Je sais que les guerriers de Sparte
Plantaient pas leurs épées dans l'eau
Que les grognards de Bonaparte
Tiraient pas leur poudre aux moineaux
Leurs faits d'armes sont légendaires
Au garde-à-vous, je les félicite
Mais, mon colon, celle que j'préfère
C'est la guerr' de quatorz'-dix-huit
Georges Brassens.
Aujourd’hui nous célébrons le centenaire de la fin de la Grande guerre. Pourquoi pas ? Cette guerre eût une telle importance qu’elle mérite que l’on s’en souvienne.
Ces célébrations ont tourné au psychodrame et l'on pourrait en écrire une pièce de théâtre qui pourrait avoir pour titre le Pétain respectueux.
Dans mon enfance, je me souviens que les fenêtres des maisons de la ville où j’habitais étaient, ce jour-là, recouvertes de drapeaux et comme l’anniversaire de la naissance de ma mère est le 12 novembre, je pensais que s’il y avait des drapeaux, c’était en l’honneur de ma maman.
Et ceci me ramène à des histoires familiales : la naissance de Solange, ma mère en 1914 avait permis à mon grand-père, père d’un quatrième enfant d’être démobilisé et de ne pas partir aux Dardanelles, où périrent la plupart de ses camarades de régiment.
L’oncle de mon père, que l’on appelait Tonton Jules, fut blessé sur le front et sa blessure fut fêtée car elle lui permit de ne pas être tué. Ce tonton Jules, après sa démobilisation, ne cherchait pas à travailler beaucoup et vivait d’expédients. Il avait un caractère histrionique et faisait quelques poésies sentimentales ou quelques chansonnettes dans l’esprit des opérettes à la mode au début du vingtième siècle. J’ai retrouvé un de ses petits écrits sentimentaux :
En 1915
Émotion ressentie par l’auteur
Il avait fait la Marne, il avait fait l’Yser
Pataugeant dans la boue, il avait, tout l’hiver,
Vécu dans les boyaux. Les balles, les obus,
L’avaient rendu malades. Il avait combattu,
Ne se plaignant jamais, l’âme pleine de rage,
Un puissant ennemi ne rêvant que pillage
Il s’était endurci aux horreurs de la guerre,
Insensible aux grands maux, dont il était témoin,
Piétinant des cadavres maculés de terre,
Il allait, le cœur sec, ne s’émouvant de rien.
En changeant de secteur, un jour, son bataillon
Passa devant une humble et modeste maison
À moitié détruite, et dont les occupants
Étaient partis au loin, en des lieux plus cléments.
Il vit, gisant au sol, et d’un bras amputée,
La chevelure blonde, une pauvre poupée…
Devant cette maison, minuscule pourtant,
Mais qui lui fit penser qu’autrefois une enfant,
Rieuse et sans souci, avait joué par là.
Pour la première fois, notre poilu pleura.
Jules Zermati
Cette guerre dans notre famille était considérée par mon entourage comme une énorme connerie, comme l’avait dit Prévert. Une étincelle à Sarajevo avait mis le feu aux poudres et les soldats dans les tranchées ne pensaient plus beaucoup à l’Archiduc. "Archiduc ! Mon cul " aurait dit Zazie (dans le métro !). Elle eut une très grande répercussion sociale. Un jeune conscrit échappa au casse-pipe, il avait assassiné Jean Jaurès et put être protégé pendant quatre ans en prison, pour ensuite être libéré.
Robert Namia, un ami de mes parents, nous disait : « Nous, enfants nés pendant la guerre 14, nous étions tous des orphelins ou des bâtards. » Et en effet, beaucoup de mères de famille durent élever seules leurs enfants et furent obligées de travailler en dehors de leurs foyers. Vers 1960, dans un restaurant parisien , une vieille dame nous disait : « Je me considère, comme une veuve de guerre Je dis à tout le monde que je suis une veuve de guerre, vous vous rendez compte, lors de la Grande Guerre, il y eut beaucoup de garçons d’un âge proche du mien, qui sont morts et les filles se sont retrouvées en surnombre par rapport aux garçons et comme on dit beaucoup de filles n’ont pas pu trouver chaussures à leurs pieds et sont restées célibataires. Nous sommes comme des veuves de guerre, mais nous n’avons pas eu de pensions et heureusement que nous avons trouvé du travail. »
Je me souviens d’un fait divers ayant défrayé la chronique : un anarchiste parisien vint faire cuire deux œufs au plat sur la flamme du soldat inconnu. La dérision est peut-être une forme d’hommage.
Benjamin Péret rendit hommage aux anciens combattants
Si la Marne se jette dans la Seine
C’est parce que j’ai gagné la Marne
S’il y a du vin en Champagne,
C’est parce que j’y ai pissé
(…)
Je suis un ancien combattant
Regardez comme je suis beau
Le chansonnier Monthéus écrivit une chanson célèbre chantée par Yves Montand : La butte rouge :
Sur cette butte là y'avait pas d'gigolettes
Pas de marlous ni de beaux muscadins.
Ah c'était loin du Moulin d'la Galette,
Et de Paname qu'est le roi des patelins.
C'qu'elle en a bu du bon sang cette terre,
Sang d'ouvriers et sang de paysans,
Car les bandits qui sont cause des guerres
N'en meurent jamais, on n'tue qu'les innocents !
La butte rouge, c'est son nom, l'baptême s'fit un matin
Où tous ceux qui grimpaient roulaient dans le ravin.
Aujourd'hui y'a des vignes, il y pousse du raisin,
Qui boira d'ce vin là, boira l'sang des copains.
Cette chanson a été écrite pour célébrer la bataille de la Somme. On pensait qu’il s’agissait d’un hommage aux Communards de 1871. Il y avait déjà confusion de mémoire
Enfin le plus bel hommage fut rendu par Brassens dans sa célèbre chanson.
Jean-Pierre Bénisti
J
Rentré à Alger, après des vacances en Auvergne, nous nous replongeons dans l’ambiance fiévreuse de veille d’élection. Le référendum approchait. Les gens plaisantant en chantonnant : « Dis-moi oui, dis-moi non, dis- moi si tu m’aimes.» Des caricatures montraient notre chère Marianne déguisée en Brigitte Bardot au corsage largement dégrafé, qui, cet été, faisait la une de tous les journaux, comme pour distraire le peuple et faire en sorte qu’ils ne réfléchissent pas trop aux problèmes politiques. Marianne bardotisée disait : « Pour qui votait-on ? » ou « Pour qui vos tétons ? »
La propagande se faisait dans un seul sens. Aucun journal métropolitain favorable au Non n’arrivait à Alger. Raoul Salan, le nouveau délégué du ministère de l’Algérie, faisait bien son boulot : non seulement il censurait les journaux, mais les murs d’Alger étaient placardés d’affiches avec le mode d’emploi pour voter Oui : « je prends les deux bulletins le blanc avec écrit Oui, le mauve avec écrit Non. Je vais dans l’isoloir, je jette le bulletin mauve, je mets le bulletin blanc dans l’enveloppe. » À se moquer des électeurs de cette façon, certains d’entre eux pouvaient avoir l’intention de mettre dans l’urne ni oui ni non, mais un autre mot un peu plus grossier. Mes parents, pressés de faire avancer la question algérienne étaient résolus à voter oui, non pas par adhésion à la constitution, mais par confiance à De Gaulle, capable selon eux de résoudre le problème algérien. Cependant, je fis part à mes parents des réserves que j’avais sur la constitution, car je commençais à savoir lire les constitutions grâce aux leçons de Monsieur P, mon professeur d’histoire. J’avais remarqué que le président de la République présidant le conseil des ministres ne pouvait pas être renversé et pouvait du coup abuser de son pouvoir personnel. Un collègue nous fournit un jour l’Express, qu’il s’était procuré en feuilles détachées de façon clandestine et l’on a pu apprendre la position de PMF en faveur du Non. Par contre Deferre préconisait le Oui mais pensait qu’après la votation, il serait urgent d’ouvrir les négociations.
Mon père discutait beaucoup. Notre cousin René G, frère de Gilbert l’imprimeur, avait une formation d’historien et venait d’entrer dans l’administration. Il avait rempli des fonctions d’administrateur à Port-Guédon (Asfoun), puis à Palestro (Lakhdaria) et était devenu fonctionnaire au Gouvernement général. Son fils E, enfant à l’époque, devint bien plus tard dans les années 80, un fonctionnaire important . René, qui avait été communiste dans sa jeunesse, était devenu un partisan de l’Algérie française, tout en étant favorable à la promotion des musulmans. Un jour René nous dit qu’après lecture de la constitution, le démocrate qu’il était ne pouvait pas dire oui et qu’il s’apprêtait à voter non.
Jean O, mon professeur de lettres m' avait dit qu’il n’approuvait pas la constitution. Un jour, un ami, Louis M vint nous voir et nous dit : « Je voterai Non et je vais vous faire une confidence : je n’ai pas confiance au Général. » (…)
On eut vent par la radio de la manifestation en faveur du Oui, place de la République et l’on entendit la voix tremblotante de Malraux. : « Souvenez vous du temps où clandestinement vous écoutiez Londres et vous entendiez : Ici, Londres, Honneur et patrie le Général de Gaulle va vous parler… Ici, Paris, Honneur et patrie, le Général de Gaulle va vous parler. » Combien d’auditeurs ont pu être séduits par l’éloquence de l’auteur de la Condition humaine ?
Le dimanche 28 septembre, c’était le jour du vote et pour la première fois, il y avait un seul collège électoral. Mes parents votèrent oui. Moi, je n’avais que quinze ans et je ne votais pas, il fallait avoir 21 ans. C’est seulement Giscard en 1974 qui rabaissa l’âge du vote à dix-huit ans. Au fait, je m’aperçois qu’à seize ans, ce serait suffisant pour voter. L’après-midi de ce dimanche, nous avons été à la Madrague saluer nos amis K. K était un ami de Maks, juif polonais et communiste comme lui, mais il avait accepté de cesser ses activités militantes, pour acquérir la nationalité française. Il signala à mon père les inconvénients de la constitution en s’appuyant sur des articles de journaux, et déplorait que le Président puisse légiférer par ordonnance. Convaincu par les arguments de K, mon père lui avoua qu’il regrettait d’avoir mis un oui dans l’urne.
Le lendemain, nous vîmes arriver à la maison Zohra, qui n’était pas dans son bon jour et qui faisait la gueule. « Alors Zohra, avez-vous été voté ? » demanda mon père. « Oui ! J’ai été, j’ai pris les deux bulletins pour aller dans l’isoloir et voila qu’un parachutiste m’a bousculée, m’a pris le bulletin de couleur blanche et a voté à ma place. J’étais très en colère. Je n’avais pourtant pas l’intention de voter Non, mais je n’accepte pas qu’on vote à ma place. Encore nous sommes des esclaves ! » Mes parents firent part à Zohra de leur indignation devant de telles pratiques vexatoires et malhonnêtes. Mon père rencontra des collègues. Il leurs raconta l’incident et on lui dit qu’il y avait des bureaux de vote où le personnel électoral s’était conduit très lourdement, mais par contre dans beaucoup de bureaux, les électeurs ont pu voter librement, accueillis par un personnel poli. Ils n’empêchent que l’on ne peut pas dire que ce scrutin se soit déroulé normalement. D’ailleurs, notre ami Arthur M nous dit qu’il avait vu dans un bureau de vote le personnel surveiller les bulletins Non utilisés jetés sur le sol dans les isoloirs. S’il y avait trop de Oui balayés, il décidait de forcer les votes. Je ne sais pas quels ont été les commentaires en France sur le déroulement du referendum en Algérie et je suis étonné de voir que des politiciens peu scrupuleux, notamment actuellement dans les pays du tiers-monde, préfèrent avoir 90% de oui en truquant que 60% de façon honnête.
Des tracts étaient distribués en ville, félicitant la victoire du oui et lançant des propos méprisant à l’endroit de Mendès et de Mitterrand. Il n’est peut-être pas nécessaire que le parti vainqueur méprise ses adversaires.
Jean-Pierre Bénisti
L’identité du modèle du célèbre tableau vient d’être révélée. Il s’agirait d’une certaine Constance Quesniaux. Je trouve cette révélation purement anecdotique et n’a rien à voir avec l’esprit du tableau qui représente un corps sans visage et anonyme.
Seule le modèle serait en droit de révéler son identité.
On avait dit aussi que les maja vestida et maja desnuda de Goya auraient comme modèle la duchesse d’Albe. Cela n’a pas d’importance, par rapport à la qualité des œuvres.
Un tableau de Magritte représentant une pipe est intitulé: Ceci n'est pas une pipe. Je propose que le tableau de l'Origine du monde soit sous-titré : Ceci n'est pas Constance Quesniaux.
Jean-Pierre Bénisti
Je me suis déjà exprimé sur l’Origine du monde :
http://www.aurelia-myrtho.com/article-decoupage-115171414.html
http://www.aurelia-myrtho.com/2016/06/a-propos-du-dejeuner-sur-l-herbe.html
http://www.aurelia-myrtho.com/2016/08/coupons-les-cheveux-en-quatre-reprise.html
Au sortir d’une exposition Picasso, un ami peintre me disait : « Picasso, il nous fait chier ! Tout ce que l’on veut faire, il l’a déjà fait. Après lui, on ne peut plus rien faire de nouveau. »
En regardant les images reproduisant des œuvres de jeunesse de Picasso, je m’aperçois que notre ami avait vu juste. Assus et Bénisti ont traité de la même façon des sujets que Picasso avait traités, sans en avoir été influencés.
JPB
Une très belle exposition consacrée à Nicolas de Staël s'est ouverte à Aix en Provence à l'hôtel Caumont. Elle est essentiellement consacrée aux paysages de la Méditerranée, notamment les paysages de Sicile. On ne verra donc pas, bien que ce soit de saison, les célèbres peintures consacrées aux joueurs de foot.
Jean Sénac a rendu un hommage à de Staël dans un poème dédié au peintre Louis Nallard in Les Désordres. (Œuvres poétiques, éditions de Hamid Nacer-Khodja, Actes Sud, Arles, 1999)
Le Monde du 25 juin 2018 rend compte d'une exposition intitulée l'Envol ou le rêve de voler, qui se tient au lieu dit "la Maison rouge près du bassin de l'Arsenal à Paris; (La dernière exposition dans ce lieu avant la fermeture. Un dessin de Yuichi Saito réalise en 2002 y est exposé. Je constate une étrange parenté entre ce dessin et les derniers croquis de coq réalisés par Louis Bénisti à Evian en avril 1995, trois semaines avant sa disparition le 1er mai.
Les deux artistes ne sont pourtant jamais rencontrés
JPB
Dessins de Louis Bénisti
Le 2 avril 2011, j'écrivais sur ce blog un propos sur Brassens. J'évoquais mon professeur de lettres : Jean Oliviéri. En hommage à ce professeur qui vient de nous quitter 11 juin, je republie ce texte ainsi que les commentaires
Aujourd’hui, sur France Culture l’émission de Raphaël Einthoven nous invite à une analyse comparée des fables de La Fontaine et des chansons de Brassens. Idée intéressante mais pas nouvelle. Il y a cinquante ans, mon professeur de lettres, Jean Oliviéri, avait osé à une époque où le Gorille n’était pas audible à la radio, comparer Brassens à Villon.
Mon admiration pour Brassens remonte à très longtemps. Dans les années 50, mon oncle Henri, délaissant son phonographe à manivelle et fier d’avoir acquis un des premiers tourne-disque 33 tours, m’avait initié à ce chanteur en me faisant écouter les Sabots d’Hélène et Putain de toi.
Depuis je ne me suis pas lassé de l’écouter. Je connaissais tellement bien ses chansons que j’arrivais à les repérer à l’audition des premiers accords de guitare. Mon père me disait : « Tes leçons de Brassens, tu les sais bien ! Dommage qu’il n’en soit pas de même dans les autres matières. » Je peux dire que Brassens m’a accompagné pendant toutes mes années d’adolescence que je pourrais appeler mes années Brassens. Bien sûr, il y a des chansons moins bonnes que d’autres comme cette fameuse chanson sur le nombril de la femme d’un agent de police. Plus tard lorsque, médecin, j’ai fait des gardes de médecine générale, alors que j’étais en train d’examiner une patiente qui avait des douleurs abdominales, la patiente me dit que son bonhomme de mari était flic, je pensais au fond de moi, être le plus heureux des hommes, j’avais enfin vu le nombril de la femme d’un agent de police.
Il y a plusieurs Brassens Il y a un Brassens gaillard avec quelques chansons proches de ce que l’on appelle les chansons de corps de garde, ce ne sont pas les meilleures chansons de Brassens mais elles sont amusantes : Quand on est con, on est con. ; Marinette, Le Pornographe.... D’autres chansons nous présentent des êtres humbles que nous voudrions rencontrer : l’Auvergnat, les sabots d’Hélène, le vieux Léon, Jeanne., Pauvre Martin. Quelquefois Brassens flirte avec le surréalisme : Un gorille violant un juge, des mégères serrant des gendarmes entre de gigantesques fesses et cette brave Margot qui donne à téter à un chat , cette même Margot qui donne ce même sein à ces marmots, le sein qui fut un jour tété par son amant.. Au cours du cortège nuptial le vent emporte le chapeau du marié suivi par les enfants de cœur, comme dans un tableau de Chagall. . .Il y a aussi le Brassens précieux : la marche nuptiale, Pénélope, les amours d’antan et le blason , ce merveilleux poème de plusieurs strophes pour ne pas avoir à prononcer « un tout petit vocable de trois lettres et pas plus. » Toutes ses chansons sont intemporelles et se confondent avec les vieilles chansons populaires de tous les temps. Avec des expressions quotidiennes, il arrive à enrichir notre langage : Faire mes quatre voluptés… M’envoyer à la santé me refaire une honnêteté, il n’y a pas de quoi fouetter un cœur…Il y a même quelquefois des illustrations d’idées philosophiques. Ce pauvre Martin qui creuse la terre et creuse le temps résume en une courte chanson, ce que Camus nous a dit dans le mythe de Sisyphe.
À propos de Camus. D’après divers témoignages, il paraîtrait que Camus aimait beaucoup les chansons. Il chantait une chanson qui pourrait être une chanson populaire d’un chansonnier proche d’Aristide Bruant ; En fait il est probable que la chanson ait été composée par Camus
Elle s’appelait misère de ma vie,
Car c’était bien vrai,
Elle n’avait pas chance
Avec ses poumons au trois quarts pourris
C’était une fille de l’Assistance
Pas de chance….
Pas de chance….
Elle était née le jour des morts,
C’est un bien triste sort,
Elle fut séduite à la trinité
C’est une calamité
(Variante)
Elle était née le jour des morts,
C’est un bien triste sort,
Elle est morte à la trinité
C’est la fatalité
Son père s’adonnait à la boisson
Sa mère lâchement avait su (?)
Et elle mourut sans parents,
Elle qui vécut sans enfants.
Mon père me racontait que lorsqu’il fréquentait Camus, les amis avaient l’habitude au cours des réunions festives de pousser la chansonnette et ils chantaient souvent les chansons algéroises d’Edmond Brua.
Roland Simounet raconte un voyage en auto avec Camus entre Alger et Orléansville (Traces écrites, Domens, Pézenas, 1997 p.49)
Ce jour-là il (Camus) propose de chanter sa chanson de son choix, tout le monde allait de son refrain, …
Avec nous nous avions pris une jeune fille fraîche et innocente….
Quand arriva son tour, elle commença quelques couplets du « gorille ». Un, deux, trois quatre. Comme elle avait l’air de bien connaître cette chanson. Camus risqua de lui demander si elle savait la suite ; sans interruption, elle alla jusqu’au bout. Il suffoqua de rire, apparemment il était le seul à connaître cette fin…
Brassens aurait eu beaucoup d’admiration pour Camus et il existerait un exemplaire de la Peste annoté par Brassens.
Jean-Pierre Bénisti
Commentaires :
3/3/11 Serge Dupessey :
Ton admiration pour Brassens me laisse perplexe. Ce fort bon compositeur provoque une dévotion sélective. Tu ne retiens de sa plume que ce qui t'as fasciné et tu occulte l'autre Brasses ,
l'anarco-paitiniste . Céline ou Brasillach sont de grand écrivains: cela n'a jamais empêché qu'ils soient des crapules.
Brassens, bien que le comparaison soit disproportionné,a toujours bénéficié d' un"passeport de blanchiment". Intouchable !!! Relis ies "Deux oncles" ? Il met dans le même sac les collabos et les
résistants, les nazis et les anglo-saxons , Pétain aurait pu faire passer sa chanson avant son discour le lendemain du débarquement. Il a récidivé , d'une manière plus subtil avec "Rome brule-t-il"
.Pourquoi ne pas changer Rome par Paris !
Ma stupéfaction est toujours intacte devant la vénération d'une gauche pour des idoles de pacotille . Jean Cau avait raison ; Brassens , c'est de la merde.
JPB :
Serge Dupessey me fait part de ses réserves au sujet de la pensée politique de Brassens. Je partage ses réserves, Brassens rejoint les anarchistes de droite, cela n'affecte pas son talent et il est
permis d'apprécier une personne qui ne partage pas la totalité de nos idées.
La chanson "les deux oncles" est tout à fait contestable dans son esprit : Brassens qui généralement écrit des chansons intemporelles, cite nommément Pétain, or les noms propres sont très rares
dans ses chansons. On peut admettre
qu'il y a nécessité dans un désir de réconciliation de tourner une page d'histoire, mais on ne peut accepter de renvoyer dos à dos résistants et collabos. De plus les résistants ne sont pas morts
pour des idées mais pour refuser un régime qui construisait des usines à fabriquer des morts.
3/3/11
Bernard Mahazella
Merci pour ce rapprochement Brassens-Camus, cher Jean Pierre. Cela me donne l'occasion de laisser (enfin) un commentaire sur votre blog souvent passionnant. B
11/4/11
Jean Oliviéri
Cher Jean-Pierre,
Une fausse manoeuvre vient de me faire envoyer une réponse....sans réponse.
En fait je voulais vous remercier de citer un professeur de français qui a contribué, semble-t-il, à votre découverte de Brassens. Je suis heureux que depuis, il vous ait accompagné dans les moments heureux ou moins heureux de l'existence. J'en ai fait l'expérience, en ce qui me concerne. Et il m'est arrivé de prescrire à mes amis l'écoute de Brassens, comme le meilleur remède contre la mélancolie, le désarroi, les blessures de la vie. La morale pratique de Brassens, c'est l'autodérision pudique des "Ricochets", qui apaise la souffrance sans la renier : "j'en pleurai pas mal : le flux lacrymal me fit la quinzaine...."
Oui, merci de vous rappeler que je plaçais Brassens aux côtés de Villon. Depuis, je n'ai cessé de "pratiquer" Brassens et plus je le pratiquais, plus mon admiration grandissait pour l'artiste, pour le "moraliste", pour l'homme....
Pour l'artiste, qui est un poète, c'est-à-dire un créateur de formes, dont les trouvailles parsèment les poèmes les plus anodins - il faut les réécouter pour redécouvrir sans cesse des beautés inaperçues....
Pour le moraliste, c'est-à-dire l'anarchiste tolérant ...
Pour l'homme, pudique et sincère, qui sait qu'il doit mourir, mais qui, comme le pauvre Martin, ne "veut pas emmerder les autres avec ça".
J'aime bien mieux cet anarchisme authentique que le dédain vulgaire d'un Cau l'hypocrite mensonge de son patron Sartre, choisissant de se taire sur les crimes staliniens pour "ne pas désespérer Billancourt".
Je dérive donc sur les commentaires de Serge Dupessey et Bernard MAHASELA qui m'ont mis en colère, non pas parce qu'ils touchaient à mon "idole", comme dit l'un d'eux, mais parce que leur aveuglement partisan les rend sourds à Brassens au point qu'ils ne peuvent comprendre notre plaisir à savourer l'oeuvre et notre admiration pour l'homme.
J'ai eu envie de réagir vertement à leurs critiques "politiques", à leur procès d'intention qui rappellent ceux qu'on a fait, qu'on continue à faire à Camus. Comment leur faire comprendre que la pitié pour la belle qui couchait avec le roi de Prusse, n'a rien à voir avec un vive l'Angleterre ou vive l'Allemagne, mais est seulement un "à bas la guerre" et "vive la vie". Comment leur faire sentir la goguenardise qui fait rimer dans les deux oncles, dans une assonance (dissonance) bien approximative "ciel de Verdun" et "maréchal Pétain". C'est ça le pétainisme de Brassens ?
Et puis, je me suis dit : Comment aurait répondu Brassens ?
Et je me suis souvenu d'une anecdote, rapportée par Brassens lui-même. C'était en pleine guerre d'Indochine. A la sortie d'un récital qu'il donnait je ne sais plus où, il est félicité par une spectatrice qui lui demande, petit reproche - "Pourquoi ne faites-vous pas de chanson contre la guerre d'Indochine ? " Et Brassens lui répond : "Madame, parce que ça je ne sais pas le faire. Et puis que dire ? Mort à la guerre. Ce serait vite fait." Et il rajoute (à peu près, je cite de mémoire) "mes engagements, ils sont dans mes chansons. Je prends parti pour les paysans dans "Pauvre Martin", contre la peine de mort dans "Le gorille". Mais il faut les entendre." Et de conclure "Moi, je fais de la propagande clandestine. " Jolie litote et art de vivre. Art tout court. Affirmation délicate de la vraie morale contre la connerie de l'ignorance brutale
Amitié.
Jean