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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 16:08

 

 

Il vient de paraître aux éditions Actes Sud un récit écrit par un certain Claro qui a pour titre « La maison indigène »

   Ce texte évoque une villa bâtie par son grand-père, l’architecte Léon Claro. Elle avait été bâtie à la demande du Gouvernement Général de l’Algérie pour montrer une maison reprenant les caractéristiques architecturales des maisons arabes  à l’occasion du centenaire de la conquête de l’Algérie, célébrée avec arrogance en 1930. Cette villa  dite « maison du Centenaire « »a été décrite par Camus  dans un texte de jeunesse intitulé « La maison mauresque »  Ce texte ne sera publié qu’après la mort de Camus dans le Cahier Albert Camus n°2 : à la suite del’étude de Paul Viallaneix. Le premier Camus. Gallimard, Paris, 1973)  Des biographes de Camus  comme Roger Grenier ont situé cette maison  au Jardin d’essai à Belcourt, en fait cette maison mauresque est bien la maison dessinée et bâtie par Léon Claro située en haut de la Casbah. Louis Bénisti, mon père  l’avait signalé  à Roger Grenier. Maisonseul  avait aussi reconnu la maison (cf.  Texte relatif à Roland Simounet  Djenan el Hassan, texte dédié à Léon Claro in Roland Simounet  Monographie Le Moniteur, 1956 p. 19)

L’erreur avait été reprise dans le fameux dictionnaire Camus de Jeanyves Guérin (Robert Laffont, coll ;Bouquins 2010) .  À la suite de cette erreur, j’ai écrit  à la demande de mon ami Hamid Nacer-Khodja  (1953-2016) un petit billet d’humeur dans une revue algérienne L’Ivresq en 2013, que j’avais intitulé : Errare humanum est , perseverare diabolicum (Voir fac-Similé) 

 

Le livre de Claro répare  définitivement cette erreur et nous donne une idée de tout ce monde intellectuel de l’Alger de 1930 à 1970. 

     Je regrette cependant le découpage de la photographie de Jean Sénac et Jean de Maisonseul issue d’une photographie prise à Alger devant la Galerie le Nombre d’or en 1953. Il aurait mieux valu que cette photo fût publiée dans son intégralité.

Je regrette aussi le peu de place laissé au peintre Émile Claro (1897-1977),  frère de Léon Claro, un des meilleurs  peintres d’Alger, qui exposait chez Comte-Tinchant , la galerie dirigée par Edmond Charlot, avec Assus, Bénisti, Galliero er beaucoup d’autres. 

 

                                                                      Jean-Pierre Bénisti 

 

Voir :

http://www.aurelia-myrtho.com/article-errare-humanum-est-perseverrare-diabolicum-96344179.html

 

Jean-Pierre Bénisti  Camus et  les architectes d’Alger in Présence d’Albert Camus n°6, juin 2014

 

Edmond Brua : Léon Claro. La revue algérienne, n°6, avril, mai 1939 

Photographie extraite de Visages d'Algérie de Jean Sénac, écrits sur l'art publié par Hamid- Nacer-Khodja. éditions Paris-Méditerranée , 2002

Photographie extraite de Visages d'Algérie de Jean Sénac, écrits sur l'art publié par Hamid- Nacer-Khodja. éditions Paris-Méditerranée , 2002

Maison indigène p.49

Maison indigène p.49

Au  sujet de la maison indigène de  Claro
Au  sujet de la maison indigène de  Claro
Au  sujet de la maison indigène de  Claro

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20 mai 2020 3 20 /05 /mai /2020 09:39

 

Je me souviens de Michel Piccoli

 

Hier 17 mai 2020, un journal signalait que le poète Jules Supervielle nous avait quitté il y a soixante ans.  Si le soixantième anniversaire de la mort de Camus en janvier 1960 a été célébré, celui du grand poète semble bien ignoré. Il est victime d’une « oublieuse mémoire » selon ses propres termes.

J’ai un disque 33 tours où Michel Bouquet dit des poèmes de Supervielle. N’ayant de lecteurs de disque vinyle, j’ai essayé de retrouver Michel Bouquet sur Internet, comme j’avais réussi à trouver Laurent Terzief disant René Char ou Olivier Hussenot lisant Robert Desnos. Je n’ai pu retrouver ce disque mais en me promenant sur la toile, je remarquais que Michel Bouquet est l’un des derniers grands  acteurs  encore vivants de théâtre ayant joué chez Camus et chez Vilar. Je pense  alors qu’il y a encore un autre acteur présent il s’agit de Michel Piccoli. 

Je ne suis donc pas étonné d’apprendre la disparition de cet artiste qui nous a tellement accompagné au théâtre ou au cinéma que nous pouvons le considérer comme une personne de notre famille.

 

Je me suis aperçu que je connais ce monsieur depuis fort longtemps. Lorsque j’étais enfant, mes parents avaient des amis polonais et communistes dont une fille Clara venait d’épouser Louis Daquin, un cinéaste aujourd’hui oublié. Ces amis fiers de leur gendre, nous avaient invité à une séance de cinéma organisée par le Parti Communiste où l’on avait  projeté un magnifique film consacré à la condition des mineurs du Nord. : Il s’agissait du Point du jour. Le premier rôle de cinéma de Piccoli est dans ce film. Il est bien évident que je ne l’avais pas remarqué.

 

Je savais l’existence de cet acteur sans pour autant l’avoir remarqué. Ce n’est que en 1966, au cours du festival d’Avignon, je feuilletais un ouvrage sur le poète André de Richaud qui était orné d’une photo du poète en compagnie de Piccoli. Je l’avais déjà vu dans le Mépris de Godard, mais j’avoue que si le film m’a intéressé, le rôle de Piccoli avec son éternel chapeau ne m’a pas impressionné. Je l’ai par contre apprécié dans Belle de Jour, ce chef d’œuvre de Buñuel avec Catherine Deneuve, puis il est devenu Monsieur Dame dans les Demoiselles de Rochefort  et depuis il ne nous a plus quitté. Je pense aux films de Sautet comme Vincent, François, Paul et les autres ou de Demy comme une Chambre en Ville. J’ai une certaine affection pour le Saut dans le vide de Mario Bellochio avec Anouk Aimée, autre grande actrice,  Milou en mai et surtout la Belle Noiseuse, avec la magnifique Emmanuelle Béart, film qui traite du dialogue difficile entre peintre et modèle. Il est doublé par le peintre Bernard Dufour, ou peut-être c’est lui-même qui double le peintre, dont on ne perçoit que la main d’une texture différente de celle de l’acteur ;

J’ai eu aussi l’occasion de le voir au théâtre, à Grenoble dans le Misanthrope, mise en scène par Bluwal et une merveilleuse Cerisaie mise en scène par Peter Brook dans le vieux théâtre des Bouffes du Nord, le Conte d’hiver de Shakespeare, mise en scène par Luc Bondy au TNP de Villeurbanne. Dans ce même théâtre, que je fréquente depuis longtemps, j’ai assisté  d’une part à la représentation de John Gabriel Borkman de Ibsen et plus récemment en 2009 de Minetti  de Thomas Bernard. Dans ces deux dernières pièces, Piccoli excelle dans de longs dialogues silencieux, comme d’ailleurs dans son rôle de peintre dans la Belle Noiseuse.

Alain Delon ressasse souvent une idée déjà exprimée par Louis Jouvet sur la différence entre l’acteur qui habite un personnage et le comédien qui est habité par le personnage. Si Delon est acteur, Belmondo comédien. Piccoli me semble être les deux à la fois. 

 

Commencé à Capri avec le mépris, sa carrière cinématographique s'achève toujours en Italie avec Habemus papam

 

Salut l’artiste !

 

 

 

Jean-Pierre Bénisti

 

 

La Belle Noiseuse

La Belle Noiseuse

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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 16:53

Le Platane 

 

  Tu borderas toujours notre avenue française pour ta simple membrure et ce tronc clair, qui se départit   sèchement de la platitude des écorces,   

 Pour la trémulation virile de tes feuilles en haute lutte   au ciel à mains plates plus larges d'autant que tu fus tronqué,  

  Pour ces pompons aussi, ô de très vieille race, que tu   prépares à bout de branches pour le rapt du vent   

 Tels qu'ils peuvent tomber sur la route poudreuse   ou les tuiles d'une maison….. Tranquille à ton devoir   tu ne t'en émeus point : 

   Tu ne peux les guider mais en émets assez pour qu'un   seul succédant vaille au fier Languedoc    

    A perpétuité l'ombrage du platane. 

 

Francis Ponge : Pièces . Gallimard

 

 

Le Platane Dessin de Jean-Pierre Blanche in Les Alentours Kopilote éditions 30 980 Langlade

Le Platane Dessin de Jean-Pierre Blanche in Les Alentours Kopilote éditions 30 980 Langlade

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14 mai 2020 4 14 /05 /mai /2020 16:40

L'arbre 

 

L'arbre 

de ma rue 

tout gris 

tout nu 

tremble 

dans le vent 

  

il attend 

ses habits 

menus 

verdoyants 

bien luisants 

  

il attend 

les feuilles 

du printemps 

  

  

Anne-Marie Chapouton

Paris 1977 PhotoJPB

Paris 1977 PhotoJPB

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13 mai 2020 3 13 /05 /mai /2020 15:45

           

 

               

 

 

                 Après le rude hiver de 1956, on vit apparaître le squelette des oliviers. Jusque-là ils avaient été grecs de la belle époque ; brusquement, ils s'étaient dépaysés, ils avaient voyagé dans le temps et dans l'espace jusqu'à la brutalité et la sauvagerie des totems ; ils couvraient désormais les collines de diagrammes rituels. Ce que les poètes avaient fait du chevalier, de la dame du moine, du roi, du pape, de l'empereur du Moyen Âge dans les danses macabres, le gel l'avait fait avec les arbres, et surtout avec les arbres éternels, sur lesquels les saisons passaient sans marquer. Du jour au lendemain, après des nuits de moins trente, leur sort fut réglé ; après quelques semaines, ils apparurent dans leur véritable identité. Sur l'emplacement du verger donneur d'huile avec lequel on avait jusqu'ici l'habitude de vivre en bonne compagnie (c'est-à-dire en hypocrisie naturelle), apparut une atroce simplification avec laquelle désormais il n'était plus possible de ruser, et qui ne pouvait plus servir à aucun mensonge. Comme le pape enfin dépouillé de ses turpitudes, réduit à une cage d'os où seul le vent peut siffler, comme le chevalier bouilli dans le dernier combat jusqu'à n'être plus qu'osselets, comme la femme devenue simple agencement de leviers très mathématiques, les squelettes d'arbres nous contraignaient à l'enquête toujours retardée sur la réalité et sur l'aspect du monde. Brusquement, à l'époque du plus flamboyant progrès, il nous était demandé de rejoindre une plus haute pensée. Tout ce qui nous paraissait merveilleusement esprit froid, méthodique, automatique, logique, technique, il nous était commandé de le penser à nouveau avec un esprit vraiment froid, méthodique, automatique, logique, technique, dépouillé de tout le romantisme de la science moderne, repris par la magistrale précision du poète du fantastique.

     Les paysages qui, jusqu'alors avaient été naturels devenaient magiques, et leur transformation faisait comprendre l'extraordinaire complication du naturel. Certains vallons de délices virgiliens étaient devenus les places d'armes de l'enfer. Dépouillées de tout un apparat d'espérances, les collines dressaient le théâtre d'un « après la mort » où l'on entrait tremblant de peur et de curiosité. On entendait une voix bien plus moderne que celle des temps modernes, le cliquetis des petites machines à calculer sonnait faux, c'est-à-dire composait une architecture sur l'erreur, une symphonie sur le désaccord, tout aussi équilibrée l'architecture, tout aussi spirituelle la symphonie, que celles dont le monde avait été construit jusqu'à présent, et les grandes machines à calculer commencèrent à ronronner comme des tigres, c'est-à-dire avec un manifeste instinct de conservation. Alors qu'au Moyen-Âge la danse macabre était la fin de toute vanité, les huit cent mille squelettes des oliviers de Provence morts de gel installaient une vanité nouvelle à partir de laquelle le monde pouvait se reconstruire à reculons. Un décharnement qui laissait l'esprit nu, libre et léger, et, comme dans les anciennes danses macabres, on voyait le squelette du pape, de l'empereur, du chevalier ou de la dame esquisser un pas de polka, et même « jeter la jambe en l'air », ici c'était l'esprit qui se dévergondait, changeait de morale, faisait des découvertes dans l'espace (comme il y a une géométrie dans l'espace).

      Que les anciens mythes de Pan étaient reposants à côté de cette réalité si objective, si concrète, de ce mystère si clair, de ces tombeaux qui ne laissaient plus échapper les os des jugements, mais les nudités d'une sorte de super french-cancan, plein d'humour puisqu'il préludait à des recommencements sans fin, et toujours pour des fins dérisoires.

      De là dans la construction de ces « corps morts » le concours de toute la géométrie plane, aussi sèche que dans l'âme de Monsieur Euclide, mais combien émouvante, car, au simple souvenir du feuillage gris, grec de la belle époque, qu'elle avait si longtemps porté, nous comprenions enfin qu'elle était la charpente de notre joie avant d'être (comme il se doit, et comme on sait) la charpente de l'univers.

 

                                                             19 décembre 1958

 

Jean Giono  Provence  Gallimard, 1995

Lourmarin août 1961 © Jean-Pierre Bénisti

Lourmarin août 1961 © Jean-Pierre Bénisti

Les oliviers de Lourmarin Peinture de Louis Bénisti (huile sur bois 65x50).

Les oliviers de Lourmarin Peinture de Louis Bénisti (huile sur bois 65x50).

L’hiver de 1956 semble avoir tué ces oliviers, mais de leurs souches sont apparues des pousses, et  ces surgeons sont devenus des rejetons aussi robustes que leurs aïeux.(note de Louis Bénisti)

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12 mai 2020 2 12 /05 /mai /2020 17:57

 

Ce chêne centenaire 

a pris racine 

en ma rêverie 

  

sans fin 

je me glisse 

dans ses racines 

me hisse 

dans son tronc 

ses branches 

  

notre continuelle 

croissance 

  

notre lente 

élévation 

 

  

Charles Juliet

Dessin de Jean-Pierre Blanche in Les Alentours Kopilote éditions 30 980 Langlade

Dessin de Jean-Pierre Blanche in Les Alentours Kopilote éditions 30 980 Langlade

Chêne
Chêne
Chêne

Federico Garcia Lorca :  Livres de Poèmes traduction André Bélamich. Éditions Gallimard

                            

                                                               Le Grand Chêne

 

 

 

Il vivait en dehors des chemins forestiers, 
Ce n'était nullement un arbre de métier, 
Il n'avait jamais vu l'ombre d'un bûcheron, 
Ce grand chêne fier sur son tronc. 

Il eût connu des jours filés d'or et de soie 
Sans ses proches voisins, les pires gens qui soient; 
Des roseaux mal pensant, pas même des bambous, 
S'amusant à le mettre à bout. 

Du matin jusqu'au soir ces petit rejetons, 
Tout juste cann' à pêch', à peine mirlitons, 
Lui tournant tout autour chantaient, in extenso, 
L'histoire du chêne et du roseau. 

Et, bien qu'il fût en bois, les chênes, c'est courant, 
La fable ne le laissait pas indifférent. 
Il advint que lassé d'être en butte aux lazzi, 
Il se résolue à l'exil. 

A grand-peine il sortit ses grands pieds de son trou 
Et partit sans se retourner ni peu ni prou. 
Mais, moi qui l'ai connu, je sais qu'il souffrit 
De quitter l'ingrate patrie 

A l'oré' des forêts, le chêne ténébreux 
A lié connaissance avec deux amoureux. 
"Grand chêne, laisse-nous sur toi graver nos noms... 
Le grand chêne n'a pas dit non. 

Quand ils eur'nt épuisé leur grand sac de baisers, 
Quand, de tant s'embrasser, leurs becs furent usés, 
Ils ouïrent alors, en retenant des pleurs, 
Le chêne contant ses malheurs. 

"Grand chên', viens chez nous, tu trouveras la paix, 
Nos roseaux savent vivre et n'ont aucun toupet, 
Tu feras dans nos murs un aimable séjour, 
Arrosé quatre fois par jour. " 

Cela dit, tous les trois se mirent en chemin, 
Chaque amoureux tenant une racine en main. 
Comme il semblait content ! Comme il semblait heureux 
Le chêne entre ses amoureux. 

Au pied de leur chaumière ils le firent planter. 
Ce fut alors qu'il commença de déchanter 
Car, en fait d'arrosage, il n'eut rien que la plui', 
Des chiens levant la part' sur lui. 

On a pris tous ses glands pour nourrir les cochons, 
Avec sa belle écorce on a fait des bouchons, 
Chaque fois qu'un arrêt de mort était rendu, 
C'est lui qui héritait du pendu. 

Puis ces mauvaises gens, vandales accomplis, 
Le coupèrent en quatre et s'en firent un lit. 
Et l'horrible mégère ayant des tas d'amants, 
Il vieillit prématurément. 

Un triste jour, enfin, ce couple sans aveu 
Le passa par la hache et le mit dans le feu. 
Comme du bois de caisse, amère destinée 
Il périt dans la cheminée. 

Le curé de chez nous, petit saint besogneux, 
Doute que sa fumé' s'élève jusqu'à Dieu. 
Qu'est-c'qu'il en sait, le bougre, et qui donc lui a dit 
Qu'y a pas de chêne en paradis ? (bis) 

 

 

 

     Georges Brassens

 

 

 

https://youtu.be/4lmtkCaxCXo

 

 

Lacoste  juillet 1984 Photo JPB

Lacoste juillet 1984 Photo JPB

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11 mai 2020 1 11 /05 /mai /2020 18:04

 

Vieux peuplier,

Vieux peuplier,

Tu es tombé

Dans le miroir

De l'eau dormante,

Courbant ton front

Devant le couchant.

Ce n'est pas le rauque ouragan

Qui brisa ton tronc,

Ni la lourde hache

Du bûcheron

Qui sait que tu dois

Renaître.

 

C'est ton esprit puissant

Qui a réclamé la mort

Lorsqu'il s'est vu sans nid, délaissé

Par les jeunes peupliers du pré.

 

 

 

Chopo muerto

 

¡Chopo viejo!
Has caído
en el espejo
del remanso dormido,
abatiendo tu frente
ante el Poniente.
No fue el vendaval ronco
el que rompió tu tronco,
ni fue el hachazo grave
del leñador, que sabe
has de volver
a nacer.

 

Fue tu espíritu fuerte
el que llamó a la muerte,
al hallarte sin nidos, olvidado
de los chopos infantes del prado.

Fue que estabas sediento
de pensamiento,
y tu enorme cabeza centenaria,
solitaria,

 

Federico García Lorca

 

Peupliers de Cézanne

Peupliers de Cézanne

Un tremble

c'est le nom

du peuplier blanc, luisance furtive.

 

Éclairs des feuilles

 

leur vie scintille

 

instant après instant

elles chuchotent

que nous avons aussi des moments miroitants

minuscules, étincelantes traces de nous sur le monde.

 

 

Marie-Claire Bancquart  Violente vie  Le Castor Astral, 2012

Lyon mars 2020

Lyon mars 2020

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10 mai 2020 7 10 /05 /mai /2020 15:41

 

 

Il était une feuille avec ses lignes 

 

 

Il était une feuille avec ses lignes — 

Ligne de vie

Ligne de chance

Ligne de cœur — 

Il était une branche au bout de la feuille — 

Ligne fourchue signe de vie

Signe de chance

Signe de cœur —

Il était un arbre au bout de la branche — 

Un arbre digne de vie

Digne de chance  

Digne de cœur —

Cœur gravé, percé, transpercé

Un arbre que nul jamais ne vit.

Il était des racines au bout de l'arbre — 

Racines vignes de vie

Vignes de chance

Vignes de cœur —

Au bout des racines il était la terre

La terre tout court

La terre toute ronde

La terre toute seule au travers du ciel

La terre.

 

 

 

 

Robert Desnos Fortunes Gallimard, 1969

 

 

©

Lourmarin août 1966.© Jean-Pierre Bénisti

Lourmarin août 1966.© Jean-Pierre Bénisti

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9 mai 2020 6 09 /05 /mai /2020 15:05

 

Les arbres sont noirs dans le ciel gris

Comme de vieux bois-morts

Des oiseaux mous volant sous un cri 

Ont tourné vers le nord

 

Ouverte et blanche comme deux mains

Une fleur écumeuse

S’élève et la brume du matin

Noie sa chair moelleuse

 

Et dans les pluies les dures écorces

Suivent la pluie d’hiver

Les sombres oiseaux, criant à force,

Blessent le ciel désert

 

Blanche Balain : La sève des jours. Coll Méditerranéennes. Éditions Charlot. Alger 1938

 

Tipasa Mai 2011 ©Jean-Pierre Bénisti

Tipasa Mai 2011 ©Jean-Pierre Bénisti

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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 18:17
Eva Jospin : Panorama    Paris, Cour Carrée du Louvre Avril 2016 Photo JPB

Eva Jospin : Panorama Paris, Cour Carrée du Louvre Avril 2016 Photo JPB

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