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21 septembre 2018 5 21 /09 /septembre /2018 14:19

               Au sortir d’une exposition Picasso, un ami peintre me disait : « Picasso, il nous fait chier ! Tout ce que l’on veut faire, il l’a déjà fait. Après lui, on ne peut plus rien faire de nouveau. »

     En regardant les images reproduisant des œuvres de jeunesse de Picasso, je m’aperçois que notre ami avait vu juste. Assus et Bénisti ont traité de la même façon des sujets que Picasso avait traités, sans en avoir été influencés.

 

                                                                   JPB

Le mendiant juif de Picasso et le Juif marocain d'Armand Assus
Le mendiant juif de Picasso et le Juif marocain d'Armand Assus

Le mendiant juif de Picasso et le Juif marocain d'Armand Assus

La vida de Picasso et Couple (sanguine) de Louis Bénisti
La vida de Picasso et Couple (sanguine) de Louis Bénisti

La vida de Picasso et Couple (sanguine) de Louis Bénisti

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2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 08:29

Je suis  souvent devant cette petite mosquée d'Alger, sans me douter qu'elle a été un haut-lieu de la peinture en Algérie.

                                JPB

Pierre-Auguste Renoir

Pierre-Auguste Renoir

Hacène Benaboura

Hacène Benaboura

Natalie Miel

Natalie Miel

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18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 07:55

Une très belle exposition consacrée à Nicolas de Staël s'est ouverte à Aix en Provence à l'hôtel Caumont. Elle est essentiellement consacrée aux paysages de la Méditerranée, notamment les paysages de Sicile. On ne verra donc pas, bien que ce soit de saison,  les célèbres peintures consacrées aux joueurs de foot.

Jean Sénac a rendu un hommage à de Staël dans un poème dédié au peintre Louis Nallard in Les Désordres. (Œuvres poétiques, éditions de Hamid Nacer-Khodja, Actes Sud, Arles, 1999)

 

 

 

 

 

Jean Sénac : Les désordres, 1955

Jean Sénac : Les désordres, 1955

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5 juillet 2018 4 05 /07 /juillet /2018 15:55
Vrai visage. Edition Seghers 1953

Vrai visage. Edition Seghers 1953

Puyvert (Vaucluse) 1962.Photo JPB

Puyvert (Vaucluse) 1962.Photo JPB

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26 juin 2018 2 26 /06 /juin /2018 09:03

Le Monde du 25 juin 2018 rend compte d'une exposition intitulée l'Envol ou le rêve de voler, qui se tient au lieu dit "la Maison rouge près du bassin de l'Arsenal à Paris; (La dernière exposition dans ce lieu avant la fermeture. Un dessin de Yuichi Saito  réalise en 2002 y est exposé. Je constate une étrange parenté entre ce dessin et les derniers croquis de coq réalisés par Louis Bénisti à Evian en avril 1995, trois semaines avant sa disparition le 1er mai.

Les deux artistes ne sont pourtant  jamais rencontrés 

                                                                 JPB

 

Dessin de Yuichi Saito

Dessin de Yuichi Saito

Dessins de Louis Bénisti
Dessins de Louis Bénisti

Dessins de Louis Bénisti

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13 juin 2018 3 13 /06 /juin /2018 13:07

Le  2 avril 2011, j'écrivais sur ce blog  un propos sur Brassens. J'évoquais mon professeur de lettres : Jean Oliviéri. En hommage à ce professeur qui vient de nous quitter 11 juin, je republie ce texte ainsi que les commentaires

 

Aujourd’hui, sur France Culture l’émission de Raphaël Einthoven nous invite à une analyse comparée des fables de La Fontaine et des chansons de Brassens. Idée intéressante mais pas nouvelle. Il y a cinquante ans, mon professeur de lettres, Jean Oliviéri, avait osé à une époque où le Gorille n’était pas audible à la radio, comparer Brassens à Villon.

Mon admiration pour Brassens remonte à très longtemps. Dans les années 50, mon oncle Henri, délaissant son phonographe à manivelle et fier d’avoir acquis un des premiers tourne-disque 33 tours,  m’avait initié à ce chanteur en me faisant écouter les Sabots d’Hélène et Putain de toi.

Depuis je ne me suis pas lassé de l’écouter. Je connaissais tellement bien ses chansons que j’arrivais à les repérer  à l’audition des premiers accords de guitare. Mon père me disait : « Tes leçons de Brassens, tu les sais bien ! Dommage qu’il n’en soit pas de même dans les autres matières. » Je peux dire que  Brassens m’a accompagné pendant toutes mes années d’adolescence que je pourrais appeler mes années Brassens. Bien sûr, il y a des chansons moins bonnes que d’autres comme cette fameuse chanson sur le nombril de la femme d’un agent de police. Plus tard lorsque, médecin, j’ai fait des gardes de médecine générale, alors que j’étais en train d’examiner une patiente qui avait des douleurs abdominales, la patiente me dit que son bonhomme de mari était flic, je pensais au fond de moi, être le plus heureux des hommes, j’avais enfin vu le nombril de la femme d’un agent de police.

 

Il y a plusieurs Brassens Il y a un Brassens gaillard avec quelques chansons proches de ce que l’on appelle les chansons de corps de garde, ce ne sont pas les meilleures chansons de Brassens mais elles sont amusantes : Quand on est con, on est con. ; Marinette, Le Pornographe.... D’autres chansons nous présentent des êtres humbles que nous voudrions rencontrer : l’Auvergnat, les sabots d’Hélène, le vieux Léon, Jeanne., Pauvre Martin. Quelquefois Brassens flirte avec le surréalisme : Un gorille violant un juge, des mégères serrant des gendarmes entre de gigantesques fesses et cette brave Margot qui donne à téter à un chat , cette même Margot qui donne ce même sein à ces marmots, le sein qui fut un jour tété par son amant.. Au cours du cortège nuptial le vent emporte le chapeau du marié suivi par les enfants de cœur, comme dans un tableau de Chagall. . .Il y a aussi  le Brassens précieux : la marche nuptiale, Pénélope, les amours d’antan et le blason , ce merveilleux poème de plusieurs strophes pour ne pas avoir à prononcer « un tout petit vocable de trois lettres et pas plus. » Toutes ses chansons sont intemporelles et  se confondent avec les vieilles chansons populaires de tous les temps. Avec des expressions quotidiennes, il arrive à enrichir notre langage : Faire mes quatre voluptés… M’envoyer à la santé me refaire une honnêteté, il n’y a pas de quoi fouetter un cœur…Il y a même quelquefois des illustrations d’idées philosophiques. Ce pauvre Martin  qui creuse la terre et creuse le temps résume en une courte chanson, ce que Camus nous a dit dans le mythe de Sisyphe.

 

À propos de Camus. D’après divers témoignages, il paraîtrait que Camus aimait beaucoup les chansons. Il chantait une chanson qui pourrait être une chanson populaire d’un chansonnier proche d’Aristide Bruant ; En fait il est probable que la chanson ait été composée par Camus

 

Elle s’appelait misère de ma vie,

Car c’était bien vrai,

Elle n’avait pas chance

Avec ses poumons au trois quarts pourris

C’était une fille de l’Assistance

Pas de  chance….

Pas de  chance….

 

Elle était née le jour des morts,

C’est un bien triste sort,

Elle fut séduite à la trinité

C’est une calamité

 

(Variante)

Elle était née le jour des morts,

C’est un bien triste sort,

Elle est morte à la trinité

C’est la fatalité

 

Son père s’adonnait à la boisson

Sa mère lâchement avait su (?)

Et elle mourut sans parents,

Elle qui vécut sans enfants.

 

Mon père me racontait que lorsqu’il fréquentait Camus, les amis  avaient l’habitude au cours des réunions festives de pousser la chansonnette et ils chantaient souvent les chansons algéroises  d’Edmond Brua.

Roland Simounet raconte un voyage en auto avec Camus entre Alger et Orléansville            (Traces écrites,    Domens, Pézenas, 1997 p.49)

  Ce jour-là il (Camus) propose de chanter  sa chanson de son choix, tout le monde allait de son refrain, …

Avec nous nous avions pris une jeune fille fraîche et innocente….

Quand arriva son tour, elle commença quelques couplets du « gorille ». Un, deux, trois quatre. Comme elle avait l’air de bien connaître cette chanson. Camus risqua de lui demander si elle savait la suite ; sans interruption, elle alla jusqu’au bout. Il suffoqua de rire, apparemment il était le seul à connaître cette fin…

Brassens aurait eu beaucoup d’admiration pour Camus et il existerait un exemplaire de la Peste annoté par Brassens.

 

Jean-Pierre Bénisti

 

Commentaires : 

3/3/11 Serge Dupessey :

 Ton admiration pour Brassens me laisse perplexe. Ce fort bon compositeur provoque une dévotion sélective. Tu ne retiens de sa plume que ce qui t'as fasciné et tu occulte l'autre Brasses ,
l'anarco-paitiniste . Céline ou Brasillach sont de grand écrivains: cela n'a jamais empêché qu'ils soient des crapules.
Brassens, bien que le comparaison soit disproportionné,a toujours bénéficié d' un"passeport de blanchiment". Intouchable !!! Relis ies "Deux oncles" ? Il met dans le même sac les collabos et les
résistants, les nazis et les anglo-saxons , Pétain aurait pu faire passer sa chanson avant son discour le lendemain du débarquement. Il a récidivé , d'une manière plus subtil avec "Rome brule-t-il"
.Pourquoi ne pas changer Rome par Paris !
Ma stupéfaction est toujours intacte devant la vénération d'une gauche pour des idoles de pacotille . Jean Cau avait raison ; Brassens , c'est de la merde.

 

JPB :

Serge Dupessey me fait part de ses réserves au sujet de la pensée politique de Brassens. Je partage ses réserves, Brassens rejoint les anarchistes de droite, cela n'affecte pas son talent et il est
permis d'apprécier une personne qui ne partage pas la totalité de nos idées.
La chanson "les deux oncles" est tout à fait contestable dans son esprit : Brassens qui généralement écrit des chansons intemporelles, cite nommément Pétain, or les noms propres sont très rares
dans ses chansons. On peut admettre
qu'il y a nécessité dans un désir de réconciliation de tourner une page d'histoire, mais on ne peut accepter de renvoyer dos à dos résistants et collabos. De plus les résistants ne sont pas morts
pour des idées mais pour refuser un régime qui construisait des usines à fabriquer des morts.

 3/3/11
Bernard Mahazella

Merci pour ce rapprochement Brassens-Camus, cher Jean Pierre. Cela me donne l'occasion de laisser (enfin) un commentaire sur votre blog souvent passionnant. B

 

11/4/11

Jean Oliviéri

Cher Jean-Pierre, 

 

Une fausse manoeuvre vient de me faire envoyer une réponse....sans réponse.

En fait je voulais vous remercier de citer un professeur de français qui a contribué, semble-t-il, à votre découverte de Brassens. Je suis heureux que depuis, il vous ait accompagné dans les moments heureux ou moins heureux de l'existence. J'en ai fait l'expérience, en ce qui me concerne. Et il m'est arrivé de prescrire à mes amis l'écoute de Brassens, comme le meilleur remède contre la mélancolie, le désarroi, les blessures de la vie. La morale pratique de Brassens, c'est l'autodérision pudique des "Ricochets", qui apaise la souffrance sans la renier : "j'en pleurai pas mal : le flux lacrymal me fit la quinzaine...."

 

Oui, merci de vous rappeler que je plaçais Brassens aux côtés de Villon. Depuis, je n'ai cessé de "pratiquer" Brassens et plus je le pratiquais, plus mon admiration grandissait pour l'artiste, pour le "moraliste", pour l'homme....

Pour l'artiste, qui est un poète, c'est-à-dire un créateur de formes, dont les trouvailles parsèment les poèmes les plus anodins - il faut les réécouter pour redécouvrir sans cesse des beautés inaperçues....

Pour le moraliste, c'est-à-dire l'anarchiste tolérant ...

Pour l'homme, pudique et sincère, qui sait qu'il doit mourir, mais qui, comme le pauvre Martin, ne "veut pas emmerder les autres avec ça".

 

J'aime bien mieux cet anarchisme authentique que le dédain vulgaire d'un Cau l'hypocrite mensonge de son patron Sartre, choisissant de se taire sur les crimes staliniens pour "ne pas désespérer Billancourt".

 

Je dérive donc sur les commentaires de Serge Dupessey et Bernard MAHASELA qui m'ont mis en colère, non pas parce qu'ils touchaient à mon "idole", comme dit l'un d'eux, mais parce que leur aveuglement partisan les rend sourds à Brassens au point qu'ils ne peuvent comprendre notre  plaisir à savourer l'oeuvre et notre admiration pour l'homme.

 

 

J'ai eu envie de réagir vertement à leurs critiques "politiques", à leur procès d'intention qui rappellent ceux qu'on a fait, qu'on continue à faire à Camus. Comment leur faire comprendre que la pitié pour la belle qui couchait avec le roi de Prusse, n'a rien à voir avec un vive l'Angleterre ou vive l'Allemagne, mais est seulement un "à bas la guerre" et "vive la vie". Comment leur faire sentir la goguenardise qui fait rimer dans les deux oncles, dans une assonance (dissonance) bien approximative "ciel de Verdun" et "maréchal Pétain". C'est ça le pétainisme de Brassens ?

 

Et puis, je me suis dit : Comment aurait répondu Brassens ?

Et je me suis souvenu d'une anecdote, rapportée par Brassens lui-même. C'était en pleine guerre d'Indochine. A la sortie d'un récital qu'il donnait je ne sais plus où, il est félicité par une spectatrice qui lui demande, petit reproche - "Pourquoi ne faites-vous pas de chanson contre la guerre d'Indochine ? " Et Brassens lui répond : "Madame, parce que ça je ne sais pas le faire. Et puis que dire ? Mort à la guerre. Ce serait vite fait." Et il rajoute (à peu près, je cite de mémoire) "mes engagements,  ils sont dans mes chansons. Je prends parti pour les paysans dans "Pauvre Martin", contre la peine de mort dans "Le gorille". Mais il faut les entendre." Et de conclure "Moi, je fais de la propagande clandestine. " Jolie litote et art de vivre. Art tout court. Affirmation délicate de la vraie morale contre la connerie de l'ignorance brutale

 

Amitié.

 

Jean

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22 mai 2018 2 22 /05 /mai /2018 17:35

Phillipe Lançon, journaliste de libération, blessé en janvier 2015, lors de l'attentat de Charlie Hebdo vient de publier un livre remarquable sur cet évènement : Le Lambeau éditions Gallimard. Il avait publié un article sur l'Algérie intitulé Alger la Franche, où il évoquait : Alger, Camus et Tipasa :

 

    L’Algérie fait peur aux touristes, certains directeurs étaient corrompus. Le petit-déjeuner reste épouvantable, mais la salle à manger, avec ses hauteurs staliniennes et sa vue sur le port, fait passer le goût du café. Il arrive que des cafards grimpent le long des grands rideaux orange. On leur sourit en écoutant de la musique classique. Les 150 chambres, qui communiquent entre elles pour faire éventuellement appartements, ne sont pas toujours propres, mais leur style et leurs balcons Art déco font passer outre. Le personnel est aimable. Les prix, raisonnables. Les clients oublient de fermer la double porte des deux ascenseurs sublimes, le personnel grimpe et descend les escaliers pour les refermer. L’Aletti est une splendeur de l’Art déco et l’un des lieux les plus fascinants d’Alger.

 

François Hollande côtoie Roger Hanin

 

L’actuel directeur, Sami Djilali, né à Bougie en 1956, est en place depuis 2003. C’est un grand homme apparemment austère, réservé. Il fait visiter nonchalamment le passé de l’hôtel : son ancien casino, avec un perchoir pour les inspecteurs de jeux, et l’escalier majestueux qui ouvrait sur la mer, aujourd’hui fermé. Un gigantesque Poséidon de 1950, peint et ciselé sur un miroir vieilli, domine la salle de jeu. Un saint Georges terrassant le dragon protège le bar Art déco, très cosy dans ses tons bruns, et qui donne également sur la mer. Un couloir ouvre sur l’ancienne discothèque et, au-dessus, l’ex-restaurant Chantecler. Rien n’a encore été rénové. L’Aletti est suspendu à son passé comme un lustre au plafond écaillé.

Le second palace colonial, l’hôtel Saint-Georges, dit El-Djazaïr, est situé sur les hauteurs de la ville. Il a été restauré dans son style néomauresque. Sur les murs du bar, en noir et blanc, des photos des clients populaires, pêle-mêle, algériens et français. François Hollande côtoie Roger Hanin, juste sous Luis Fernandez. Plus loin, on remarque Charles Aznavour, Samy Naceri, Jean-Pierre Foucault, PPDA, Jean-Claude Brialy, Bertrand Delanoë, Alexandre Arcady, Smaïn, Béatrice Dalle et Gad Elmaleh. Les grands écrivains sont à l’entrée, dans les courants d’air. Ils sont tous morts.

La librairie des Beaux-Arts, située dans le centre, est l’une des plus anciennes d’Alger. Elle est minuscule, sur deux étages unis par un vieil escalier de bois. On dit que Camus venait s’installer sur les marches pour corriger ses articles. Elle a été fondée par Pierrette Lazerges, qui créera plus tard, à Aix-en-Provence, la librairie Vents du Sud. Elle laisse les Beaux-Arts après l’indépendance au catalan Joaquim Grau, que tout le monde appelait Vincent. Des islamistes le descendent sur le pas de la porte le 21 février 1994

Un texte, avec sa photo, rappelle sa vie et les circonstances de sa mort. C’était une forte personnalité, qui prêtait les livres et écoutait du jazz. Depuis, la librairie a été régulièrement menacée de fermeture par les hausses de loyer. En avril, il était de nouveau question qu’elle disparaisse. Malika Sadeg, la Kabyle volubile qui s’en occupe et qui aime Alphonse Daudet, fermait la porte à clé pour éviter que la propriétaire des murs ne vienne faire un scandale, «c’est une folle et c’est son habitude.»Elle pleure légèrement quand elle parle de la mort de Vincent et du destin de la librairie, puis elle rit parce que la vie continuera.

Comme partout ailleurs, on ne trouve pas ici les livres de l’un des plus grands auteurs algériens de langue française, le défunt Kateb Yacine. Le Seuil, son éditeur méfiant, refuse de vendre les droits. C’est un effet pervers de la décolonisation et c’est un peu comme si l’on ne trouvait pas en France les Misérables ou Voyage au bout de la nuit.Que vend Malika ? «Beigbeder, celui-là, c’est la folie. Il y a aussi la Belge, Nothomb. D’Ormesson est très demandé. Attali, c’est pas ma tasse de thé, mais on me le demande. Et Michel Onfray est venu ici. Il est allé voir la maison de Camus.»Les livres du «géopolitologue» Pascal Boniface sont là comme ailleurs, luisant dans le vide éditorial ambiant, mais elle fait la grimace et dit qu’ils ne se vendent pas. Quant à Camus, «c’est la coqueluche, il est algérien quand même !» Sur le mur d’en face, à côté d’une photo où il apparaît en compagnie de Jules Roy et d’Edmond Charlot, il y a une citation de l’Eté«En ce qui concerne l’Algérie, j’ai toujours eu peur d’appuyer sur cette corde intérieure qui lui correspond en moi et dont je connais le chant aveugle et grave.»

 

         Dans l’Eté,il y aussi un texte de 1952, intitulé «Retour à Tipasa». Camus aimait ce site archéologique, situé à 69 kilomètres à l’ouest d’Alger. Une nouvelle autoroute y conduit, longeant la mer et traversant les cités construites par ces invisibles fourmis qui fascinent les Algériens et que sont les Chinois. Tipasa, ou Tipaza, est un petit port à côté duquel se trouvent des ruines romaines et chrétiennes datant du IIe siècle après J.-C.

      Camus a écrit deux fois sur ces lieux. Le premier texte, «Noces à Tipasa», date de 1937 ; le second est «Retour à Tipasa». Entre les deux, la jeunesse est partie et la guerre a passé. Une stèle a été faite, un an après la mort de l’écrivain, par son ami le sculpteur Louis Bénisti. Elle se trouve sur la colline ouest du site, isolée, face à la mer. C’est un bloc rectangulaire pas très haut, d’une pierre dure et ocre. On y a gravé : «Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. Albert Camus.»Ces mots sont tirés de «Noces à Tipasa». L’écriture est à peine lisible. Elle disparaît dans le crépi de la pierre, comme les ruines dans le paysage, comme la France dans les traces qu’elle a laissées.

        Les jeunes Algériens viennent ici flirter, rêver, se baigner, comme au temps de Camus. Un groupe d’étudiantes aux cheveux couverts est venu étudier et dessiner les ruines sur du papier quadrillé. La plupart ne connaissent pas l’écrivain. Au printemps 1958, Camus retourne une dernière fois à Tipasa. Dans ses Carnets,il écrit :«Je mourrai et ce lieu continuera de distribuer plénitude et beauté. Rien d’amer à cette idée. Mais au contraire sentiment de reconnaissance et de vénération.»Et, dans Retour à Tipasa«Oui, il y a la beauté et il y a les humiliés. Quelles que soient les difficultés de l’entreprise, je voudrais n’être jamais infidèle ni à l’une ni aux autres.»

 

Philippe Lançon

 

Voir :

 

Alger la franche: 

http://www.liberation.fr/planete/2012/07/06/alger-la-franche_831690

 

Camus, l'homme bien révolté :

http://next.liberation.fr/culture/2009/11/21/camus-l-homme-bien-revolte_594884

 

Camus, cet étrange ami :

http://next.liberation.fr/culture/2010/01/02/camus-cet-etrange-ami_602169

 

Stèle gravée par Louis Bénisti (Photo JPB 1961)

Stèle gravée par Louis Bénisti (Photo JPB 1961)

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3 mai 2018 4 03 /05 /mai /2018 17:15

Dans son interview à la NRF, Emmanuel Macron cite 
Léo Ferré : " Ces cons dits modernes, comme dirait Léo Ferré, finissent par s'épuiser eux-mêmes."
Léo eut été très heureux d'être un jour cité par un président de la République.

 

https://youtu.be/CDlB3VJz35E?t=7

 

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2 mai 2018 3 02 /05 /mai /2018 07:09

1er mai 1913 : Naissance de Max-Pol Fouchet à Saint Vaast la Hougue
1er mai 1995 : Disparition de Louis Bénisti à Evian



 

Baigneuses du Léman Dessin de Louis Bénisti 1983

Baigneuses du Léman Dessin de Louis Bénisti 1983

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1 mai 2018 2 01 /05 /mai /2018 08:06

 

Le muguet

 

 

Un bouquet de muguet,

Deux bouquets de muguet,

Au guet !Au guet !

Mes amis, il s'en souviendrait,

Chaque printemps au premier Mai.

Trois bouquets de muguet,

Gai ! Gai !

Au premier Mai,

Franc bouquet de muguet.

 

Robert DESNOS

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