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19 février 2018 1 19 /02 /février /2018 18:28

Cette peinture peinte par Louis Bénisti en 1972 a disparu du fonds Louis Bénisti de Lyon 

Il s'agit de la Darse d'Alger ,peinte à Alger par Louis Bénisti au printemps 72, avant qu'il quitte définitivement Alger et qu'il s'installe à Aix en Provence.

Cette peinture est une huile sur toile de 81x65

Elle a été reproduite sur la couverture du livre l'Algérie de Camus de José Lenzini Edisud Aix en Provence 1987;

Reproduit dans le Catalogue de l'exposition Bénisti à Hyères 2004, catalogue de l'exposition Bénisti de Nancy en 2012, exposition Camus et les peintres d'Alger2014

Exposée à Aix :( Les villes d'Albert Camus 2005) Hyères 2004, Nancy (Douera de Malzeville 2012,Lourmarin 2013 (expo Camus la pensée de Midi) Lyon (Les peintres amis de Camus 2014)

Les personnes qui apercevraient ce tableau chez un antiquaire ou dans une salle des ventes sont invités à me contacter.

                                                        Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

 

La Darse 1972

La Darse 1972

Livre de 1087

Livre de 1087

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6 février 2018 2 06 /02 /février /2018 09:30

Dans une lettre écrite le 6 octobre 1956 à Albert Camus1, Jean Grenier fait état de ses démarches auprès des autorités pour appuyer la demande de mutation d’un de ses anciens élèves Mario Villani, adjoint d’enseignement d’italien au lycée Bugeaud d’Alger (lycée Emir Abdelkader aujourd’hui), qui désirait s’installer à Nice.

Élève moi-même de ce lycée de 1955 à 61, je n’ai pas eu Monsieur Villani, comme professeur, mais je le connaissais de vue.

Au Maghreb et Orient du livre le 2 février, le mathématicien Cédric Villani est intervenu  lors d’un hommage au mathématicien Maurice Audin. Il nous a parlé brièvement de ses grands-parents algérois. À la fin de la conférence, je lui ai révélé l’existence de cette lettre de Jean Grenier. Il m’a répondu que son grand-père était bien Mario Villani, mais qu’il ignorait ses relations avec Jean Grenier et Albert Camus. Il m’a remercié d’avoir évoqué un moment peu connu de la vie de son grand-père.

 

 

                                                                                  Jean-Pierre Bénisti

 

 

1. Voir : Albert Camus –Jean Grenier : Correspondance 1932-1960. Édition établie par Marguerite Dobrenn. Gallimard 1981. Lettre 206 page 209

Quand Jean Grenier recommandait à son ancien élève Albert Camus, le futur grand-père du mathématicien Cédric Villani.
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5 février 2018 1 05 /02 /février /2018 15:32

            Détestez la mauvaise musique, ne la méprisez pas. Comme on la joue, la chante bien plus, bien plus passionnément que la bonne, bien plus qu'elle elle s'est peu à peu remplie du rêve et des larmes des hommes. Qu'elle vous soit par là vénérable. Sa place, nulle dans l'histoire de l'art, est immense dans l'histoire sentimentale des sociétés. Le respect, je ne dis pas l'amour, de la mauvaise musique n'est pas seulement une forme de ce qu'on pourrait appeler la charité du bon goût ou son scepticisme, c'est encore la conscience de l'importance du rôle social de la musique. Combien de mélodies, de nul prix aux yeux d'un artiste, sont au nombre des confidents élus par la foule des jeunes gens romanesques et des amoureuses.

 

                                                                               Marcel Proust
                                                                        Le plaisir et les jours

 
 
 
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19 janvier 2018 5 19 /01 /janvier /2018 08:49

Sénac et Visconti en 1966
in revue Poésie contemporaine des deux rives. Algérie-Belgique Février 2005

 
Luschino Visconti et Jean Sénac à Alger en 1966: un article de Hamid Nacer-Khodja
Luschino Visconti et Jean Sénac à Alger en 1966: un article de Hamid Nacer-Khodja
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15 janvier 2018 1 15 /01 /janvier /2018 19:27

 

 

Dans la  Promesse de l'aube Romain Gary cite Camus :   

 

 

 

 Mon père avait quitté ma mère peu après ma naissance.

Parmi les lettres qui m'étaient parvenues à cette époque, il y en avait une qui me donnait les détails sur la mort de celui que j'avais si peu connu.

Dans sa lettre, sans doute pour me faire plaisir, il m'écrivait que mon père n'était pas arrivé jusqu'à la chambre à gaz qu'il était tombé raide mort de peur, avant d'entrer.

je suis resté longuement la lettre à la main; je suis ensuite sorti dans l'escalier de la N.R.F., je me suis appuyé à la rampe et je suis resté là, je ne sais combien de temps, avec mes vêtements coupés à Londres, mon titre de Chargé d'Affaires de France, ma croix de la Libération, ma rosette de la Légion d'honneur, et mon prix Goncourt.

j'ai eu de la chance : Albert Camus est passé a ce moment-là et, voyant bien que j'étais indisposé, il m'a emmené dans son bureau.

L' homme qui est mort ainsi était pour moi un étranger, mais ce jour-là, il devint mon père, à tout jamais."

Romain Gary : La promesse de l'aube, Chapitre XIV Gallimard 1960. Éditions Folio page 120

 

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4 janvier 2018 4 04 /01 /janvier /2018 11:45

 

Les Iles 

Une frange de récifs protégeait ses abords mieux que murailles et glacis. Pour les prudences de la mer, c’était « les Iles ».

Certains de ces hauts-fonds se perdaient à la vue sous des crachats d’écumes mêlés à leurs toisons d’algues. L’un d’eux cependant pointait aux jours des calmes plats et des mers basses, une pierre noire où l’œil d’une source filait une eau douce venue de montagnes lointaines. Mais sous les rouleaux que poussaient les vents, rien n’apparaissait de cette tête où souvent les navires se brisèrent.

Les pêcheurs qui ramenaient leurs prises dans la nuit des petits matins savaient l’éviter et l’appelèrent « Ras El Aïn ». Aux temps où les barbaresques s’enrichissaient des butins de la course, ils trouvaient derrière ces récifs, des sables où dresser leurs felouques. Alors à l’abri des poursuites, ils pouvaient démâter et retourner les coques pour curer les souillardes et recalfater les bitumes. Puis, ils remouillaient et menaient leurs coursiers vers des criques au pied des falaises d’où les guetteurs criaient la vue des galions souvent chargés de draps anglais et de faïences hollandaises.

Pour vaincre la « course », les Espagnols prirent pied sur la plus grande pente de ces îles et n’en furent chassés qu’au moment où un remblai de gravats en permit le siège et l’assaut. Leur fuite abandonnait des casernes et un fortin dominé par une tour nommée « El Peñon ». Les siècles écoulés ont fait de cette vigie une gloire de pierre.

De Mustapha, nous regardions ce doigt levé qui désignait une darse sertie comme un joyau entre les arcades de l’Amirauté et les murs espagnols.

La tour devint sémaphore et son lanterneau fut muni d’un phare. Dès la nuit tombée, des faisceaux alternés étendaient sur la baie, des bras de lumière qui bénissaient le port aux cadences des codes marins. Quant au sémaphore surmonté du drapeau français, il disait l’état de la mer et signalait l’entrée des courriers dans le golfe. Dès qu’apparaissaient à son grand mât, les couleurs d’une compagnie de navigation, une foule s’agglutinait aux rambardes des boulevards, chaudes de soleil.

Comme un majestueux seigneur, escorté de bateaux-pilotes et de remorqueurs, le navire franchissait la passe, remplissait le port, puis doucement s’alignait à un accastillage juste fait pour sa grandeur.

Inconscients d’un héritage de grandeur, enfants insouciants de son prestige, nous savions cependant que ce balcon qui dominait la baie était un morceau de France offert en cadeau à ce côté de mer réchauffé au soleil d’Afrique. De là, sous un ciel entier, nous regardions le monde au delà des limites de nos regards.

Une voile, lentement, glissait sur l’eau bleue du crépuscule. Quelques fumées montaient encore des navires assurés sur leurs amarres. Des points de lumière piquaient le Cap Matifou. Les feux  de la passe s’allumaient. Dans le soir qui repoussait la nuit, nous attendions les derniers rouges de l’horizon.

Sur l’eau à peine bougée que brunissait le couchant, les bateaux s’endormaient sur leurs rêves d’évasion vers les îles du bout du monde, où vers des lointains plus proches que nos instituteurs nous racontaient. Ils évoquaient un vieux pays de forêts et de marécages où, vêtus de peaux de bêtes, vivaient aux temps anciens nos ancêtres les Gaulois. Ainsi nos maîtres troquaient-ils un immense amour contre une assiduité vers une vérité que nous gardions au cœur.

Ils s’appelaient : Lordet, Bouchon, Siguewald, Paoli, Timsit, Louis Germain, mais l’accent de leur langage devenait celui de nos rivages. Ils nous parlaient de ses lointains distants d’une seule nuit de mer cadencée, aux rythmes des pistons des machines, et de l’arrivée aux matins qui sentaient le goudron, les épices et la bouillabaisse.

Souvent, ils mettaient entre nos mains des livres de carton usé dans lesquels nous apprenions à aimer des provinces, des montagnes et des rivières aux noms magiques et glorieux. Des images nous montraient des ponts franchissant des fleuves et des routes bordées de grands arbres qui toutes menaient vers une ville dont l’éclat des lumières éclairait le monde.

Nous traversions des forêts dont il fallait nommer les arbres, des champs dont nous apprenions à aimer les herbes et les fleurs…Un enfant courait après des chevaux pour aider aux labours. Des branches effeuillées griffaient un ciel d’hiver…Au-dessus d’un toit d’ardoise, une cheminée fumait le feu d’un âtre où cuisait la bonne soupe des paysans.

Une route bordée de platanes centenaires menait vers Paris. Sur une ligne droite, une Facel Véga lancée à grande vitesse heurtait de plein fouet le fût d’un de ses arbres.

 

L’horloge d’un clocher voisin indiquait  quatre heures.

 

                                                                                 Louis BÉNISTI

 

Extrait de  Louis Bénisti  "On choisit pas sa mère"Souvenirs sur Albert Camus, L'Harmattan. Paris, 2016

 

 

 

 

 

Article de Morvan Lebesque dans le Canard enchaîné de janvier 1960

Article de Morvan Lebesque dans le Canard enchaîné de janvier 1960

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28 novembre 2017 2 28 /11 /novembre /2017 12:36

 

 

            L’institut Lumière de Lyon programme une rétrospective des films d’Alain Cavalier. Parmi les films projetés il y a « Thérèse »,  film tourné en 1986 dans lequel l’écrivain Jean Pélégri (1920-2003) joue dans le rôle du père de Thérèse.

            À ce sujet Jean Pélégri et son ami Louis Bénisti ont échangé une correspondance intéressante. (1)

             Pélégri le 20. Janvier 1986 signale à Bénisti  qu’après avoir joué un vieillard aphasique dans le Grand Carnaval, il joue « dans un film d’Alain Cavalier (Prix Delluc) intitulé Carmel …Après le colon au chapeau de paille, j’y interprète le rôle –tiens-toi bien ! –d’un père de famille –dont 3 filles ont au Carmel – et dont l’une est la future Ste Thérèse de Lisieux ! (Si on m’avait dit ça, dans ma Mitidja natale. » (2)

            Après avoir vu le film qui prit le titre non pas de Carmel, mais de Thérèse, tout simplement, Bénisti écrivit à son ami le 29 octobre 1986 :

            « Je reviens du cinoche où je t’ai vu fier d’avoir le plus célèbre des gendres…mais aussi mourir ….pour la troisième fois heureusement « pas pour de vrai »  comme on disait, mais cruellement vrai pour un spectateur regrettant qu’après le rideau les acteurs ne viennent pas affirmer par leurs révérences le bon état de leur santé….Et pour moi qui aime tant la clarté de tes arguments et les calmes vérités de tes colères cachées qui sont  les signes de ta vitalité.

            Mettons qu’on t’a choisi pour la beauté de tes silences plus que pour les silences de ta beauté…J’ai aimé ce film et je t’ai aimé dans ce film où il fallait s’accorder sur une « superbe » sobriété. J’ai beaucoup aimé la rigueur des plans , la blancheur des cornettes, l’étrangeté des fleurs et des crustacés, la tombée des plis de bure, la beauté des visages, , la lumière des cierges qui me ramenaient vers Philippe de Champaigne, Gorges De Latour et Dreyer, mais bien que je me sois senti souvent « Républicain », j’ai surtout admiré cette écriture d’image où rien n’est dit et tout suggéré de la passion , de « L’Amour – La Mort » du bonheur et du doute.. »

            Pélégri réagit  en lui répondant :

« Merci de ta lettre sur Thérèse, très intéressante. L’œil du peintre y dispute avec le « républicain » qui est en toi. C’est en effet un film qui nous laisse une impression ambiguë. Mais j’ai eu plaisir à y participer. Avec toutes ses filles, il me semblait que j’étais plus au harem qu’au carmel. Et il est intéressant de s’exprimer plus par des silences que par des paroles. Je rejoignais ainsi l’art muet du peintre. »

Cet écrivain français d’Algérie, dont Mohamed Dib (3) disait qu’il était le plus grand écrivain algérien, a aussi était un  acteur de cinéma. Les cinéphiles se souviennent de lui, jouant le rôle d’un commissaire de police dans Pickpocket de  Robert Bresson. On l’a vu ensuite dans le rôle de son père dans les Oliviers de la justice (3) le film tourné en Algérie en pleine guerre d’après son célèbre roman. Par la suite, on le vit dans le rôle du père dans le Grand Carnaval (4) d’Alexandre Arcady, film racontant une histoire de famille en Algérie après le débarquement des alliés du 8 novembre 1942.  Le film n’est pas un chef d’œuvre, mais la distribution excellente, car les deux acteurs vedettes sont ; Roger Hanin et Philippe Noiret.

    

                                                          Jean-Pierre Bénisti

 

1.Voir : Jean Pélégri, Louis Bénisti   L’Algérie, l’enfance et le beau pays des images, Correspondances, images et textes inédits réunis par Dominique Le Boucher. Marsa éditions, 2008.

2.  Thérèse : https://www.youtube.com/watch?v=JW0p0vTumBc

 

3. Mohamed Dib : Simorgh, Albin Michel, Paris, 2003

 

4. Film Les Oliviers de la justice, film français !1962) de James Blue.

https://www.youtube.com/watch?v=73yIy90s0vo

 

5. Le Grand carnaval,  film d’’Alexandre Arcady, 1983

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=19441454&cfilm=31445.html

 

 

 

Jean Pélégri dans les Oliviers de la justice

Jean Pélégri dans les Oliviers de la justice

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15 octobre 2017 7 15 /10 /octobre /2017 11:30

Présentation

 

Le débarquement allié en Afrique du Nord le 8 novembre 1942, aidé par l’action de la Résistance en Afrique du Nord, représente assurément un tournant majeur de la Seconde Guerre mondiale, avec la bataille de Guadalcanal dans le Pacifique et celle de Stalingrad (qui dure cependant jusqu’en 1943).

Soixante-quinze ans après le déroulement de « l’Opération Torch » en Afrique du Nord, il paraît important de revenir sur cet événement qui reste encore trop peu étudié en France. Il impose en effet de décentrer le regard de l’Europe vers l’Afrique du Nord, et de s’intéresser à des protagonistes dont beaucoup sont anglo-saxons.

Néanmoins, l’espace du débarquement allié se déroule sur un territoire qui est alors français : l’Algérie est un département français, le Maroc et la Tunisie sont des protectorats. De ce fait, la grande majorité des acteurs de cet événement sont français. Les problématiques par rapport à la France métropolitaine sont alors similaires : l’Afrique du Nord est prise en tenaille entre collaboration et vichysme d’un côté, et Résistance de l’autre. « La France de Vichy » étudiée par Robert Paxton a également existé sous la forme de « l’Algérie de Vichy », avec des permanences et des points communs, mais aussi des différences à étudier et à mettre en valeur. Ainsi, le « vichysme colonial » étudié par Jacques Cantier et Eric Jennings ou encore Christine Lévisse-Touzé semble encore faire trop peu l’objet de recherches approfondies, et rester dans les marges d’une histoire pourtant fondamentale. Singularités qui marquent les modes et les formes des résistances en Afrique du Nord, particulièrement les évènements du 8 novembre 1942, ainsi que la diversité et la pluralité de ses acteurs. Si la Résistance et la collaboration ont leurs formes propres sous les colonies, leurs mémoires sont aussi différentes. De la même façon, les clivages sont également internes à la société coloniale dominée. Le contexte est important dans les orientations que va prendre le mouvement national algérien.

Il est ainsi important d’éclairer les événements de la Seconde Guerre mondiale en Afrique du Nord, et en Algérie en particulier, autour du débarquement allié du 8 novembre, afin de mieux en comprendre les enjeux et les conséquences, tant dans les événements ultérieurs (autour de la décolonisation notamment) que dans les mémoires et les représentations socio-culturelles et artistiques.

 

C’est autour de ce programme que des chercheurs français, anglais, américains et algériens se retrouveront à Paris les 12 et 13 novembre 2017 pour éclairer cet évènement majeur de la Seconde Guerre mondiale.

 

Voir Programme :

 

Ministère des Armées

 

http://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/8-novembre-1942

 

 

 

 

 

 

 

Étude de Louis Bénisti pour le logo des Compagnons du 8 novembre 1942

Étude de Louis Bénisti pour le logo des Compagnons du 8 novembre 1942

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5 octobre 2017 4 05 /10 /octobre /2017 16:29

     

 

      Fin juillet 1967, je m’étais rendu au festival d’Avignon, qui prenait cette année une nouvelle forme. Après le théâtre et la danse, le cinéma rentrait dans la Cour d’honneur du Palais des Papes ;

      La Cour d’honneur avait été réaménagée. Vilar avait accepté la proposition de Béjart d’allonger  la pente des gradins de façon à augmenter le nombre des sièges. Les sièges, disposés en gradin en forme de coquille étaient plus confortables que les précédents. Si l’allongement de la pente a permis d’avoir un plus grand nombre de places, il a eu un effet désastreux sur l’acoustique et cela est regrettable. Depuis ce temps, les architectes, qui ont souvent modifié l’agencement des gradins, n’ont pas réussi à retrouver l’acoustique  de la cour des premiers festivals.

  Je suis toujours impressionné quand j’entends les trompettes de Maurice Jarre, annonçant les débuts des représentations et que je pénètre dans cette cour. Je suis aussi en admiration devant l’architecture du Palais des papes et je ne passe pas dans la rue étroite creusée dans le rocher des Doms et qui se trouvent au bas des très hautes tours du palais, sans ressentir toujours une très vive émotion.

    La Cour d’honneur recevait pour la deuxième fois les Ballets du XXème siècle de Béjart. Je n’avais pas encore vu des spectacles de ces Ballets, n’ayant vu Béjart que dans sa première troupe parisienne des ballets de l’Étoile1. Le premier spectacle que j’ai vu, a été un magnifique Roméo et Juliette, dans un style plutôt classique.

La grande nuit de ce festival fut aussi une nuit historique. C’était la première de Messe pour le temps présent de Béjart suivie de la première de la Chinoise de Godard. C’était un soir exceptionnel, il faisait très chaud, nous n’avions pas besoin de couverture.

      La messe de Béjart commençait vers vingt heures au coucher du soleil. Les danseurs étaient en blue jean et pieds nus et rappelaient les jeunes du film West Side Story. Ils commençaient d’abord à danser sur des textes du Cantique des cantiques ou de Zarathoustra de Nietzsche, dits par la jeune Marie-Christine Barrault, Puis ce fut le jerk de Pierre Henry (Psycho rock) qui devint presque le tube de l’été 67 et que l’on entend toujours à la radio, lorsque l’on évoque les années 60. Le spectacle se terminait par une station immobile des danseurs ne saluant pas les spectateurs et qui devraient en principe quitter le plateau après le départ de l’ensemble des spectateurs. En raison de la séance de cinéma suivant le ballet, ils quittèrent la scène, mais il  y a eu, par la suite des spectacles où  les danseurs sont restés une heure face aux spectateurs impassibles.

La projection de la Chinoise suivait le ballet. Le film était attendu. Il était d’une grande actualité en raison d’une part de la révolution culturelle chinoise, d’autre part de l’engagement de certains communistes qui, déçus par un  PCF inféodé à Moscou, s’enthousiasmait pour la philosophie maoïste. Ce film eut aussi  une vision prophétique, car il commençait dans le campus universitaire de Nanterre et préfigurait les évènements de mai 68. Godard, dans ce film, était  ambivalent : il semblait sympathiser avec les étudiants maoïstes, en même temps il en soulignait le caractère peu réaliste et utopique. Il y a un dialogue entre l’étudiante prochinoise et Francis Jeanson, qui, au vu de ses engagements en faveur de la révolution algérienne, émet des réserves sur les chances d’une révolution en France ; cet entretien avec Jeanson fait rétrospectivement lien entre la révolution algérienne et le désir de révolution des jeunes de la génération 68. Une réflexion comparant les villages vacances du Club Méditerranée aux camps d’extermination nazis m’a paru d’un goût douteux. Jean-Luc Godard est friand de ce genre de réflexions.

     Dans ce film, il y avait Juliet Berto, belle actrice aujourd’hui disparue, Semeniako, photographe grenoblois, toujours coiffé d’une casquette, dans le film comme à la ville et que j’ai souvent croisé par la suite dans les rues de Grenoble et Anne Wiazemski, que nous avions vu dans au Hasard Balthazar de Bresson et dont j’avais gardé d’elle le souvenir d’une très belle fille prenant sa douche, aussi belle qu’une baigneuse de Renoir.  Dans les rues d’Avignon, au sortir de la première de la Chinoise, on apercevait Godard avec ses éternelles lunettes noires qui étaient en fait, une stratégie pour regarder sans importuner les personnes qui pourraient avoir l’impression d’être dévisagées. Il était accompagné de Truffaut, et  de Anne W,  ressemblant à une petite fille, coiffée de sa casquette Mao.

      Un soir, je rencontrais un ami amateur de théâtre qui est ressorti furieux de la Messe pour le temps présent, prétendant que Béjart avait plagié sans complexe le Living Théâtre. Je ne connaissais pas le Living, mais rétrospectivement, je me suis rendu compte que Béjart avait fait des emprunts au Living, comme il avait d’ailleurs l’habitude de faire des emprunts à d’autres artistes ;

     L’été passait. Dans les rues, on entendait sans arrêt les dernières chansons des Beatles. : I want to hold your hand et A hard days night et surtout Michèle

J’ai passé le mois de septembre à Alger. Mes parents ont reçu le fils d’un attaché culturel français, qui avait quitté Alger pour l’Afrique subsaharienne. Ce jeune était revenu à Alger pour passer la deuxième session de son baccalauréat. Patrice D. est venu un jour déjeuné chez nous le jour où venait aussi chez nous Charles P. Rapidement, la conversation déboucha sur la Chinoise de Godard et sur la révolution culturelle chinoise. Patrice défendit la politique chinoise en prétendant qu’en Chine, la société idéale verrait le jour dans cent ans. . Charles se mit en colère et lui dit : « Vous déconnez, mon garçon, quand j’avais votre âge, j’admirais l’Union Soviétique et on nous promettait le paradis après le sacrifice d’une génération. Une génération est passée, et ce n’est vraiment pas le paradis, c’est plutôt l’enfer. On vous annonce en Chine, le paradis dans un siècle. Dans cent ans, les Chinois d’aujourd’hui seront tous morts et ils ne pourront pas vérifier le résultat de leurs sacrifices. Ne faites pas avec la Chine, l’erreur que nous avons faites avec l’URSS. » Mes parents étaient navrés d’avoir invité avec un jeune qui avait des idées erronées mais généreuses, une personne qui le contredisait sans nuance.

 

 

                                   Jean-Pierre Bénisti.

 

 

Anne W dans Au hasard Balthazar, de Bresson

Anne W dans Au hasard Balthazar, de Bresson

Le Monde 6 septembre 1967

Le Monde 6 septembre 1967

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7 septembre 2017 4 07 /09 /septembre /2017 08:29
Hommage à Hamid Nacer-Khodja le samedi 16 septembre au Toboggan à Décines (69150)
Hommage du Père Guillaume (Centre Diocésain d'Alger)

Hommage du Père Guillaume (Centre Diocésain d'Alger)

Hamid Nacer-Khodja devant le buste de Saïd de Louis Bénisti en compagnie de Jean-Pierre Bénisti et de Frank Planeille au cours de l'exposition Louis Bénisti à Hyères en novembre 2004

Hamid Nacer-Khodja devant le buste de Saïd de Louis Bénisti en compagnie de Jean-Pierre Bénisti et de Frank Planeille au cours de l'exposition Louis Bénisti à Hyères en novembre 2004

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