpteur et écrivain. Éditions Marsa, Alger, 2003. Voir : http://www.revues-plurielles.org/_uploads/pdf/4_67_21.pdf

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Louis BÉNISTI : Femme à la tulipe Gouache 1990

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4 avril 2012 3 04 /04 /avril /2012 17:30

L’effroyable tragédie de Toulouse et le cinquantenaire de la fin de la guerre d’Algérie nous amène à nous interroger sur le terrorisme. J’ai relaté à ce sujet la discussion que j’avais eu avec ma famille à propos de l’affaire Djamila Boupacha.

Du temps de la guerre d’Algérie, le débat sur ce sujet était très vif. Camus avait lancé son appel pour une trêve civile le 22 janvier 1956 demandant que les attentats s’arrêtent en même temps que la répression aveugle qui en découlait. Il a aussi exprimé son refus du terrorisme aveugle lors de son séjour à Stockholm et dans son livre Actuelles III (1): « …ceux qui ne connaissent pas la situation peuvent difficilement en juger, mais ceux qui la connaissant, continuent de penser héroïquement que le frère doit périr plutôt que les principes, je me bornerai à les admirer de loin, ils ne sont pas de ma race. » Cette phrase avait été citée par Jules Roy dans son livre la Guerre d’Algérie (2). Camus s’était déjà exprimé sur le sujet dans sa pièce les Justes, pièce écrite bien avant le début de la guerre d’Algérie.

Ce cinquantenaire de la fin des hostilités nous permet de nous remémorer les évènements douloureux que beaucoup d’entre nous ont vécu  et que d’autres plus jeunes en ont eu des échos par leurs parents. Les historiens travaillent et les témoins écrivent.

            Dans le Monde du 7 février 2012 (3) Delphine Renard, la petite fille blessée par une bombe qui visait André Malraux, en février 62, s’indignait sur les hommages rendus à ceux qui avaient soutenus l’action de l’attentat dont elle avait été victime.

            Dans une lettre ouverte à l’auteur de l’attentat contre le Milk-bar à Alger, Danielle Michel-Chich (4) raconte sa vie reconstruite après qu’elle ait été victime de l’attentat du 30 septembre 1956 où alors qu’elle avait cinq ans, elle perdit sa grand-mère et sa jambe. Il ne s’agissait pas pour Danielle Michel-Chich d’ouvrir un nouveau procès à Zohra Drif, la militante qui a posé la bombe et qui est devenue après l’Indépendance une femme politique reconnue. L’amnistie n’est pas l’amnésie et si au cours du colloque de Marseille, il y eut une rencontre entre Danielle M-C et Zohra D et cela est heureux, je suis déçu de la réponse de Zohra D qui eut une réaction défensive en déplaçant le débat sur un plan  général de l’histoire du colonialisme et de ses méfaits. Ce n’est pas la réponse que j’attendais et j’aurais préféré que Zohra D laisse le cadre général de l’histoire et qu’elle  éleve le débat à une échelle tout simplement humaine. Nous savons bien que l’attentat du Milk-Bar faisait suite à un autre horrible attentat rue de Thèbes dans la Casbah mais dans l’horreur les victimes des uns ne retranchent pas celles des autres, elles s’additionnent.

            L’attentat a transformé les vies de Zohra D et de Danielle M-C : pour Zohra, il s’agit d’un acte fondateur, car à partir de cette acte, elle est devenue une héroïne de la révolution puis une femme politique.. Pour Danielle, sa blessure a été pour elle une seconde naissance et sa nouvelle vie a été structurée sur ce traumatisme.

            La rencontre de ces deux dames n’a donc pas été au niveau de celle de la grande duchesse et de Kaliayev  dans les Justes de Camus, ou de  celle du pape Jean-Paul II et de son agresseur, un des actes les plus importants de ce pape.

            Un enfant n’est jamais coupable des faits de leurs aînés et ne peuvent être des victimes expiatoires.

 

                                                                                  Jean-Pierre Bénisti

 

  1. Albert Camus Actuelles III, Chroniques Algériennes 1939-1958 ; Gallimard, Paris 1958
  2. Jules Roy : La Guerre d’Algérie ; Julliard Paris, 1960
  3. Delphine Renard : Guerre d’Algérie l’histoire en révision. Le Monde 7 février 2012 http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4855
  4. Danielle Michel-Chich : Lettre à Zohra D. Flammarion, Paris 2012-04-04

 

 

Voir aussi

 

1 ;Bruno Frappat  La petite Dany du Milk-Bar  La croix, 7 février , 2012

                                                                                                         

http://www.la-croix.com/Culture-Loisirs/Culture/Livres/La-petite-Dany-du-Milk-Bar-_NG_-2012-02-08-766546

 

2. Interview de Danielle Michel-Chich

http://www.dailymotion.com/video/xptcds_a-la-rencontre-de-danielle-michel-chich-auteur-de-lettre-a-zora-d_news

et articles de Lise Tiano dans le Nouvel obserateur

http://tempsreel.nouvelobs.com/les-50-ans-de-la-fin-de-la-guerre-d-algerie/20120330.OBS5126/guerre-d-algerie-je-n-ai-pas-de-colere-pas-de-ranc-ur-pas-d-envie-de-revanche.html

 

 

3. Interview de Zohra Drif

http://www.dailymotion.com/video/xptw9x_re-ponse-de-zohra-drif-a-danielle-michel-chich_news

Ghania Lassal: . Quand le départ se transforme en procès El Watan 3 avril 2012

 

 

 

 

 

PS : Dans un article de Ghania Lassal dans El Watan du 3 avril 2012 :sur le  Colloque Marianne-El Khabar (Acte II en 2013) Benjamin Stora prétend que l’appel de Camus pour une trêve civile a été ignoré.. Cet appel n’a pas du tout été ignoré. Les parties concernées (Gouvernement de Guy Mollet et FLN) ne l’ont pas accepté. Des membres du FLN comme Amar Ouzegane, Mohamed Lebjaoui et probablement Ferhat Abbas l’ont approuvé à titre individuel. Quant à Abane Ramdane, je ne sais pas où Benjamin Stora a trouvé des traces des relations de celui-ci avec Camus. J’attends qu’il cite ses sources.

                                                                                                          JPB

 

 

Voir  à ce sujet :

 

Amar OUZEGANE :Le meilleur combat. Editions du Seuil. 1962. réédition ANEP, 2006)

Mohamed LEBJAOUI : Vérités sur la révolution algérienne, Gallimard, 1970, réédition, ANEP, Alger 2005

Ferhat ABBAS : Autopsie d’une guerre Paris 1980

 

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2 avril 2012 1 02 /04 /avril /2012 18:42

 

VIII

 

 

            Chirac avait mené à bien son deuxième mandat. Il avait été élu au second tour par défaut avec un score à la soviétique et de ce fait, il devenait un président faible sans grande marge de manœuvre, laissant l’autorité au Premier ministre issu de la majorité parlementaire. Les élections présidentielles de 2002 avaient été un piège à cons, mais les cons qui avaient été pris au piège n’étaient pas ceux que l’on croyait. En dehors du Musée des arts premiers du Quai Branly, il est difficile de  voir actuellement les réalisations du Président Chirac. Il a tout de même su résister à l’Amérique et il s’opposa à cette absurde guerre d’Irak. Il avait aussi lors du premier septennat fait un excellent discours sur la responsabilité de l'Etat Français dans la déportation des juifs, il a renouvelé ce geste en allant au Chambon sur Lignon, ce village huguenot qui eut un comportement héroïque pendant la guerre et dont les électeurs favorables au Front national se comptaient sur les doigts d’une main lors des élections de 2002  Le président étant peu actif, le bouillant ministre de l’Intérieur qui’était un certain Nicolas Sarkosy pouvait s’en donner à cœur joie et préparer déjà sa candidature à la présidence. Chirac ne semblait avoir beaucoup d’affection pour ce  monsieur qui avait soutenu Balladur, mais vu l’état de son  parti, il était obligé de travailler avec lui. Le RPR , parti gaulliste et chiraquien avait fusionné avec la plus grande partie des centristes de l’UDF  Républicains indépendants d’Alain Madelin et  Démocrates sociaux de Méhaignerie et Jacques Barrot. L’UMP (Union pour une majorité présidentielle  devenue l’union pour un mouvement populaire) était née.Phillipe Séguin, un des leader important et respecté du RPR avait pris ses distances avec la politique et était devenu Président de la Cour des comptes. Juppé avait dû faire les frais des affaires anciennes de la Mairie de Paris et avait été déclaré temporairement inéligible. Cela privait Juppé de ses mandats électifs et cela privait aussi les citoyens français du talent d’un homme politique. L’indépendance du pouvoir judiciaire par rapport au pouvoir politique a ses limites. Villepin, homme compétent et cultivé,   n’était pas suffisamment rodé pour être présidentiable. Sarkozy était heureux comme un poisson dans l’eau et n’avait pas de concurrent. Il pouvait prétendre à la succession de Chirac.Chirac a tenté de modérer ses ambitions, mais n’a pas réussi avec Sarkozy,   ce que Mitterrand avait réussi avec Rocard. Sarkozy, brillant avocat savait gommer son échec en matière de politique de sécurité en faisant de grands discours sur une politique plus répressive que préventive. Il avait dû faire face à une rébellion dans les banlieues des grandes villes, mouvement de contestation très grave, qui  n’avait aucun support idéologique et qui s’est calmé de lui-même sans avoir été tout à fait éteint.

            Chirac avait essuyé un autre échec avec un non au référendum sur la Constitution européenne

           

            La gauche, vexée de ne pas avoir pu être présente aux présidentielles de 2002, souffrait de ne pas avoir un leadership, comme elle en avait à l’époque de Mitterrand. Elle s’était refaite une santé en réussissant à gagner la presque totalité des présidences de région et une grande partie des présidences des conseils généraux. Ségolène Royal avait réussi à  déboulonner le président de la région Poitou Charente qui était le Premier ministre Jean-pierre Raffarin. Elle fut surnommée la Zapatera, par analogie à Zapatero, vainqueur inattendu des élections espagnols qui avait battu le successeur de Jose Maria Aznar.  Zapatero signifie en espagnol savetier. Lorca a écrit une très belle pièce appelée Zapatera prodigiosa. Ce succès de Zapatero était dû à des déclarations trop rapides de Aznar après l’horrible attentat de la gare Atiocha de Madrid en mars 2004.

Ségolène se trouvait bien placée pour être candidate. Son compagnon d’alors François Hollande était occupé à gérer le parti socialiste et n’avait pas suffisamment de charisme. Jospin était hors-jeu et il ne restait donc que trois présidentiable au PS : Fabius, Dominique Strauss-kahn, et Ségolène. Il y eut une primaire interne au PS et Ségolène l’emporta.

 

            Les notables du PS et les spécialistes de l’économie eurent préféré DSK ou Fabius, mais la population générale était satisfaite de pouvoir avoir peut-être une présidente. Les vieux auraient rêvé d’avoir Ségolène comme fille, les enfants l’auraient eu volontiers comme maman et les hommes mûrs comme maîtresse ; Elle  correspondait donc à ce que les Français attendaient de l’image d’une présidente.

            Ségolène est une dame plaisante avec une certaine élégance, vestimentaire  acquise dans les écoles catholiques fréquentées par les jeunes-filles bourgeoises et bien élevées. Un de mes amis me dit à son propos : « Cette dame est redoutable ! Regarde-la bien ! Elle n’a pas une ride et n’a pas dû souvent sourire. » Il est vrai que les rides, comme le disait Simone Signoret, sont les cicatrices des sourires.

            Elle n’avait pas laissé de ses différents ministères, de souvenirs marquants. Elle avait à l’époque où elle était conseillère de Mitterrand écrit un livre sur les grand-mères. Les grands-parents ont vis-à-vis des petits-enfants un rôle non négligeable dans les transmissions des cultures orales et le drame des enfants dont les parents sont immigrés, c’est l’absence de grands-parents dans leur entourage immédiate.

            La gauche ne semblait pas disposée à gagner les élections présidentielles. Les responsables politiques locaux étaient heureux d’avoir les pouvoirs au niveau des régions ou des départements et laissaient volontiers le pouvoir national aux hommes politiques de droite.

            Ségolène commença sa campagne avec son équipe personnelle sans être aidée par les notables du Parti socialiste.  Elle ne s’en sortait pas si mal que ça.

            Sarkosy débuta sa campagne par un discours-programme assez intéressant où tous les électeurs pouvaient trouver leurs comptes, il essayait de synthétiser les valeurs de droite et les valeurs de gauche.Un ami italien m’envoya un courriel pour me dire qu’il s’étonnait des réticences des intellectuels français pour le cher Nicolas et  me dit qu'il avait apprécié son discours où Camus était cité.

            Sarko accordait beaucoup d’interviews. Il avait quelques intellectuels qui le soutenaient : André Glucsman ou l’avocat Arno Klarsfeld. Il accorda un entretien au philosophe Michel Onfray (1) dans lequel il disait qu’il pensait que la pédophilie avait une origine génétique. Il n’était vraiment pas compétent pour avoir une idée sur les comportements humains et semblait plus proche d’Alexis Carrel que de François Jacob ou Axel Khan, biologistes qui nous ont très bien expliqué la genèse des comportements humains.

            En dehors de ce discours programme,   il y avait des discours accéssoirs où Sarko et ses conseillers essayaient de pêcher dans les eaux troubles de l’extrême droite.Ségolène avait tendance à répondre à Sarkozy en le contredisant ou en reprenant ses idées, mais avait un programme plutôt léger. Encadrement militaire des jeunes délinquants…L’hymne de la campagne n’était pas l’Internationale ni la Marseillaise, mais Bella Ciaio, cette très belle chanson italienne  des travailleuses des rizières de Lombardie, devenues le chant des Partisans communistes italiens (Partigianni) Elle comprit qu’une élection présidentielle française ne devait pas se faire au son d’un chant italien. Aussi, il y eut dans les meetings des distributions de petits drapeaux bleus, blancs, rouges.

            Je remarquais que pour la première fois, j’irais voter pour un candidat plus jeune que moi. On me dit que ces élections étaient différentes des autres car pour la première nous aurons comme président ou une femme, ou un homme dont les parents étaient issus de l’immigration

            Entre Sarko et Ségolène, il y avait d’autres candidats : l’éternelle Arlette répétait depuis 1974 le même discours sur le même ton. En l’écoutant, j’avais l’impression de ne pas avoir vieilli. Besancenot, le petit facteur, paraissait plus convaincant qu’Arlette. Marie-Georges Buffet essayait de rassembler ses troupes en déroute Les écologistes Dominique Voynet et José Bové manquaient de souffle. Le Pen racontait aussi les mêmes histoires d’insécurité et d’immigration. Enfin, Bayrou, le centriste, avait des idées intéressantes. Il aurait été un président acceptable et sa présence au second tour aurait pu être fatal pour la droite. Mais, je n’ai jamais cru au centre dans une élection au scrutin majoritaire. Dans un tel système : ou bien le centriste choisit entre la droite ou la gauche, ou bien assis entre deux chaises, il finit par se retrouver le cul par terre.

            Au premier tour, Ségolène répara l’humiliation que nous avions subie lors du premier tour de 2002 et elle  obtint un score tout à fait honorable, mais sans réserve de voix. Il était difficile pour Bayrou qui rassemblait dans ses troupes les électeurs de droite  qui n’aimaient pas Sarko et les électeurs de gauche qui n’aimaient pas Ségo, de se désister en faveur de Ségolène.

            J’ai été au meeting de Ségolène à Lyon, entre les deux tours. Nous savions que les jeux étaient faits et nous essayons de garder le sourire. Le débat de l’entre deux tours ne fut pas très intéressant et n’apporta rien de nouveau. Au soir du second tour, nous anticipions notre déprime. C’était un dimanche très triste. À la radio Miguel Benasayag, psychanalyste argentin dit : « Borges disait que le tango était une pensée triste qui se danse. Le Sarko, c’est triste, mais ça ne se danse pas. » 

            Le second tour nous donna les résultats que l’on sait. Ségolène tout en étant pas élue, avait totalisé un nombre de voix supérieures aux autres candidats de gauche : Mitterrand ou Jospin. Sarkozy avait siphonné un certain nombre de voix lepénistes.

            Plus tard, on s’aperçut que l’énergie des deux candidats avait été provoquée par leurs ennuis familiaux : Sarko se séparait de Cécilia et Ségolène se séparait de Hollande, que l’on imaginait mal  dans la fonction de prince consort.

            Nous n’avions plus qu’à nous farcir cinq ans de Sarkozy et éviter d’attraper une sarkosite, ce syndrome dépressif qui sévissait pendant le quinquennat de Sarko Ier.

 

                                                                                    Jean-Pierre Bénisti

 

 

Notes :

1.http://www.philomag.com/article,dialogue,nicolas-sarkozy-et-michel-onfray-confidences-entre-ennemis,288.php

 

 

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1 avril 2012 7 01 /04 /avril /2012 17:34

VI

 

            Devant le désintérêt de la campagne présidentielle actiuelle, nous avons tendance à regarder dans le rétroviseur. J’avais oublié qu’en 1974, un ami profeseur n’avait pas osé donner comme sujet de dissertation philosophique : Commenter cette phrase de Jean-Paul Sartre : « Elections, pièges à cons. ». Et pourtant Sartre à l’époque était un philosophe pour classe terminale.

            J’avais aussi oublié qu’en 1981, il y eut une candidate qui avait un programme très intéressant mais qui ne pouvait gagner, faute d’une clientèle suffisante : c’était Marie-France Garraud, dont  René-Jean Clot, un ami de mes parents, peintre et écrivain, disait qu ‘elle avait le visage d’une femme  figurant sur les fresques des villas de Pompéi. J’avais aussi oublié Brice Lalonde ou Antoine Vaechter, ces écologistes qui n’arrivaient pas à la cheville de René Dumont.

           

            Fin 1994, il y avait en France une atmosphère de fin de règne. Mitterrand était sur le point de  devenir le seul président de la république à avoir accompli deux septennats complets. Une fatalité historique semblait atteindre les seconds septennats et Mitterrand avait refusé cette fatalité.

            Ce septennat avait été riche en évènements tant historiques que personnels. Rocard avait été un bon Premier ministre, mais Mitterrand s’était évertué à l’user. Edith Cresson ne faisait pas le poids par rapport à Rocard et ne put rester longtemps à son poste.Bérégovoy qui lui succéda n'arriva pas à gérer son ministère, préparer les élections législatives et répondre aux ignobles attaques des bousiers (ou  journalistes fouille-merdes). Des élections législatives  donnaient à la droite une chambre introuvable, nous entrions dans une deuxième cohabitation. Pour la gauche ce n’était pas une défaite mais une déroute et  Bérégovoy en tira tragiquement les conséquences en se suicidant un 1er mai sur les bords d’un Canal à Nevers.

            D’autres évènements mondiaux avaient eu lieu : en 1989, l’année du bicentenaire de la Révolution, il y eut une révolution à l’échelle mondiale. La Hongrie, la Pologne et la Tchécoslovaquie se lbérèrent à la fois du communisme et de l’influence soviétique et le mur de Berlin s’effondra. Il semblait que Gorbatchev avait soulevé trop tôt le couvercle d’une cocotte-minute et qu’il avait reçu la vapeur bouillante en pleine gueule.L’Union soviétique disparut et la Yougoslavie  devait sombrer dans une guerre à caractère tribal. En Afrique du Sud Mandela et De Klerk mettaient fin à l’apartheid et à Oslo, Palestiniens et Israéliens essayaient de négocier une paix. En Algérie, l’armée interrompit un processus électoral trop favorable au FIS et le pays rentrait dans ce que l’on appelle aujourd’hui la décennie noire.

Du point de vue personnel, ma maman, souffrant d’une maladie de Parkinson nous avait quitté en octobre 1990 et mon père vivait tranquillement son grand âge, malgré un cancer de la prostate et une affection rétinienne évolutive qui lui empêchait d’avoir une vision centrale. Je continuais ma vie professionnelle à Lyon. J'avais retrouvé une amie d'enfance et j'avais noué avec elle une relation qui ne devait durer que quelques années.

         Mitterrand, souffrant d’un cancer dont on ignorait qu’il évoluait depuis le début de son premier septennat, laissait les journaux révéler son passé vichyste et ses relations avec René Bousquet. Il ne donna pas d’explications suffisantes à cette période sombre de sa vie. Un autre jour, Paris-Match révéla l’existence d’une fille conçue avec une compagne illégitime et il y avait de quoi s’interroger : il est difficile pour un homme publique d’avoir une vie publique et une vie privée. Mitterrand avait une vie publique et deux vies privées.

        Les Français attendaient tous la candidature de Jacques Delors, homme de gauche apprécié par la droite et qui avait la réputation d’être un économiste compétent. Celui-ci annonça un dimanche soir dans l’émission de télévision d’Anne Sinclair, qu’il renonçait à se présenter. Ce fut une grande déception. Il est vrai que ces chances de réussir étaient dues à la désunion de la droite où se disputaient deux anciens Premiers ministres : Chirac et Balladur. Le Pen avait gardé une grande capacité de nuisance,. Le parti socialiste décida de présenter Jospin. Jospin était un homme politique sérieux, mais renvoyait  dans l’inconscient collectif des Français plus une image de fils qu’une image de père. Il est vrai que si De Gaulle renvoyait une image de père, Mitterrand n’était pas tout à fait le père ,mais l’oncle : nous étions tous ses neveux et  nous l’appelions Tonton.

       Je dois dire que si j’étais résolu à voter Jospin, j’avais plus de sympathie pour Chirac que pour Balladur. Chirac après sa longue carrière politique avait su se faire apprécier des Français. Il est vrai qu’il était comme tout homme politique très arriviste, mais il n’avait pas la  froideur de Balladur. Il est assez remarquable de voir que Chirac a façonné sa personnalité en s’opposant à Mitterrand et y étant imprégné. Il en était de même pour Mitterrand vis-à-vis de  De Gaulle. Chirac aborda dans sa campagne des projets de société qui séduisaient des sociologues de gauche comme Emmanuel Todd. Balladur en se présentant commettait une malhonnêteté intellectuelle, car il avait été nommé premier ministre pour rendre Chirac disponible. Il est vrai que Balladur était peut-être un meilleur économiste que Chirac.

 

      Je ne pus suivre cette campagne électorale. Mon père tomba malade et je passais mon temps libre auprès de lui. En avril, mon père manifesta le désir de passer quelques jours à Evian. Je l’accompagnais et au cours de son séjour, il dut se faire hospitaliser et affaibli et ne voulant absulument pas perdre son autonomie et rentrer dans une maison de vieux, il se laissa mourir.

      Pour voter au premier tour, je fis un aller-retour Evian-Aix. Le soir, je fus étonné de voir que Jospin était arrivé en tête et j’étais satisfait de l’élimination de Balladur. Quelques jours, après, mon père choisit le premier mai pour passer l’autre rive. À l’hôpital Camille Blanc d’Evian, hôpital où en 1971, j’avais été interne. Les obsèques eurent lieu à Aix quelques jours après.

      Entre les deux tours, j’avais vu le traditionnel débat entre les finalistes. Je dois dire que les candidats essayèrent de ne pas êtres agressifs et le débat était franchement  ennuyeux.

      Le jour du second tour, j’allais après avoir voté à Cassis  et dans un bistrot, on entendait un disque de circonstance :

Si j'étais Président de la République


J'écrirais mes discours en vers et en musique


Et les jours de conseil, on irait en pique-nique


On f'rait des trucs marrants

Si j'étais Président


Je recevrais la nuit le corps diplomatique


Dans une super disco à l'ambiance atomique


On se ferait la guerre à grands coups de rythmique


Rien ne serait comme avant,

Si j'étais président

Au bord des fontaines coulerait de l'orangeade


Coluche notre ministre de la rigolade

Imposeraient des manèges sur toutes les esplanades


On s'éclaterait vraiment, si j'étais président ! (1)

C’était un vaste programme.

        Le soir, je n’étais pas étonné d’apprendre l’élection de Chirac. Une page se tournait et Mitterrand après avoir quitter le pouvoir ne survit pas longtemps. Dans un film récent, Michel Bouquet incarne à merveille le président agonisant. (2)

 

 

VII

 

 

            En 2002, Chirac finissait son premier septennat. Chirac avait fait preuve de son incompétence en provoquant en 1997 des élections législatives anticipées après dissolution de l’assemblée. Les électeurs avaient renvoyé une chambre de  gauche  et nous en avions pour cinq ans de cohabitation. Chirac avait commis une grave erreur : l’arme de la dissolution ne doit pas être utilisée par le Président pour convenance personnelle. Après une telle erreur, un autre président aurait démissionné. Nous devions avoir une cohabitation de cinq ans et cette cohabitation Chirac Jospin était différente des deux cohabitations de Mitterrand qui ne duraient que le temps d’une campagne électorale.

            La longueur de la cohabitation devait conduire à une connivence entre le Président et le Premier ministre  et favorisait la montée de partis extrémistes comme le Front national.

            Jospin, qui fut un bon Premier ministre avec un bilan positif, commit de très graves erreurs : il fit un référendum pour réduire le mandat présidentiel à cinq ans. Le chiffre sept est un nombre sacré : il y a sept jours dans la semaine et il y a sept péchés capitaux et pour des raisons irrationnelles, il importait de ne pas toucher au septennat. Pour éviter la cohabitation, il faut que les législatives suivent les présidentielles et il se pourrait qu’un jour il y ait de nouveau cohabitation si les élections présidentielles n’influencent pas les législatives. De plus, les électeurs se trouvent frustrés d’une campagne électorale pour des législatives, l’assemblée se trouve par la suite réduite en chambre d’enregistrement. La deuxième erreur de Jospin fut d’inverser le calendrier des élections. Les élections législatives  devaient précéder les présidentielles. Jospin ne put donc présenter le bilan de son action de premier ministre.

 

            La France avait été secouée par les attentats du 11 septembre à New York et venait d’adopter l’Euro. Ce n’est qu’en février 2002 que les candidats se déclarèrent. Jospin ne semblait prêt à devenir président : sa campagne était sans dynamisme et se laissait aller à des lapsus ou à dire des choses à des journalistes sans se douter que les conversations étaient enregistrées et c’est ainsi qu’il parla de la sénilité de Chirac. De plus Chevènement, sortant d’un grave accident de santé, se présenta aux présidentielles et séduit  un grand nombre d’électeurs de gauche mécontents de Jospin. De plus, une autre candidate de gauche surgit : Christiane Taubira. Le PS pensa à tort qu’elle pouvait ramener à Jospin un grand nombre de voies des DOM-TOM pour le second tour.

 

            Courant avril, je finis par réunir les documents pour avoir un visa pour l’Algérie. Je partis faire un séjour de huit jours dans mon pays natal. Je n’avais pu y aller pendant la décennie noire et j’ai tenu à y retourner dès que la situation se stabilisait. J’ai été très bien reçu par mes amis, je suis retourné à Tipasa après dix-huit ans d’absence et j’ai revu la stèle (3). Les Algériens sortaient d’un long cauchemar et avaient repris leurs joies de vivre. Ce n’est plus le cas aujourd’hui où  beaucoup d’Algériens ne rêvent que de quitter leurs pays et où l’on croise de nombreux visages tristes. Je rentrais en France peu de jours avant le premier tour : Le Pen faisait des déclarations qui indiquaient qu’il comptait bien être au second tour. Après lecture des journaux, je pris cette nouvelle au sérieux, mais en réfléchissant, je me dis que si aussi bien la gauche que la droite risquaient de voir leurs voix dispersés en raison du grand nombre de candidats, Le Pen n’arriverait pas à avoir suffisament de voix pour le second tour en raison de la présence de la candidature de Mégret. La veille des élections, une amie me dit : « Crois-tu qu’il y ait danger de voir Le Pen au second tour et qu’il soit plus prudent de voter Jospin. » Je lui répondis : « Le Pen étant amputé par les mégrétistes, il me semble qu’il n’arrivera pas au second tour. Vote pour celle ou celui que tu veux ! » Le dimanche soir du 21 avril, après avoir voté à Aix, je pris mon train  pour Lyon et vers vingt heurs, j’entendis un voyageur qui répondait au téléphone : « Merde ! c’est pas vrai !Le Pen est au second tour ! » J’entrais en conversation avec ce voyageur et nous étions tous les deux catastrophés. Arrivé chez moi, je regardais la télévision et j’avais l’impression de vivre un nouveau cauchemar. Nous en avions eu un autre le 11 septembre. J’étais décidé à voter Chirac au second tour et sans aucun état d’âme. C’est le principe des élections démocratiques ; on choisit au premier tour, on élimine au second tour.

            Jospin fit encore une autre connerie. Il annonça en direct son retrait de la vie politique, comme si un candidat était un homme seul et qu’il pouvait prendre une décision sans en informer son équipe de campagne. Il n’était donc pas disposé à accomplir une charge aussi lourde que celle de la présidence de la république.

 

            Entre les deux tours, je me rendais le 1er mai à la manifestation de la Place Belcourt, à Lyon. Le cortège devait  traverser le Rhône, passait devant la Préfecture, retraversait le Rhône et retournait place Belcourt. J’attendais sur la place pour prendre place au cortège après le départ des délégations officielles. J’ai attendu deux heures et je vis arriver la tête du cortège. Le serpent s’était mordu la queue.

 

            Le 5 mai, Chirac gagna le second tour en ayant une élection digne d’un homme politique soviétique.

 

 

                                                                                              Jean-Pierre Bénisti

 

 

1.      Chanson de Gérard Lenorman

 

2.      Le promeneur du Champs de Mars. Film de Robert Guediguian (2005)

 

3.      http://www.aurelia-myrtho.com/article-il-y-a-cinquante-ans-suite-72698188.html

 

 

 

 

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30 mars 2012 5 30 /03 /mars /2012 16:01

I

Les Français s’apprêtent à voter pour un nouveau président. La campagne est un peu terne par rapport aux élections présidentielles que j’ai connues. Mais où sont les présidentielles d’antan. Sous la IVe République, les présidents présidaient, mais ne gouvernaient pas  Ils ne se contentaient pas d’inaugurer les chrysanthèmes. Je me souviens dans une enfance très lointaine du voyage du Président Vincent Auriol à Alger. Me promenant sur les boulevards d’Alger, nous vîmes passer un Monsieur debout dans une voiture découverte. Ma famille appréciait Vincent Auriol, qui avait été en son temps ministre des finances de Léon Blum, autre homme politique aimé de la famille. Il y eut peu avant Noêl 53 des élections présidentielles au suffrage indirect : les députés et sénateurs réunis en congrès devaient choisir entre deux candidats : l’ancien gouverneur général de l’Algérie Marcel Edmond Naegelen  présenté par la gauche et le Président du  conseil Joseph Laniel, homme politique de droite bien oublié aujourd’hui.  Le congrès n’arrivait pas à départager les deux candidats. Le débat portait sur l’attitude des deux hommes lors du débat sur la CED (Communauté européenne de défense). Dans les cafés, les gens s’amusaient à faire des paris sur le gagnant. Finalement le gagnant fut un troisième homme : René Coty, un sénateur qui n’avait pas participé au débat sur la CED pour cause d’hospitalisation pour ablation de la prostate. « Voilà a quoi tient une présidence de la République » disait à ce sujet Jacques Fauvet, l’ancien directeur du Monde. . Clemenceau qui était aussi médecin disait qu’il y avait deux choses parfaitement inutiles : la prostate et la présidence de la république. S’il y a  un étudiant en médecine qui cherche un sujet de thèse, je pourrais l’aider sur un sujet à la fois médical et historique : Prostate et politique. Le président Coty laissa peu de souvenirs aux Français, on se souvient surtout de sa femme, une brave dame obèse que l’on verrait bien faire de bons petits plats cuisinés.  Germaine Coty ne ressemblait ni à Tante Yvonne ni à Carla. Elle mourut pendant le mandat de son mari et eut droit à des funérailles grandioses.

Étant en Algérie, loin de la France hexagonale que l’on appelait métropole, les évènements politiques n’étaient  pas perçus de la même façon qu’à l’intérieur de la France. Nous voyons les choses avec une certaine distance. En 1958, j’étais au lycée et j’ai eu un professeur d’histoire, René Pillorget qui n’était pas de droite, mais d’extrême droite et qui nous a appris à lire les constitutions à l’aide de petits schémas. J’ai pu comprendre toutes les constitutions depuis 1789. Si je rencontrais Monsieur Pillorget, je lui dirais que son enseignement  d’un homme de droite m’a  aidé à rester à gauche. En 1958, à la suite des complots  fomentés par les activistes et les militaires d’Alger, la IV ème république agonisait et De Gaulle, dernier président du Conseil de la IVéme république fit un référendum pour approuver une Constitution où le président de la république gouvernerait. Ce référendum ressemblait fort à un plébiscite, sorte de consultation populaire utilisée naguère par Napoléon III. L’ambiance pré-electorale en  France comme en Algérie était fiévreuse. Le référendum approchait. Les gens plaisantant en chantonnant : « Dis-moi oui, dis-moi non, dis- moi si tu m’aimes. . » .Des caricatures montraient notre chère Marianne déguisée en Brigitte Bardot au corsage largement dégrafé, comme pour distraire le peuple et faire en sorte qu’ils ne réfléchissent pas trop aux problèmes politiques. Marianne bardotisée  disait : « Pour  qui votait-on ? » ou  «  Pour qui vos tétons ? » Le Oui l’emporta et en décembre 58, Coty démissionna et De Gaulle devint président après une élection dont les électeurs étaient à cette époque, les députés, sénateurs, conseillers généraux et autres notables. De Gaulle avait un concurrent le communiste Georges Marrane qui obtint 13% des voix. Beaucoup de rues des banlieues communistes de Paris ou de Lyon portent le nom de Georges Marrane et  si vous demandez aux nombreuses femmes voilées passant rue Georges Marrane  à Vaulx en Velin : « Qui est Georges Marrane ? » Vous serez certainement surpris de la réponse.

En 1962, après la fin de la guerre d’Algérie, De Gaulle modifia la  Constitution de 58 en faisant approuver par referendum l’élection du président au suffrage universel. Je suivais les choses de loin, j’étais dans l’Algérie nouvelle et j’étais plus intéressé par la politique du pays nouvellement indépendant. Toutefois, j’aurais probablement voté non à ce référendum, car le Président devenait aussi puissant que  l’ensemble des députés de l’Assemblée nationale. Cette élection au suffrage universel  mettait en concurrence le Président et le Parlement

La première élection présidentielle au suffrage universel eut lieu fin 1965. J’étais toujours en Algérie.  Tout en m’intéressant à cette élection, je la voyais avec une certaine distance. Vu d’Alger, nous voyions la campagne électorale en France avec un certain plaisir dû à la l’absence d’élections libres en Algérie où les changements de gouvernement se faisaient par coup d’état  Il  y avait l’embarras du choix : De Gaulle, un homme poli,  insipide et sans intérêt : Lecanuet, un fasciste authentique ; Tixier-VIgnancourt, un homme dit de gauche : Mitterrand et un candidat folklorique : Marcel Barbu.  J’étais décidé à voter Mitterrand, par fidélité envers la gauche, mais aussi parce que je n’appréciais pas la Constitution de la cinquième république et l’élection du président de la république au suffrage universel. Mes parents auraient voté De Gaulle, en raison d’une fidélité envers l’ancien chef de la France libre et d’une certaine méfiance vis-à-vis de Mitterrand, homme politique dont l’action passée était contestable En fait, nous n’avons pu nous inscrire sur les listes électorales et nous n’avons pas voté du tout. J’ai déjà dit à ce sujet que lorsque l’on réside hors du territoire national, on a une position politique toute différente que lorsque l’on réside à l’intérieur. Vu de l’extérieur, la stature du chef de l’état et sa politique extérieure priment sur la vie quotidienne des citoyens. Mes camarades algériens s’étonnaient qu’il y ait tant de français prêts à voter pour un autre candidat que De Gaulle : « Les Français sont cons, qu’est-ce qu’ils reprochent à De Gaulle ? » me disait un de mes amis algériens.

 

II

 

En 1969, je faisais mes études à Grenoble et j’allais de temps en temps à Alger voir mes parents. Au printemps 1969, au retour d’un voyage à Alger, je trouvais la France en pleine campagne électorale pour le référendum sur la décentralisation que De Gaulle avait organisé. J’aurais pu voter oui, car la réforme proposéée ne me déplaisait pas,  mais considérant qu’il était malhonnête de la part des présidents de mettre son mandat en jeu, je pouvais tout au plus voter blanc.  En fait je n’ai pas pu voter car je n’étais pas encore inscrit sur les listes électorales, vu ma situation de nomade. Je n’ai pas été étonné des résultats et j’ai pensé que De Gaulle, vexé de ne pas avoir maîtrisé le mouvement de mai 68 et ne devant son salut qu’à l’habileté de son premier ministre Pompidou, était à la recherche d’une nouvelle légitimité. Le peuple français ne la lui a pas donnée. On peut aussi assimiler le coup de dès du président à un acte suicidaire d’un homme politique épuisé. Il ne devait d’ailleurs pas survivre longtemps à son départ de l’Élysée.

De Gaulle devait démissionner et le Président du Sénat, Alain Poher  assurait l’intérim de la présidence. Si De Gaulle avait démissionné en 68, l’intérim aurait été assuré par Gaston Monnerville et la France aurait eu à sa tête un brillant homme politique originaire de Guyane.

La campagne présidentielle devait suivre. Heureusement que je ne votais pas, car je ne savais pas si il fallait voter pour Deferre président avec Mendès-France premier ministre ou pour Rocard. Il est probable que j’aurais voté Rocard. Il y avait aussi Duclos, dont les interventions télévisées étaient extraordinaires : « Monsieur Pompidou, ne veut pas tuer la poule aux œufs d’or, on sait dans quel panier il les met les œufs d’or ! » En aucun cas je n’aurai voté pour Poher, dont les idées politiques ne se différentiaient pas beaucoup de celles de la droite et qui n’avait pas l’intelligence de Pompidou. . Il est probable que j’aurais voté pour Pompidou au second tour. Tout en n’étant pas en accord avec sa politique, je le considérais comme un homme intelligent, cultivé et honnête.

 

III

 

 En 1974, mes parents avaient quitté Alger et s’étaient installés à Aix-en-Provence. Je continuais à Grenoble des études de pédiatrie. Début avril, je partis à Paris pour passer quelques jours de vacances chez mon ami Emmanuel Jégo qui dirigeait un foyer de jeunes travailleurs. Un matin, Jégo me dit : « Il s’est passé un évènement important cette nuit : Pompidou est mort. »  Nous savions Pompidou malade et par indiscrétion, j’avais su qu’il souffrait de la Maladie de Waldenström, sorte de cancer de la moelle osseuse. D’autres chefs d’état : Boumediene, le Shah d’Iran et Golda Meïr moururent de cette même maladie. Le Professeur Jean Bernard avait dit que s’il y avait deux chefs d’état de plus, atteints de cette affection, on serait autorisé à entreprendre une étude scientifique sur la relation entre le métier de chef d’état et la maladie de Waldenström.

Brassens chantait à l’époque que les morts étaient tous des braves types. Cela est vrai, mais je dois dire que si je n’étais pas en accord avec le parti de Pompidou, l’UDR, j’ai toujours eu de la sympathie pour ce président qui était un honnête homme. La radio et la télévision ne diffusaient que de la musique classique, comme si cette musique était une musique de deuil. Dans la rue, la ville restait semblable à elle-même. Les jours suivant Chaban et  Edgar Faure déclaraient leurs candidatures de façon assez précipitée. Je devais suivre à la télévision la messe célébrée à Notre-Dame, qui se déroulait comme celle de De Gaulle en 1970. Le principe d’une telle messe officielle est tout à fait contraire avec les principes de laïcité de la République française. En 1996, il y eut aussi une messe pour Mitterrand.

Tous les chefs d’État importants étaient présents et beaucoup étaient  en fin d’activité : Nixon devait démissionner peu de temps après pour cause de Watergate et Willy Brandt, en raison d’une affaire d’espionnage. Je pensais que si un fou avait l’idée de bombarder Notre-Dame, les nations du  monde entier seraient en deuil et ils  pourraient, à cette occasion, mettre fin à leurs rivalités.

Poher assurait de nouveau l’interim de la présidence et comme le disait un des personnages de la pièce en alexandrin écrite par Bernard Kouchner et Michel-Antoine  Burnier : les Voraces : Poher à force de faire les intérims finira bien par faire un septennat.

Rentré à Grenoble, je retrouvais les camarades se disputant au sujet des prochaines présidentielles. Mitterrand venait de se déclarer et l’on attendait la candidature de Giscard. Giscard avait choisi Chamalières, la banlieue cossue de Clermont-Ferrand,  pour annoncer sa candidature. La télévision avait retenu de ce personnage sa prestation à l’accordéon de : Je cherche fortune tout autour du chat noir. La victoire de la gauche semblait difficile mais pas impossible. Beaucoup de gens de gauche se seraient accommodés d’une victoire de Chaban, car c’était un démocrate très orienté sur les questions sociales. Il avait d’ailleurs des conseillers remarquables, proches de la gauche : Jacques Delors et Simon Nora l’avaient aidé à rédiger les lois sur la formation permanente. Mais tous les gens de droite et les réactionnaires se tournaient vers Giscard. Il était considéré comme plus compétent que Chaban et tout en ayant été ministre de De Gaulle ou de Pompidou, il avait pris ses distances vis-à-vis de ces présidents. Voilà que Lecanuet, un homme politique tout à fait sans intérêt se prétendant du Centre, mais qui était tout simplement de droite se rallie sans conditions à Giscard et voici que Jacques Chirac essaie de saboter la candidature de Chaban.

Je vis Mireille et Paul, .mes oncles et tantes. Ils avaient confiance en Giscard, tout comme d’ailleurs Lucien et Jeanne, autres oncles et  tantes.

La campagne électorale battait son plein. Poher assurait les fonctions de président et l’on disait tous qu’à force d’assurer les intérims, il finirait bien par faire un septennat. André Malraux vint à la télévision pour soutenir Chaban et fit une prestation inintelligible. Malraux était connu pour avoir des tiques et les cameramen de la télévision ont su insister là-dessus. À chaque tique, des voix passaient de Chaban à Giscard. Giscard a dû envoyer des boites de chocolat à ces cameramen.

La candidature Chaban se marginalisait. La droite dans son ensemble rejoignait Giscard. Des personnes de gauche, inquiètes du soutien apporté à Mitterrand par les communistes et du sort tragique de l’Unité Populaire de Salvador Allende au Chili, rejoignaient aussi Giscard. L’affaire Soljenitsyne nourrissait la méfiance de beaucoup d’entre nous vis-à-vis des communistes. On parla même de menaces d’invasion de la France par l’Armée Soviétique, vieille rumeur entretenue depuis la fin de la guerre.

Il y eut des candidatures accessoires : Jean-Marie Le Pen, connu pour ses sentiments nationalistes, sortit son catéchisme anti-émigrés.  Royer, le maire de Tours, axa sa campagne sur la défense des bonnes mœurs. Ses réunions furent l’objet de chahut. On vit au cours d’une de ses réunions, une fille se dénuder et exhiber ses seins. L’orateur resta impassible. Arlette Laguiller fut la première femme candidate et fit une campagne honorable. René Dumont, ce sympathique professeur, fut le premier candidat écologiste. Je l’avais entendu récemment  à Aix. Il  préconisait non seulement de lutter contre les pollutions mais aussi contre le gaspillage des riches entraînant la pénurie pour les pauvres.

Je devais aller à un meeting du Parti communiste avec Jacques Duclos, un orateur extraordinaire avec son accent pyrénéen et ses bons mots. Il devait mourir l’année suivante.

Vers cette époque, le Cardinal Daniélou mourrait d’une crise cardiaque au domicile d’une soi-disant danseuse. Cela rappelait un autre Président de la République terrassé dans les bras d’une maîtresse dans une chambre d’hôtel minable. Quand le médecin appelé au chevet du président demanda au valet de chambre si le Président avait toujours sa connaissance. On lui répondit qu’elle venait juste de quitter l’hôtel.

Le premier tour donna les résultats que l’on sait avec Mitterrand arrivant en tête, mais sans réserve de voix pour le second tour et Giscard en second, mais avec des réserves de voix. L’entre deux tours fut pénible. Le débat télévisé Giscard-Mitterrand tourna à l’avantage de Giscard avec sa sortie : «  Vous n’avez pas le monopôle du cœur. » 

Ce qui était remarquable, c’est que Giscard, comme Mitterrand, étaient appréciés aussi bien par leurs partisans que par leurs adversaires, les considérant comme des hommes politiques de talent.

Je reçus une lettre circulaire qui s’adressait aux médecins et qui appelait les médecins à apporter leurs suffrages à Giscard. Je me suis aperçu que les adresses étiquetées sur l’enveloppe postale étaient  de même nature que toutes les adresses étiquetées des courriers de l’Ordre des médecins. L’Ordre des médecins avait prêté son carnet d'adresse. Il y avait de quoi saisir la justice sur les agissements partisans de cet ordre professionnel

 

Le vendredi avant le second tour, j’étais à Grenoble, ville où Mitterrand devait faire son dernier meeting. Je rejoignis le Palais de Glace vers dix-huit heures, alors qu’il ne devait parler que vers vingt heures. Je rencontrais un copain qui me dit : « Et si entre les deux tours, l’un des deux candidats décédait ? » Je réfléchissais et je pensais que cette éventualité n’avait pas été étudiée. Cette élection du président au suffrage universel fut un rajout à la Constitution de 1958, conçue essentiellement pour De Gaulle. De Gaulle n’avait pas imaginé pouvoir être en ballottage et n’aurait pas modifié sa constitution, s’il avait pensé à cette éventualité. Les Français dans leur ensemble ont apprécié cette forme d’élection. Nous étions tous joyeux, car si nous étions loin d’êtres sûrs d’une victoire de la Gauche, la campagne avait été fructueuse et avait remonté le moral des électeurs. En attendant notre « futur » président, nous avons eu droit à un petit récital de Juliette Gréco, arrivée avec sa robe noire et une rose à la main,    qui nous chanta le petit poisson et l’accordéon. Le Président Mendès-France devait arriver sous les applaudissements et prendre place au premier rang. Vers vingt heures, Mitterrand arriva entouré d’une armée de gorilles, de photographes et de journalistes. Nous sentions que le monde entier nous observait. Mitterrand fit un discours enthousiaste, mais semblait loin de tenir la victoire pour acquise, ce qui donnait à la réunion un petit parfum de mélancolie. La soirée devait se clôturer par une Marseillaise que nous avons tous chantée. Il n’y eut pas d’Internationale, sans doute pour ne pas effrayer les électeurs modérés.

Le lendemain, je devais arriver à Aix et voter le dimanche 19 mai. J’étais domicilié à Aix chez mes parents et je votais dans cette ville. Le soir nous avons été chez Padula pour voir les résultats à la télévision. Mitterrand avait été battu par un nombre très réduit d’électeurs. Le coup d’état au Chili et l’affaire Soljenitsyne  ont  contribué à la victoire de Giscard. Les électeurs sont quelquefois frileux. Giscard commit sa première erreur en répondant en anglais à un journaliste américain et Mitterrand depuis Château-Chinon devait nous dire : « Je mesure votre tristesse à la mesure de votre espoir. » Il fallait donc se mobiliser pour les prochaines échéances.

Entre les deux tours, il y eut un évènement important : le coup d’état militaire du Général Spinola devait renverser la dictature au Portugal et permettre la révolution des œillets qui devait instituer la démocratie. et donner l’indépendance aux pays de l’empire colonial portugais

En juillet, au festival d’Avignon, Mitterrand devait assister à un spectacle et quand il pénétra dans la Cour d’honneur, il eut une grande ovation.

 

IV

 

            En automne 1977, je me trouvais à Lyon où j’avais pris une fonction de médecin salarié dans le cadre de la Protection maternelle et infantile. La situation politique en France était dominée par la préparation des élections législatives. Des journalistes écrivaient des livres qui pouvaient nous éclairer : Pierre Viansson-Ponté, du Monde avait écrit des Lettres ouvertes aux hommes politiques, où il révélait le passé pétainiste de Mitterrand qui avait en son temps porté la francisque. Cela faisait partie des zones d’ombre de la personnalité de Mitterrand. Franz-Olivier Giesbert, appelé depuis quelques années FOG  était à cette époque au Nouvel observateur. Il avait publié une biographie de Mitterrand qui nous éclairait sur le parcours de cet homme politique hors du commun. Georges Dayan ami de Mitterrand, avait dit à FOG que si Mitterrand ne devenait pas président de la république, il manquerait quelque chose à sa biographie. Mitterrand  serait en mesure en cet automne 77 de battre Giscard, mais en cette saison, nous n’étions pas en campagne pour des élections présidentielles, mais pour des élections législatives. La victoire de la gauche semblait à portée de main, mais pourra-t-il, il Marchais était un grand tribun qui savait se faire écouter par ses partisans. La gauche perdit les législatives de 1978 et Rocard commença à faire des déclarations qui semblaient celles d’un prétendant à la candidature.

 

En octobre 1980, après un séjour de deux semaines en Tunisie je reprenais mes activités. J’appris par les journaux que Pivot faisait son émission Apostrophes sur les livres des médecins. Il recevait Minkowski, Milliez, Kouchner, Xavier Emmanuelli et Rapin. N’ayant pas de télévision, je m’invitais chez ma copine Claude Beauverd qui me reçut avec plaisir. Peu avant l’émission, j’appris qu’un attentat avait eu lieu dans la synagogue de la rue Copernic à Paris. C’était la première fois depuis les années noires de la guerre 39 qu’un attentat visait la communauté juive en France. Si cet acte était unanimement condamné, chacun l’expliquait de façon différente : les uns accusaient la Libye sans preuves, d’autres l’OLP, malgré la condamnation de l’acte par Yasser Arafat, d’autres l’extrême droite française. Tout était possible. Les commanditaires de ce crime n’ont toujours pas été identifiés. Il est probable qu’il s’agissait de groupes terroristes palestiniens dissidents.  Des ministres se rendirent sur les lieux et s’étonnèrent de l’absence de Giscard et de la présence de Mitterrand. Giscard avait, selon certains, perdu les élections ce soir-là en ne jugeant pas utile de faire un déplacement. Barre fit un malheureux lapsus. Les manifestations de protestation eurent lieu le lundi suivant. Je me suis rendu à celle de Lyon et je dois dire que j’aurais préféré qu’il n’y ait pas de banderoles ou de drapeaux israéliens brandis par les manifestants. Des ministres honnêtes comme Simone Veil ou Bernard Stasi jugèrent la présence de banderoles et de drapeaux – drapeaux israéliens ou drapeaux rouges des gauchistes -tout à fait inopportune dans une telle manifestation unitaire.

En Algérie, la ville d’El Asnam  (Orléansville) devait être de nouveau victime d’un séisme. La ville fut détruite à quatre vingt pour cent. J’ai pris des nouvelles de mes amis. Belkacem perdit deux membres de sa famille. Le Centre Albert Camus aurait subsisté. El Asnam après avoir été Orléansville devint Chlef. Ces changements de noms ressemblent à des actes conjuratoires face aux mauvais sorts.

La campagne présidentielle commençait. Michel Rocard, qui bien que socialiste ne s’entendait pas très bien avec Mitterrand prit l’initiative d’annoncer sa candidature ou plutôt sa candidature à la candidature du Parti socialiste. Il fit une déclaration solennelle mais peu convaincante, depuis sa mairie de Conflans-Sainte-Honorine et cette déclaration n’a eu pour effet que de donner une plus grande légitimité à la candidature de Mitterrand annoncée par l’intéressé peu de temps après. Rocard est pour moi, un homme politique honnête et sympathique. C’est un homme qui connaît très bien ses dossiers, mais il manque de stratégie et  dit souvent des vérités mais à contretemps. C’est pour cela qu’il devint un excellent premier ministre mais qu’il ne put accéder à la magistrature suprême. Il est toujours bon de parler vrai et d’éviter ce que l’on appelle la langue de bois, il faut savoir le moment pour dire une vérité dure à entendre. Il en est de même dans les entretiens que les médecins ou le psychologues ont avec leurs patients : une même vérité peut rassurer ou blesser selon le moment où on l’a dit.

Nous entrions dans la politique spectacle. Je me souviens avoir fait un rêve étrange, à la fin du septennat de VGE : Giscard renvoyait Barre pour le remplacer par Léo Ferré. Ce n’était qu’un rêve. Il n’empêche que Coluche annonça sa candidature et cette candidature a été salutaire car elle a réduit les prestations télévisées des hommes politiques à des numéros de clown. Une amie me disait qu’elle n’arrivait plus à distinguer un homme politique de son imitateur. Les imitateurs dépassaient les limites admissibles : Henri Tisot imitait de Gaulle avec des discours sur des sujets dérisoires et sur un mode burlesque. Thierry Le Luron faisait avec talent des mauvais discours de Mitterrand ou de Chirac et arrivait à leur faire dire des choses qu’ils n’avaient jamais dites. 

Des évènements affectaient le monde intellectuel. Romain Gary se donnait la mort peu de temps après le suicide de sa femme Jean Seberg. Pivot n’avait pas encore révélé l’identité d’Emile Ajar, qui n’était autre de Romain Gary. Ce n’est qu’en juin 1981, que ce fait ait été connu. Il est permis de penser que l’écrivain n’ait pas supporté cette double identité.

Un soir, j’allais voir un film de Bergman qui se termine par une scène horrible. Un homme tue par amour la femme qu’il aime. Le lendemain, j’apprenais par les journaux que le philosophe Louis Althusser avait  tué son épouse. Ce meurtre nous interrogeait sur la fragilité psychologique de beaucoup de grands esprits.

Je n’avais pas de télévision. Je sus que Mitterrand avait affirmé à Alain Duhamel et à Jean-Pierre El Kabbach qu’il s’engageait à supprimer la peine de mort. Je remarquais le courage de Mitterrand qui s’engageait sur un sujet très controversé alors que Giscard, n’osait pas s’engager pour ne pas décevoir sa clientèle.

Fin mars, je me rendais au grand meeting de Mitterrand au Palais des sports de Lyon. La salle était pleine à craquer. Je remarquais que Mitterrand semblait bien plus rassuré qu’à Grenoble en 1974. Il semblait croire à la victoire. Ce meeting nous remontait le moral et chacun pensait que la victoire de la Gauche était tout à fait possible. J’ai donc envoyé un chèque au Comité de soutien à Mitterrand.

Le premier tour des présidentielles était encourageant. Il fallait tirer deux semaines. J’avais été voir le débat Giscard Mitterrand chez ma collègue assistante sociale Simone Jacquin. Je remarquais l’assurance de Mitterrand face à Giscard,    cela contrastait avec le duel de  74.

Le 10 mai 1981, j’allais voter à Aix et  je rentrais  à Lyon le soir. Je devais être chez moi vers vingt heures dix et je pris la radio et j’entendis une déclaration de Jospin, faisant état de la victoire de Mitterrand. Je pris ma voiture et me rendis chez les Jacquin pour voir les commentaires à la télévision. Nous étions tous joyeux et prêts à faire la fête et nous regrettions que le bal de la Bastille fut mouillé. Les journalistes de télévision, notamment Cavada et El Kabbach semblaient affectés d’une certaine gène. Lorsque El Kabbach eut Marchais au téléphone, ce dernier lui dit : « Ah ! C’est El Kabbach ! » Entraînant les éclats de rire de l’assistance. Giscard avait perdu, mais avait gagné des voix par rapport à l’élection de 74. Il avait inconsciemment fait voter une loi  qui allait se retourner contre lui. La loi sur la majorité  civile à dix-huit ans avait augmenté le nombre des électeurs et les jeunes sont plus des électeurs de gauche que des électeurs de droite.

Le lendemain, tous mes collègues étaient joyeux. Au centre où je travaillais, les assistantes sociales fleurirent leurs bureaux de roses et me félicitèrent car elles avaient su que j’avais signé un appel à voter Mitterrand et cet appel était affiché sur les panneaux électoraux.

J’avais écouté, peu de temps avant le second tour, un entretien avec Jacques de Fontbrune sur les quatrains de Nostradamus. Jacques de Fontbrune s’appelait en réalité Jacques Pigeard de Gurbert et était le premier mari de Marie Salavert, notre voisine d’Aix qui avait eu de ce premier mariage deux enfants Béatrice et Guillaume, qui sont devenus mes amis. Fontbrune avait fait une nouvelle traduction des quatrains ; il refusa de parler des prédictions de Nostradamus sur l’élection présidentielle en raison de la discrétion qui s’imposait mais évoqua un possible assassinat du pape à Lyon.

Le mercredi 13 mai, mon père me téléphona, je lui demandai des nouvelles, il me dit : « Moi, je vais bien, c’est le pape qui va mal. Il vient d’avoir été poignardé à Rome. » Je pensais à cette prédiction de Nostradamus qui n’était pas exacte mais troublante. L’un des plus beaux gestes du Pape Jean-Paul II a été de rendre visite à son meurtrier dans sa cellule, quelques années après le drame. Cela rappelle une scène célèbre des Justes de Camus.

La presse ne manque pas de faire allusion aux prophéties de Nostradamus revu par Jacques de Fontbrune. Il y aurait dans un des quatrains : « Dès que la rose éclora, le sang coulera. » Nostradamus dans ses quatrains aurait prédit  l’élection de Mitterrand, et l’attentat contre le pape.

Cette fin de septennat de Giscard  avant la prise de fonction de Mitterrand paraissait interminable. Giscard mit en scène son départ en laissant l’image d’un homme tournant le dos à ses téléspectateurs et une chaise vide. Mitterrand devait enfin rentrer dans l’Elysée et Giscard devait quitter le château sous les huées de quelques imbéciles qui semblaient ignorer que dans un combat politique le perdant  d’une élection doit être respecté.

Mitterrand avait soigné la mise en scène de son entrée en fonction : Arc de triomphe, Hôtel de Ville, Panthéon. Tout cela était fort émouvant et nous avions l’impression qu’une partie du peuple français éloignée longtemps des responsabilités reprenait ses droits. La Constitution élaborée par De Gaulle avait fonctionné et n’était donc pas aussi mauvaise qu’on le pensait auparavant.

Vers le 20 mai, je partis pour Venise avec mes parents. Nous sommes retournés dans nos lieux favoris et cette fois-ci nous avons fait une promenade en gondole. Nous avons été voir les confettis de la lagune : Burano avec ses maisons multicolores et Torcello avec les ruines de sa basilique. À  la fin du séjour, ma mère a été saisie du syndrome vénitien : se sentir prisonnier dans la Cité des Doges et ne plus pouvoir la quitter. Nous devions prendre un train de nuit vers vingt heures et des quatorze heures, nous avons été déposé les bagages à la consigne et nous avons fait des promenades à pied dans les quartiers comme le Cannareggio près de la gare. Et nous avons bien failli rater le train : nous avions égaré le reçu de la consigne et il a fallu parlementer un bon moment pour pouvoir récupérer nos valises.

Les élections législatives confirmèrent une poussée de gauche et Mitterrand eut presque une mariée trop belle. Tous les espoirs étaient permis : une grande partie de la population était réjouie, une autre faisait la tronche en annonçant la faillite économique voire la soviétisation du pays. Parmi les déçus, il y avait Lucien et Jeanne d’un côté et de l’autre Mireille et Paul, qui sous couvert d’anticommunisme défendait leurs situations de petits-bourgeois. Des médecins réactionnaires décrivaient la mitterrandite, petite dépression post-électorale.

 

V

 

En 1988, nous étions en pleine cohabitation. Le Premier ministre Chirac essayait de devenir Président. La campagne électorale pour élire le président de la République allait bon train. Après être resté très longtemps silencieux Mitterrand annonça sa candidature à un journaliste du vingt heures-télé en répondant oui comme un nouveau marié à Monsieur le Maire. Rocard avait renoncé une nouvelle fois. Barre s’était lancé dans la bataille. Tout en faisant preuve d’honnêteté et de compétence économique, il ne semblait pas disposé à devenir président et Chirac ne faisait pas le poids par rapport au président sortant. Sa campagne fut dirigée par Pasqua, un mauvais imitateur de Fernandel, qui axait son discours sur les questions de sécurité et d’émigration en imitant le discours de le Pen.

Il y eut à Chassieu près de Lyon un meeting avec Mitterrand.  Mitterrand était cette fois-ci introduit par une Barbara qui chantait en son honneur avec une rose à la main. Mitterrand semblait croire à son destin. Entre les deux tours, un débat télévisé Chirac-Mitterrand  n’apportait pas grand-chose, mais montrait l’habileté de Mitterrand appelant Chirac : Monsieur le premier Ministre pour renforcer sa stature de président sortant. J’ai toutefois peu apprécié la sortie de Mitterrand sur l’affaire Gordji.

Pendant les derniers jours de campagne une affaire grave éclata en Nouvelle Calédonie Bernard Pons, ministre de l’Outre-mer et Chirac ne surent pas gérer la crise. Les otages du Liban furent libérés et les deux candidats essayèrent d’en tirer profit. Mitterrand fut élu et nomma Rocard Premier ministre. Le score élevé du Front National au premier tour nous semblait indigne d’un pays comme la France. Des élections législatives devaient suivre après dissolution de la précédente assemblée.

Les élections législatives renvoyèrent une majorité de gauche relative. Rocard devait en cas de blocage faire usage de l’article 49-3 pour faire adopter les lois. Je n’étais pas d’accord sur la présence d’hommes politiques de droite dans le Gouvernement. Des hommes de droite appartenant à la société civile peuvent entrer dans un gouvernement de gauche, mais des élus de droite avec des électeurs de droite comme Jean-Pierre Soisson n’ont pas à rentrer dans un gouvernement de gauche.  Nous étions satisfaits de la façon dont Rocard a résolu la crise en Nouvelle-Calédonie. Nous avions peur que la crise débouche sur une guerre de type coloniale comme en Algérie. Cette action de Rocard aurait dû être saluée par l’opposition de droite, vu l’importance de cet accord.

Nous étions partis pour une nouvelle cohabitation. Après Mitterrand-Chirac, c’était Mitterand-Rocard., l’ancienne et la nouvelle gauche.

 

                                                                 Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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21 mars 2012 3 21 /03 /mars /2012 14:13

 

 

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La diffusion d’un film très moyen sur Djamila Boupacha me ramène à un souvenir personnel.

J’habitais chez ma tante Suzanne à Montmartre durant l’hiver 1962. En janvier, ma tante  reçut une partie de sa famille d’Alger :sa sœur  Cécile, avec son fils Hubert, sa belle-fille Hélène et sa petite fille Véronique, qui essayaient de s’installer à Paris.  Hubert et  Hélène qui furent en leur temps de gauche, avaient du fait de la tragédie algérienne, sombré dans la réaction extrémiste favorable à l’OAS. Je réussissais malgré tout à cohabiter avec eux car tout en étant d’opinions différentes nous nous estimions mutuellement. Il y eut cependant un incident. J’avais vu dans une librairie un livre de Gisèle Halimi et de Simone de Beauvoir sur Djamila Boupacha publié chez Gallimard avec un dessin de Picasso comme couverture. J’achetais le livre, mais je renonçais à le montrer. Au cours du repas, je parlais de ce nouveau livre sur l’Algérie, et je déplorais l’usage de la torture pratiquée par l’armée pour essayer d’avoir des renseignements. : «  Cette poseuse de bombe a bien mérité ce qu’elle a subi ! Et j’espère que l’OAS plastiquera tous ces intellectuels qui prennent la défense de ces terroristes ! » Me disaient en substance Hubert et Hélène. J’essayais de répliquer en arguant que le fait d’être présumé terroriste ne justifiait pas l’usage de la torture. Puis Hubert éleva le ton et me dit en colère : « Je vais te casser la gueule ! Je vais te casser la gueule ! Petit con ! » La tante Cécile reprit son fils, lui fit les gros yeux et l’interpella : « Eh bien ! Hubert ! » Ce dernier se leva et partit se coucher. Il me fit  dire par sa mère  qu’il avait eu une journée fatigante,  qu’il avait perdu son contrôle et me demanda expressément d’oublier cet incident. J’ai depuis réfléchi à ce qui s’était passé. Dans le fond, je méritais la gifle que Hubert avait l’intention de me donner, car il était bien évident  que je déplorais l’usage de la torture sans pour autant approuver les poseuses de bombe, mais inconsciemment j’essayais de discréditer l’armée française, coupable d’exactions, dans le but de contrebalancer les exactions commises par le FLN. Les exactions étant des deux côtés, les négociations pour un cessez-le-feu s’imposaient. Il est certain que je ne condamnais pas toutes ces exactions seulement au nom d’une charité chrétienne. Si je méritais une claque, Hubert la méritait aussi, lui qui semblait justifier que l’on fasse usage de la torture pour lutter contre le terrorisme. Ces débats sur le terrorisme et sur la torture sont loin d’être clos et renvoient  aux positions de Camus sur le terrorisme, toujours actuelles après le FIS,    le GIA et le 11 septembre 2001. Je pense aussi à ce que nous avait dit Gardère, mon professeur de philosophie d’alors, qui répondait à un camarade communiste tentant de justifier les crimes de Staline en mettant en avant la mauvaise politique américaine et le mac carthisme : «  Vous justifiez une chose par une autre chose, mais les crimes des uns ne peuvent justifier ceux des autres et c’est cela que vous devez bien comprendre. »

 

 

                                                                                   Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

 

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