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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 15:39

Vois, comme l’arbre semble au-dessus de nous jouir de la divine ardeur dont il m’abrite : son être en plein désir qui est certainement d’essence féminine, me demande de lui chanter son nom et de donner figure musicale à la brise qui le pénètre et le tourmente doucement.

 

                                                            *

 

Mon âme aujourd’hui se fait arbre.

 

                                                                  *

 

L’Arbre et l’Amour, tous deux, peuvent dans nos esprits se joindre à une idée. L’un et l’autre sont chose qui, d’un germe imperceptible née, grandit et se fortifie, et se déploie et se ramifie ; mais autant elle s’élève vers le ciel (ou vers le bonheur), autant doit-elle descendre dans l’obscure substance de ce que nous sommes sans le savoir.

 

 

 

Paul Valéry

Dialogue de l’arbre

In Eupalinos, l’âme et la danse, dialogue de l’arbre. Paris, Gallimard 1944

Lourmarin 1961 Photo JPB

Lourmarin 1961 Photo JPB

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1 avril 2020 3 01 /04 /avril /2020 14:34
Grenoble Hiver 1968 Photo JPB

Grenoble Hiver 1968 Photo JPB

Les arbres se défont à l'intérieur d'une sphère de brouillard (Poème de Francis Ponge

Francis Ponge :

 Le  parti pris des choses 

Gallimard,Paris 1942

 

 

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 15:53
Paris 1997 Photo JPB

Paris 1997 Photo JPB

Blason des arbres

À Yvonne Zervos


Bouche folle ou sage
Il te faut parler
Bouche ouverte ou close
Il te faut rêver
Plus haut que ton souffle

Paroles paroles pendues
Aux plumes vérités des nids

Entre les branches dessinées
Du mur sans fin de la forêt
Les étoiles des œufs s’amassent
C’est le bouleau la coquille
Et les roues fusées en ailes


De douces devenant subtiles
Les bouches tremblent de savoir
Légère brise sur les îles

Et mille plages c’est l’aune
Ou le tremble sans rupture
La caresse s’éternise
Dans ce globe de verdure
Piétiné par les oiseaux

Il a plus sur les acacias
Poitrines que la fraîcheur mêle
Seins libérés des jours des heures
Tempes marquant un pas fidèle
Grand’route éprouvant son pouvoir

Une autre nuit que notre nuit

La chaleur aveuglante et crue
Sûre de retrouver sa force
Entre les doigts entre les bras
Entre les membres du platane

C’est le cyprès sur les tombeaux
Et pour tout dire il faut mentir
Les mots les morts découronnés
Plongent leur ombre dans son ombre
Sans sortir d’un sommeil de pierre

Vite comblez-moi cette ornière
Car une autre ornière vous guette
Le plus bel astre perd racine
La nuit vous moulera la tête
L’if en flammes n’allume rien

Le sapin aux lèvres dures
Le pin qui sait bien se taire
Le noyer à son ouvrage
Le tilleul à son parfum
Comme un sourd à son silence


L’arbre en cercle des voyages
L’arbre des sentiers communs
L’arbre d’émail roux et blanc
L’arbre aux lianes bouillonnantes
L’arbre des maisons en ruines

Le hêtre aux paniers troués
Le frêne aux épaules calmes
L’orme redoutable aux hommes
Le prisme du peuplier
Et le saule au bout d’un fil

L’orage honnête s’épuise
À contredire l’espace
Qu’ils se chargent de combler
L’aune envoûte la rivière
Le charme adoucit le chêne


Le chêne adoucit l’amour
Ses os orientent ses veines
Le miel dort dans sa fourrure
Et la houle de la mousse
Recouvre ses vieilles graines

L’océan tout est préservé
C’est la cloche le chêne sonne

Le vent fait battre son cœur
Chaque vague chaque feuille
Change voit clair et rayonne

Les ailes ont quitté le corps
De la forêt l’arbre s’envole

Il règne de la terre au ciel
Il s’éclaircit il prend des force
s
Il chante et peuple le désert

Un plus tendre bois
Un miroir plus vert
Une seule voix
Reflètent l’azur
Sous toutes ses faces.


Paul Éluard, Le Livre ouvert II,

Éditions Gallimard, Paris 1942

 

Poème publié en 1941 dans la revue Fontaine n°15, septembre 1941
 

 

 

Fiésole Aout 1963 Photo JPB

Fiésole Aout 1963 Photo JPB

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31 mars 2020 2 31 /03 /mars /2020 15:42
Aux Arbres (Poème d'Yves Bonnefoy)

Yves Bonnefoy 

Du mouvement et de l'immobilité de Douve

Mercure de France Paris 1953

repris dans Poèsie Gallimard.

Paris, juillet 1961 Photo JPB

Paris, juillet 1961 Photo JPB

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 14:00
In Georges-Emmanuel CLANCIER Vrai visage. Paris, éd.Seghers 1952, Robert Laffont,1965 Poètes d'aujourd'hui.90

In Georges-Emmanuel CLANCIER Vrai visage. Paris, éd.Seghers 1952, Robert Laffont,1965 Poètes d'aujourd'hui.90

Cassis 1959

Cassis 1959

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30 mars 2020 1 30 /03 /mars /2020 13:51
Vivre comme un arbre (Bachelard)

In Gaston BACHELARD

La terre et les réveries du repos

José Corti, Paris 1948

Cagnes Les Collettes 1965

Cagnes Les Collettes 1965

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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 15:40
Arbres abolis (Poème de Blas de Otero)

Blas de Otero (1916-1979)

Je demande la paix et la parole.

Traduction Claude Couffon. Éditions François Maspero Paris 1963

Madrid avril 1980 Phto JPB

Madrid avril 1980 Phto JPB

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29 mars 2020 7 29 /03 /mars /2020 15:04
Cagnes Les Colettes  1964 Photo JPB

Cagnes Les Colettes 1964 Photo JPB

Arbres, mes frères et mes sœurs,
Nous sommes de même famille,
L’étrangeté se pousse en nous
Jusqu’aux veinules, aux ramilles,
Et nous comble de bout en bout

 

Jules Suoervielle

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27 mars 2020 5 27 /03 /mars /2020 16:43

Roi militant

Poème de Jean Sénac

Poème de Jean Sénac

In 

Poèmes

Avant-propos de René Char

 

Éditions Gallimard. Collection ESPOIR dirigée par Albert Camus. Paris, 1954

Arbre parisien Paris 1961 (PhotoJPB

Arbre parisien Paris 1961 (PhotoJPB

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26 mars 2020 4 26 /03 /mars /2020 09:57

« Quand j’habitais Alger, je patientais toujours dans l’hiver parce que je savais qu’en une nuit, une seule nuit froide et pure de février, les amandiers de la vallée des Consuls se couvriraient de fleurs blanches. Je m’émerveillais de voir ensuite cette neige fragile résister à toutes les pluies et au vent de la mer »

Albert Camus Les Amandiers in l’Été

 

Pour décrire les fleurs d’amandier

 

Pour décrire les fleurs d’amandier, l’encyclopédie
des fleurs et le dictionnaire
ne me sont d’aucune aide…
Les mots m’emporteront
vers les ficelles de la rhétorique
et la rhétorique blesse le sens
puis flatte sa blessure,
comme le mâle dictant à la femelle ses sentiments.
Comment les fleurs d’amandier
resplendiraient-elles
dans ma langue, moi l’écho ?
Transparentes comme un rire aquatique,
elles perlent de la pudeur de la rosée
sur les branches…
Légères, telle une phrase blanche mélodieuse…
Fragiles, telle une pensée fugace
ouverte sur nos doigts
et que nous consignons pour rien…
Denses, tel un vers
que les lettres ne peuvent transcrire.
Pour décrire les fleurs d’amandier,
j’ai besoin de visites
à l’inconscient qui me guident aux noms
d’un sentiment suspendu aux arbres.
Comment s’appellent-elles ?
Quel est le nom de cette chose
dans la poétique du rien ?
Pour ressentir la légèreté des mots,
j’ai besoin de traverser la pesanteur et les mots
lorsqu’ils deviennent ombre murmurante,
que je deviens eux et que, transparents blancs,
ils deviennent moi.
Ni patrie ni exil que les mots,
mais la passion du blanc
pour la description des fleurs d’amandier.
Ni neige ni coton. Qui sont-elles donc
dans leur dédain des choses et des noms ?
Si quelqu’un parvenait
à une brève description des fleurs d’amandier,
la brume se rétracterait des collines
et un peuple dirait à l’unisson :
Les voici,
les paroles de notre hymne national !

 

Mahmoud Darvitch (traduction Elias Sambar ) in Comme des fleurs d’amandier ou plus loin, Actes Sud, Arles 2007.

 

 

L’amandier

 

J’avais l’plus bel amandier
Du quartier,
Et, pour la bouche gourmande
Des filles du monde entier,
J’ faisais pousser des amandes :
Le beau, le joli métier !


Un écureuil en jupon,
Dans un bond,
Vint me dir’ : “Je suis gourmande
Et mes lèvres sentent bon,
Et, si tu m’donn’s une amande,
J’te donne un baiser fripon !


- Grimpe aussi haut que tu veux,
Que tu peux,
Et tu croqu’s, et tu picores,
Puis tu grignot’s, et puis tu
Redescends plus vite encore
Me donner le baiser dû !”


Quand la belle eut tout rongé,
Tout mangé...

« Je te paierai, me dit-elle,
A pleine bouche quand les
Nigauds seront pourvus d’ailes
Et que tu sauras voler !


“Mont’ m’embrasser si tu veux,
Si tu peux...
Mais dis-toi que, si tu tombes,
J’n’aurai pas la larme à l’oeil,
Dis-toi que, si tu succombes,
Je n’porterai pas le deuil !”


Les avait, bien entendu,
Toutes mordues,
Tout’s grignoté’s, mes amandes,
Ma récolte était perdue,
Mais sa joli’ bouch’ gourmande
En baisers m’a tout rendu !


Et la fête dura tant
Qu’le beau temps...
Mais vint l’automne, et la foudre,
Et la pluie, et les autans
Ont changé mon arbre en poudre...
Et mon amour en mêm’ temps !

 

Georges Brassens

Branche d'amandier par Van Gogh

Branche d'amandier par Van Gogh

Amandiers

 

 

Te faire surgir

de  la provenance du bond

de l'effraction perdue du jaillir

La th te tiens

Dans les décombres du porche

fraîcheur de sève, poignée d'écume-

neige odorante dans la nuit du regard.

 

 

Lorand Gaspar : Patmos et autres poèmes. Gallimard, 2001

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