Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
19 décembre 2021 7 19 /12 /décembre /2021 16:05

En 1948, eurent lieu dans les environs d’Alger à Sidi-Madani des  rencontres d’écrivains et d’artistes originaires de France et d’Algérie. Ces rencontres avaient été organisées par Charles Aguesse, inspecteur des Mouvements de jeunesse et d'éducation populaire en Algérie, assisté de Christiane Faure, Inspectrice Départementale de ce, même service, sœur ainée de Francine Camus.

Ces rencontres furent d’une importance capitale. Elles réunirent d’éminentes personnalités du monde des arts et des lettres de France et d’Algérie, comme les écrivains Francis Ponge, Jean Cayrol, Louis Guilloux, Mohamed Dib, Emmanuel Roblès, Jean Sénac, les artistes Marcel Damboise, Simon Mondzain, Jean de Maisonseul, Louis Bénisti, Sauveur Galliero et le musicien El Boudali Safir.

(Note de Jean-Pierre Bénisti)

Différents articles ont été publiés sur ces rencontres : le premier est celui du Père Jean Dejeux:

Le deuxième est celui de Jean-Claude Xuereb publié dans le Bulletin de la SEC, avec les souvenirs de Mohamed Dib sur ces journées de Sidi Madani.

Article de Jean-Claude Xuereb dans le bulletin de la Société des études cambriennes de janvier 2001

Document d'archives de Charles Aguesse communiqué par Hamid Nacer-Khodja (1953-2016)

Le journal de Charles Aguesse, préfacé par Guy Basset, doit paraître prochainement à  Alger  aux éditions El Kalima dans la collecton PIM (Petits inédits maghrébinsOuvrage disponible auprès de l'association ASPAME, 250 rue Paul Valéry - 34400 Lunel.au prix de 16€, port inclus.

Le journal de Charles Aguesse, préfacé par Guy Basset, doit paraître prochainement à Alger aux éditions El Kalima dans la collecton PIM (Petits inédits maghrébinsOuvrage disponible auprès de l'association ASPAME, 250 rue Paul Valéry - 34400 Lunel.au prix de 16€, port inclus.

Louis Bénisti avec Albert Camus - Louis Bénisti avec Mohamed Dib - Albert Camus, Mohamed Dib et Emmanuel Roblès- Louis Guilloux et Albert Camus- Louis Parrot (1906-1948) auteur d'études dans la collection Poètes d'aujourd'hui  de Pierre Seghers sur Paul Eluard, Federico Garcia Lorca et Blaise Cendrars;
Louis Bénisti avec Albert Camus - Louis Bénisti avec Mohamed Dib - Albert Camus, Mohamed Dib et Emmanuel Roblès- Louis Guilloux et Albert Camus- Louis Parrot (1906-1948) auteur d'études dans la collection Poètes d'aujourd'hui  de Pierre Seghers sur Paul Eluard, Federico Garcia Lorca et Blaise Cendrars;
Louis Bénisti avec Albert Camus - Louis Bénisti avec Mohamed Dib - Albert Camus, Mohamed Dib et Emmanuel Roblès- Louis Guilloux et Albert Camus- Louis Parrot (1906-1948) auteur d'études dans la collection Poètes d'aujourd'hui  de Pierre Seghers sur Paul Eluard, Federico Garcia Lorca et Blaise Cendrars;
Louis Bénisti avec Albert Camus - Louis Bénisti avec Mohamed Dib - Albert Camus, Mohamed Dib et Emmanuel Roblès- Louis Guilloux et Albert Camus- Louis Parrot (1906-1948) auteur d'études dans la collection Poètes d'aujourd'hui  de Pierre Seghers sur Paul Eluard, Federico Garcia Lorca et Blaise Cendrars;
Louis Bénisti avec Albert Camus - Louis Bénisti avec Mohamed Dib - Albert Camus, Mohamed Dib et Emmanuel Roblès- Louis Guilloux et Albert Camus- Louis Parrot (1906-1948) auteur d'études dans la collection Poètes d'aujourd'hui  de Pierre Seghers sur Paul Eluard, Federico Garcia Lorca et Blaise Cendrars;

Louis Bénisti avec Albert Camus - Louis Bénisti avec Mohamed Dib - Albert Camus, Mohamed Dib et Emmanuel Roblès- Louis Guilloux et Albert Camus- Louis Parrot (1906-1948) auteur d'études dans la collection Poètes d'aujourd'hui de Pierre Seghers sur Paul Eluard, Federico Garcia Lorca et Blaise Cendrars;

Partager cet article
Repost0
19 décembre 2021 7 19 /12 /décembre /2021 15:53

 

Ce texte de Pierre Bourlier relatif à l’École Volta était disponible en ligne. Il a disparu. Il est donc important de le mettre à la disposition du public. J’ai cité ce texte dans un article que j’ai écrit sur les architectes amis de Camus dans la Revue Présence, d’Albert Camus, n°6, 2014.

Il faut rappeler que lorsque la villa de la famille Jouyne-Bourlier, occupée par Jean de Maisonseul, devait être démolie. Jean de Maisonseul transforma la villa en atelier. Il invita ses amis Louis Bénisti, sculpteur et René-Jean Clot, peintre à travailler dans cette villa en attendant sa démolition. C’est ainsi que René-Jean Clot fit une série de gravures illustrant les Histoires Saintes de Max-Pol Fouchet et que Bénisti fit les bustes de René-Jean Clot, Louis Miquel, Jean de Maisonseul et André Acquart.

Pierre -André Emery demanda à Marie Viton, celle qui faisait les décors de théâtre de la troupe de Camus de faire les fresques du hall de l’école.

Cette école eut des instituteurs et des élèves prestigieux comme Jacques et Bernard Attali, Jean-Pierre Castellani,  Daniel Mesguish ou Michel Wilson.

Dans un ouvrage collectif : À l'école en Algérie, des années 1930 à l'Indépendance, ouvrage dirigé par Martine Mathieu-Job, aux éditions Bleu Autour, en 2018, Daniel Mesguish et Jean-Pierre Castellani, lui-même fils d'un instituteur de l'École Volta, relatent leurs souvenirs.

 

             (Note de Jean-Pierre Bénisti)

 

 

HISTOIRE DE L’ECOLE VOLTA

 

Propos recueillis par Pierre ALTAIRAC et Françoise BOURLIER, son épouse

auprès de leur oncle Pierre BOURLIER né en 1912, ancien architecte à Alger.

 

 

A l’époque où les frères Barberousse gouvernaient la Régence d’Alger, au sud de la ville, sur le rivage de la baie, à un kilomètre environ dans les terres, au-delà des propriétés de l’Agha s’ouvrait un chemin turc, dénommé Sidi Brahim. Il était composé d’une chaussée en pas d’âne, ombragé d’oliviers. Son trajet escaladait les collines en direction d’El Biar. A mi parcours, sur sa rive sud, il longeait un petit plateau rocheux, saillant fortement sur la pente moyenne de la colline.

En 1830, après la reddition d’Alger à l’armée française, les militaires entreprirent sans tarder la réalisation de routes carrossables afin de faciliter la desserte et la défense du territoire. L’une de ces routes partait du faubourg Bab Azoun, cheminait en pente douce au flanc des collines en direction du sud-ouest, et croisait le chemin Sidi Brahim, juste avant de longer sur sa rive nord le plateau déjà évoqué. Elle poursuivait son trajet vers Mustapha Supérieur.

A partir de 1831, débarquèrent dans le port barbaresque les civils nécessaires à l’entretien des troupes, suivis d’immigrants de toutes classes sociales et de métiers les plus divers. Parmi eux, débarqua un jour un certain Monsieur Saulière. La tradition orale le dit entrepreneur de travaux publics et originaire de Lyon. Nous ignorons sa date exacte d’arrivée et l’importance de ses travaux, mais c’était déjà un homme fortuné lorsqu’il décida de construire sa Villa vers 1845-1850.

Dans ce but, il acheta le fameux plateau rocheux, soit à cause de sa double desserte routière, soit en raison de son exposition aux vents d’est, si rafraîchissants durant l’été, enfin peut être fut-il tout simplement séduit par la vue magnifique sur la Casbah, la baie, le Cap Matifou, le Bou Zegza et le Djurdjura. La parcelle formait un triangle bâtard d’environ un hectare bordé au nord-est par le chemin Sidi Brahim et au sud-est par la route de Mustapha Supérieur, plus tard devenue rue Michelet.

Le programme général de la Villa, fixé par le propriétaire, prévoyait deux bâtiments situés dans la zone supérieure du plateau : la maison de maître et les locaux de service. Le reste du terrain constituait un parc très accidenté du coté de la rue Michelet. Les plans d’ensemble de la Villa, des bâtiments et du jardin furent certainement dressés par le personnel de l’entreprise Saulière. Aucun de ces documents n’a subsisté.

  •         La maison de maître.

Elle fut implantée au centre d’une parcelle d’environ 5000m², bordée à l’ouest par une propriété voisine et vers le nord par le chemin Sidi Brahim. Le terrain était peu pentu et fut aplani. La maison occupa une surface d’environ 360 m². Les derniers propriétaires ont pu reconstituer son plan à partir de leurs souvenirs. Le rez-de-chaussée surélevé d’un mètre environ comportait : un portique d’accès, le hall d’entré, le salon, la salle à manger, et la cuisine. Cet ensemble entourait l’escalier aboutissant à l’étage au milieu d’une grande cour couverte, équipée d’une lanterne d’éclairage et de ventilation, sur laquelle ouvraient toutes les chambres ; elles prenaient jour sur le jardin mais pouvaient aussi être ventilées sur la cour durant l’été. Cet agencement original fut peut-être inspiré par l’architecture locale ou les atriums romains. Il ne subsiste aucune photographie du bâtiment permettant de connaître le style des façades. Toutefois un croquis d’amateur datant de 1930 permet de savoir que Monsieur Sauliere avait opté pour le style néo-classique, déjà utilisé à Alger pour la reconstruction des rues Bab Azoun et Bab El Oued.

  •         Le bâtiment de service.

Il était séparé de la Villa de maître et bordait le chemin Sidi Brahim sur une quarantaine de mètres à partir de la limite ouest. Il comportait : les logements du personnel, le fenil, l’écurie, le garage à voitures, l’atelier, et la buanderie. Ce bâtiment, conçu avec un étage sur rez-de-chaussée, était d’une architecture très simple : murs de façade sans décoration et toiture à deux pentes couvertes en tuiles canal. Certains appartements de l’étage, bâtis en retrait, disposaient d’une terrasse.

  •         Le jardin.

Son plan d’aménagement fut conditionné par l’obligation d’aménager sur le terrain Saulière un accès aux véhicules lourds montant de la rue Michelet à la plate-forme du futur chantier. Le chemin Sidi Brahim, muletier par destination, n’était pas utilisable. L’entreprise construisit donc une véritable route au tracé fort sinueux en raison de l’important dénivelé. A la fin du chantier, cette route devint l’allée principale du jardin. Sur cette parcelle, d’environ 3000 m² autour des bâtiments, furent ensuite plantés de nombreux arbres exotiques, peut-être fournis par le ‘Jardin d’essais’. On pouvait dénombrer des ficus, des yuccas, des cyprès, des bellombras et des faux-poivriers. Deux oliviers plusieurs fois centenaires furent conservés en place.

Après son achèvement et en raison de son site et de la qualité des bâtiments, la Villa du Plateau Sauliere devint le point de mire d’un vaste quartier, qui prit le nom même de Plateau Saulière, nom attribué plus tard au 6éme arrondissement d’Alger. A la même époque la portion du chemin Sidi Brahim allant du carrefour Michelet au Telemly prit le nom de chemin de la Solidarité.

A la fin du XIXe siècle, la ville s’étant rapidement développée la municipalité se trouva dans l’obligation d’organiser un vaste programme de transports en commun couvrant toute l’agglomération d’Alger. Il en résulta la création d’une ligne de tramways électriques allant de l’hôpital du Dey à Mustapha Supérieur en passant par les rues Bab El Oued, Bab Azoun, Isly et Michelet. Sa réalisation fut confiée à la Société des Transports Algérois (T.A.). Le terminus de la première tranche des travaux se situa rue Michelet à hauteur de la Villa Saulière. Ce fut la cause du morcellement de cette propriété. En effet, les T.A. acquirent deux grandes parcelles du jardin pour y installer leur dépôt de matériel. La fameuse Villa se trouva réduite aux deux bâtiments d’habitation entourés d’un jardin de 1800 m², heureusement encore orné des nombreux arbres.

Elle passa ensuite de main en main et fut en particulier habitée par la famille Dalaise puis par le Docteur Bullinger, bien connu des vieux algérois. Mise en vente en 1918, elle fut rachetée par le Docteur Charles Bourlier -père de Pierre Bourlier-.

En 1928 la Ville d’Alger recherchait dans le 6éme arrondissement un terrain en vue d’y construire une école. Elle jeta son dévolu sur l’ex-Villa Saulière. Des pourparlers s’engagèrent et le contrat d’acquisition fut signé, avec une clause spéciale qui permettait au vendeur de rester dans les lieux jusqu'à la mise en chantier. Le Docteur Bourlier ne déménagea qu’au printemps 1932.

L’administration désigna P.A. Emery (ancien élève de Le Corbusier) comme architecte de la future école. Puis lors de l’élaboration du projet, Jean de Maisonseul (connu par la suite comme peintre et vieil ami d’Albert Camus) dessina les plans du bâtiment. L’emprise au sol du futur bâtiment imposa l’abattage de tous les arbres.  Monsieur Emery obtint de son client l’autorisation de maintenir dans la cour un ficus planté 87 ans plus tôt. Avec l’âge, il avait pris des proportions majestueuses et de ses branches surplombant la rue Volta avaient poussé des radicelles descendant jusqu’à la chaussée de la rue Volta. Cependant le chantier lui imposa quand même un élagage important.

Après la fin des travaux, elle fut inaugurée sous le nom d’Ecole Volta et fonctionna sous ce nom au moins jusqu’à l’Indépendance de l’Algérie. Depuis, elle doit poursuivre ses activités scolaires mais très vraisemblablement sous un nom différent ?(1)

Chacun de nous aimerait savoir si le vieux ficus, témoin des temps révolus, orne encore la cour de récréation !

 

Paris, mars 2001.

 

 

 

 

 

Vor/ Jean-Pierre Bénisti : Albert Camus et les architectes d’Alger Revue Présence, d’Albert Camus, n°6, 2014.

e

 

https://www.aurelia-myrtho.com/article-camus-et-les-architectes-d-alger-123962441.html

 

 

 

  1. L’École Volta a e-été débaptisée et porte le nom de l’Émir Khaled. Je ne pense pas que les familles de Volta et de l’Émir Khaled aient été consultées au sujet de cette débaptisation. Grace à Volta, l’école bénéficie d’un éclairage électrique.

 

 

 

 

L' École Volta en 2007 Photo JPB
L' École Volta en 2007 Photo JPB
L' École Volta en 2007 Photo JPB

L' École Volta en 2007 Photo JPB

Les fresques de Marie Viton  (Photos Jean-Pierre Castellani)
Les fresques de Marie Viton  (Photos Jean-Pierre Castellani)
Les fresques de Marie Viton  (Photos Jean-Pierre Castellani)

Les fresques de Marie Viton (Photos Jean-Pierre Castellani)

Partager cet article
Repost0
11 décembre 2021 6 11 /12 /décembre /2021 12:07

Pipi ou pas pipi, telle est la question.

 

Jérome Bosch
Jérome Bosch

Jérome Bosch

LACAUNE LES BAINS (Tarn) Fontaine XII ème siècle

LACAUNE LES BAINS (Tarn) Fontaine XII ème siècle

Rembrandt
Rembrandt

Rembrandt

Picasso

Picasso

Partager cet article
Repost0
22 novembre 2021 1 22 /11 /novembre /2021 17:13

     Le 23 novembre 1961, Maurice Perrin, militant de la Trève civile d'Albert Camus,  était assassiné à Alger par un commando de l’OAS. Dans ce climat de guerre civile qui régnait à Alger à la veille de l’indépendance, l’organisation terroriste entreprenait son vaste travail de suppression physique des personnes susceptibles de construire des ponts entre les diverses communautés. Et c’est ainsi que des avocats comme Maître Popie, des fonctionnaires comme Alfred Locussol, des militants socialistes comme William Lévy des instituteurs comme Noël Linarès, et plus tard les inspecteurs des Centres sociaux comme Salah Ould Aoudia, Max Marchand et le célèbre écrivain Mouloud Feraoun furent les innocentes victimes d’un terrorisme imbécile.

Maurice Perrin avait été le condisciple d’Albert Camus au lycée d’Alger en hypokhâgne 

Sur la photo célèbre de la classe d’hypokhâgne du lycée Bugeaud (Emir Abdelkader aujourd'hui), on reconnaît au centre Monsieur Paul  Mathieu, professeur de français, Monsieur Sauvage, proviseur, Monsieur Garoby, professeur d’histoire et géographie et Évelyne Izac (future Evelyne Baylet, mère du ministre Jean-Michel Baylet)  Au deuxième rang, à l’extrême droite, Jean Bogliolo, et de droite à gauche  André Bélamich, une étudiante inconnue et Claude de Fréminville (futur Claude Terrien) , derrière le proviseur. Toujours au deuxième rang, mais à l'extrême gauche Marcel Chiapporé, puis Paul Boyer. Au dernier rang, de droite à gauche Maurice Perrin, puis Albert Camus sans calot.

Il fréquentait Camus à l’époque où il dirigeait le théâtre de l’Équipe et il le rencontrait souvent dans la Maison Fichu dite Maison devant le monde et dans l’atelier de Bénisti. En 1956, il devait participer aux côtés de Miquel, Simounet, Roblés, Maisonseul et Poncet, à l’organisation du mouvement de la Trêve Civile, faisant suite à l’appel d’Albert Camus. Peu après l’attribution du prix Nobel à Camus, il rédigea un portrait de Camus qui aurait du être publié dans le premier numéro de la revue Rivages, qui aurait dû reparaître. Le projet de reparution fut abandonné à la suite du plasticage de la librairie d’Edmond Charlot. Il disait dans cet article, publié seulement en 2016 : «  A travers toute son œuvre court une vibration secrète qui lui donne son timbre unique: l'ardente volonté de prendre pleinement possession de sa condition d'homme, non pas dans la solitude, mais fraternellement avec tous ceux qui l'assument souvent dans l'obscurité, le désarroi ou le désespoir, ne le rend pas  sourd au mystérieux appel d'une voix qui a nom Beauté, Innocence, Pureté... »

 

                                                                       Jean-Pierre Bénisti

 

(1) Voir 

Album Camus : iconographie choisie et commentée par Roger Grenier. Gallimard,, Bibliothèque de la pléiade, 1982.

Paul Mathieu : Petite histoire de la Khâgne africaine (Avant-propos de Guy Basset) in Présence d’Albert Camus. Revue publiée par la  Sociétés des études Camusiennes, n°1, 2010

Jean-Pierre Bénisti : Camus au lycée d’Alger Blog : https://www.aurelia-myrtho.com/article-camus-au-lycee-d-alger-124987527.html

Maurice Perrin  : Camus, élève de Khâgne à Alger in  Louis Bénisti : On choisit pas sa mère. Souvenirs sur Albert Camus. L'Harmattan. Paris 2016 p.161-170

Jeanne Delais : l’Ami de chaque matin. Vie et luttes de Claude Terrien. Grasset, Paris, 1969 p. 114-115

La classe d'hypokhâgne du lycée Bugeaud en 1932-33

La classe d'hypokhâgne du lycée Bugeaud en 1932-33

Partager cet article
Repost0
1 novembre 2021 1 01 /11 /novembre /2021 09:42

En 1967, Visconti vint à Alger pour le tournage de l’Étranger avec Mastroianni et Anna Karina.  Camus, de son vivant, avait toujours refusé qu’un de ses romans fût porté à l’écran. Sa famille a pris une autre décision. Le tournage du film fut vécu à Alger, comme un retour posthume de l’écrivain à Alger. Pendant le tournage, un jeune cinéaste spécialisé dans le documentaire Gérard Patris1 essaya de faire un reportage sur l’impact du tournage de l’Étranger sur les Algériens. Il filma le groupe des amis de Camus dans un palais de la Casbah (Ancienne bibliothèque nationale2 de la (, aujourd’hui, Palais Mustapha Pacha musée de l’Enluminure, 12 rue des frères Mecheri) ex Émile Maupas) Poncet, Maisonseul, Bénisti et Sénac discutèrent avec de jeunes étudiants algériens qui essayaient de situer Camus dans un contexte sociologique et historique.  Les amis s’étaient auparavant retrouvés chez Jean de Maisonseul3 et ils avaient évoqués la colère de Camus lorsqu’il apprit la participation du FLN au service d’ordre lors de l’Appel pour la Trêve civile.

Certains Algériens étaient embarrassés par la position de Camus : Comment un intellectuel qui avait su reconnaître la situation sociale de l’Algérie, lors de son reportage sur la Kabylie n’ait pas adhéré à la Révolution algérienne. Si Camus avait été comme beaucoup de ses compatriotes partisans du statut colonial de l’Algérie, il eut été facile ou de le rejeter ou de ne reconnaître que l’écrivain de talent. Mais devant un écrivain qui prend une position singulière, il était très difficile de le rejeter entièrement. Il a donc fallu trouver des astuces : on a d’abord reproché à l’écrivain d’avoir seulement mis les Algériens dans ses récits uniquement comme éléments de décor. Il était facile de confondre le récit du héros de l’Étranger avec le Je récit de l’auteur du livre, bien que Camus se soit représenté dans son récit par la personne d’un journaliste observant le procès (à la manière de Vélasquez qui s’est peint dans un coin du tableau les Ménines), rôle joué dans le film par Emmanuel Roblès.

On a pu faire aussi une tentative d’interprétation psychanalytique de l’Étranger, en considérant que l’Arabe qui avait été tué, représentait symboliquement l’Algérie, c’est-à-dire la Mère et que c’était la raison de la condamnation de Meursault où il est surtout condamné pour avoir été indifférent à la mort de sa mère.

 

Devant l’attirance des jeunes algériens pour l’écrivain, le ministre de l’Éducation Ahmed Taleb-Ibrahimi4 fit une conférence mémorable dans laquelle il déclara que Camus n’était pas un écrivain algérien mais un écrivain étranger en insistant sur le jeu de mot sur l’étranger qui serait à la fois le titre du livre et le qualitatif utilisé pour désigner l’écrivain en le disqualifiant. Cette conférence du ministre fut ressentie comme une excommunication (ou une fatwa).

Ces journées algéroises de 1967 où s’installait un débat sur Camus ont été relatées par Laadi Flici5  - un   de mes camarades de la Faculté d’Alger, dans  un récent ouvrage : Alger 1967, Camus un si proche étranger.

Après cette conférence, Camus fut méprisé par l’Algérie officielle et il fut presque oublié. Il a fallu attendre les années 90 pour que Camus suscite l’intérêt des Algériens. Sans doute, les Algériens, dans leur ensemble, ont été sensibilisés par le terrorisme qui sévissait à l’époque et ils ont compris alors la position de Camus.

 

 

                                                                       Jean-Pierre Bénisti

 

 

  1. Gérard Patris (1931-1990) Cinéaste ayant fait des documentaires notamment sur Dubuffet ou Arthur Rubinstein, en collaboration avec François Reichenbach.
  2. Palais Dar Mustapha Pacha : Bibliothèque nationale jusqu’en 1958, rue Émile Maupas aujourd’hui rue Méchéri. Le peintre Sauveur Galliero et le poète Jean Sénac ont habité une maison voisine. Voir : Agnès Spiquel et Christian Phéline : Alger sur les pas de Camus Arak Éditions. Ager 2019
  3. Hamid Nacer-Khodja : Sénac chez Charlot p.64 Domens, Pézénas, 2007.
  4. Ahmed Taleb-Brahimi : Lettres de prison, Éditions nationales algériennes.
  5. Laadi Flici (1937-1993) médecin assassiné dans son cabinet en 1993. Voir Laadi Flici et d’autres : Alger 1967, Camus, un si proche étranger. Présentation d’Agnés Spiquel. Éditions El Kalima. Petits inédits maghrébins, dirigé par Guy Dugas.

 

 

Voir

 

À propos d’un crime ;

https://youtu.be/n40AZjM_Idg

Sénac et Visconti :

https://www.aurelia-myrtho.com/2018/01/luschino-visconti-et-jean-senac-a-alger-en-1966-un-article-de-hamid-nacer-khodja.html

Anna Karina :

https://www.aurelia-myrtho.com/2019/12/adieu-anna-karina.html

 

 

 

 

 

A propos de l'Étranger de Visconti
A propos de l'Étranger de Visconti
Jean Sénac

Jean Sénac

Charles Poncet

Charles Poncet

Jean de Maisonseul

Jean de Maisonseul

Louis Bénisti

Louis Bénisti

Partager cet article
Repost0
19 octobre 2021 2 19 /10 /octobre /2021 14:35

      Jamais un Président de la République n'a été aussi loin dans la reconnaissance des méfaits du colonialisme et des crimes commis pendant la guerre d'Algérie. Et pourtant les relations entre l'Algérie et la France n'ont pas  été aussi mauvaises.

      Je tiens tout de suite à dire que si je trouve que le Président est sorti de son rôle, car il n'est pas historien, en donnant son point de vue sur la naissance de la nation algérienne ou sur l'occupation ottomane, je tiens à saluer son action en faveur d'une réconciliation de mémoires  qui sont forcément souvent opposées.

       La raison principale de la colère d'Alger, vient du fait que la France , essayant de faire son mea-culpa, invite l'Algérie à en faire autant. On immagine mal  un responsable algérien évoquer les assassinats ciblès commis par le FLN, le massacre de Melouza et les multiples enlèvements de personnes, françaises ou algériennes,  durant l'été 62. 

       Devant l' actuelle  instabilité politique algérienne, le gouvernement algérien essaie de faire diversion en se fachant avec le Maroc, d'une part et la France de l'autre.

       Je me souviens de la nuit du 17 octobre 1961, j'avais quitté temporairement Alger et je logeais à Montmartre chez une tante. Je poursuivais une scolarité au lycée Jacques Decour, où j'étais en classe terminale.. Cette nuit ,alors que j’étais en train de finir mon travail, vers onze heures du soir. ma tante Suzanne, qui était en train d’écouter la radio, vint m’informer que des Algériens en masse manifestaient sur les boulevards. Je n’étais pas étonné, car j’avais su que le préfet de police Maurice Papon venait d’instaurer un couvre-feu, frappant les Algériens, en raison de fréquents attentats visant les policiers. Ce couvre-feu était tout à fait illégal, car il visait les seuls musulmans qui n’étaient reconnaissables que par leurs caractéristiques physiques. Les Algériens vivant en région parisienne avaient mal ressenti cette mesure discriminatoire et avait fait part de leurs mécontentements. Le lendemain, lorsque je lus les journaux, j’appris qu’il y eut une terrible répression. Les services d’urgence des hôpitaux avaient reçu de nombreux blessés. La Seine charriait des cadavres de manifestants noyés. Enfin les militants des droits de l’homme s’indignaient que le préfet Papon ait donné l’ordre de parquer les manifestants au Palais des sports, de la même façon que la Gestapo avait parqué les juifs au Veld ’Hiv. Triste retour des choses. On pourrait presque parler de retour du refoulé. Dans les années 80, on apprendra que Papon avait été un fonctionnaire du gouvernement de Vichy à Bordeaux et qu’il avait signé des ordres de déportation de juifs. Il faudrait un jour écrire une thèse sur l’utilisation des stades pour parquer les prisonniers. Au Chili en 1973, Pinochet parqua ses opposants au stade de Santiago.

         Le 8 février 1962, une manifestation de protestation, suite à une bombe visant le ministre Malraux et blessant une peite fille qui habitait appartement voisin de celui du ministre, fut réprimée par la police de Papon : bilan neuf morts près du métro Charonne.  Sinistre Papon ! Heureusement qu’il ne fut pas en service en mai 68, car il y aurait eu beaucoup de  victimes. Le prefet Maurice Grimaud  avait su éviter le désastre.

            Mon professeur de philosophie, Pierre Gardère qui se disait fidèle au personnalisme d’Emmanuel Mounier nous fit part de son indignation devant la répression des manifestants et cita le communiqué de l’épiscopat catholique condamnant ces actes. J'ai su par la suite que des députés appartenant à la majorité parlementaire avait vivement protesté lors d'une séance à l'Assemblée. Je pense notamment à Eugène Claudius-Petit, homme politique remarquable qui par la suite a permis a Simone Veil d'avoir une majorité pour la loi sur l'interruption volontaire de grossesse.

   Des questions demeurent sans réponses : comment Papon, qui avait été un fonctionnaire zélé du régime de Vichy ait pu poursuivre sa carrière comme fonctionnaire de la République. Comment la nomination de Papon comme ministre du budget de Raymond Barre ait été accepté par les  français sans la moindre protestation.

                                                      Jean-Pierre Bénisti.

 

 

 

 

Regards sur l'actualité
Partager cet article
Repost0
14 juillet 2021 3 14 /07 /juillet /2021 07:33

Un petit défilé en chantant

En revenant de la revue

 

 [Chanson que chantait ma grand-mère, qui insistait sur son côté ridicule. Cette chanson de Paulus était devenue une chanson boulangiste)]

 

Je suis l'chef d'une joyeuse famille,
Depuis longtemps j'avais fait l'projet
D'emmener ma femme, ma soeur, ma fille
Voir la revue du quatorze juillet.
Après avoir cassé la croûte,
En choeur nous nous sommes mis en route
Les femmes avaient pris le devant,
Moi j'donnais le bras à belle-maman.
Chacun devait emporter
De quoi pouvoir boulotter,
D'abord moi je portais les pruneaux,
Ma femme portait deux jambonneaux,
Ma belle-mère comme fricot,
Avait une tête de veau,
Ma fille son chocolat,
Et ma soeur deux oeufs sur le plat.

Gais et contents, nous marchions triomphants,
En allant à Longchamp, le coeur à l'aise,
Sans hésiter, car nous allions fêter,
Voir et complimenter l'armée française

Bientôt de Lonchamp on foule la pelouse,
Nous commençons par nous installer,
Puis, je débouche les douze litres à douze,
Et l'on se met à saucissonner.
Tout à coup on crie vive la France,
Crédié, c'est la revue qui commence
Je grimpe sur un marronnier en fleur,
Et ma femme sur le dos d'un facteur
Ma soeur qu'aime les pompiers
Acclame ces fiers troupiers,
Ma tendre épouse bat des mains
Quand défilent les saint-cyriens,
Ma belle-mère pousse des cris,
En reluquant les spahis,
Moi, je faisais qu'admirer
Notre brave général Boulanger.

Gais et contents, nous étions triomphants,
De nous voir à Longchamp, le coeur à l'aise,
Sans hésiter, nous voulions tous fêter,
Voir et complimenter l'armée française.

En route j'invite quelques militaires
A venir se rafraîchir un brin,
Mais, à force de licher des verres,
Ma famille avait son petit grain.
Je quitte le bras de ma belle-mère,
Je prends celui d'une cantinière,
Et le soir, lorsque nous rentrons,
Nous sommes tous complètement ronds.
Ma soeur qu'était en train
Ramenait un fantassin,
Ma fille qu'avait son plumet
Sur un cuirassier s'appuyait,
Ma femme, sans façon,
Embrassait un dragon,
Ma belle-mère au petit trot,
Galopait au bras d'un turco.

Gais et contents, nous allions triomphants
En revenant de Longchamp, le coeur à l'aise,
Sans hésiter, nous venions d'acclamer,
De voir et de complimenter l'armée française

 

Paulus

 

 

 

La Romance du 14 juillet

 

[Cette chanson est la chanson fétiche des fanfares de l’école des beaux-arts. Mon père la chantait avec ses amis peintres et architectes  dans les soirées festives suivant les vernissages d’expositions]

 

Comme elle n'avait qu'seize ans à peine
Elle sentit battre son coeur
Un soir avec le môme Gégène
La pauvrette avait cru au bonheur
C'était l'jour d'la fête Nationale
Où c'que la bombe pète en l'air
Elle sentit comme un grand coup d'frein
Un frisson qui pénétrait sa chair

 

Par devant par derrière
Tristement comme toujours
Sans chichi sans manières
Elle connut l'amour
Les oiseaux dans les branches
En les voyant s'aimer
Entonnèrent la romance
Du quatorze juillet

 

Mais quand refleurit l'aubépine (De ch'val !)
Au premier jour du printemp (ta cule !)
Fallait voir la pauvre gamine (de rien !)
Mettre au monde un tout p'tit enfant (Tassin !)
Mais Gégène qu'est l'mec qui l'a cool
Lui dit "- Ton goss' moi j'm'en fout
J'te l'ai mis maintenant j'me les roule
A ta place je lui tord'rai le cou ! "

 

Par devant par derrière
Tristement comme toujours
Fallait voir la pauvre mère
Et son gosse de huit jours
En fermant les paupières
Elle lui tordit l'quiqui
Et dans l'trou des water
Elle a jeté son p'tit

 

Mise au banc de la cour d'Assise
Comme à celui de la société
Elle fut traitée de fille soumise
Le lendemain du quatorze juillet
Entendant le verdict atroce
Qui la condamne au bagne pour pour vingt ans
Elle pensait à son pauvvre gosse
Qu'elle ne verrait plus maintenant

 

Par devant par derrière
Tristement comme toujours
Elle est morte la pauvr' mère
A Cayenne un beau jour
Morte avec l'espérance
De revoir son petit
Dans la fosse d'aisance
Là où c'qu'elle l'avait mis !

Les oiseaux dans les branches
En la voyant clamser
Entonnèrent la romance
Du quatorze juillet

 

 

 

À Paris dans chaque faubourg

 

(Chanson de René Clair et de Maurice Jaubert, du film Quatorze Juillet  de René Clair)
 

À Paris dans chaque faubourg
Le soleil de chaque journée
Fait en quelques destinées
Éclore un rêve d'amour
Parmi la foule un amour se pose
Sur une âme de vingt ans
Pour elle tout se métamorphose
Tous est couleur de printemps
À Paris quand le jour se lève
À Paris dans chaque faubourg
À vingt ans on fait des rêves
Tout en couleur d'amour

Ils habitaient le même faubourg
La même rue et la même cour
Il lui lançait des sourires
Elle l'aimait sans lui dire
Mais un jour qu'un baiser les unit
Dans le ciel elle crut lire
Comme un espoir infini

Après des jours dépourvus d'espoir
Tous deux se sont rencontrés un soir
Ils n'ont pas osé sourire
Mais leurs regards ont pu lire
Que bientôt ils pouvaient être heureux
Et s'ils n'ont rien pu se dire
Leurs yeux ont parlé pour eux
À Paris dans chaque faubourg
Quand la nuit rêveuse est venue
À toute heure une âme émue
Évoque un rêve d'amour

Des jours heureux il ne reste trace
Tout est couleur de la nuit
Mais à vingt ans l'avenir efface
Le passé quand l'espoir luit
À Paris dès la nuit venue
À Paris dans chaque faubourg
À toute heure une âme émue
Rêve encore à l'amour

 

René Clair

 

 

À Paris

[Chanté par Yves Montand]

À Paris
Quand un amour fleurit
Ça fait pendant des semaines
Deux coeurs qui se sourient
Tout ça parce qu'ils s'aiment
À Paris

Au printemps
Sur les toits les girouettes
Tournent et font les coquettes
Avec le premier vent
Qui passe indifférent
Nonchalant

Car le vent
Quand il vient à Paris
N'a plus qu'un seul soucis
C'est d'aller musarder
Dans tous les beaux quartiers
De Paris

Le soleil
Qui est son vieux copain
Est aussi de la fête
Et comme deux collégiens
Ils s'en vont en goguette
Dans Paris

Et la main dans la main
Ils vont sans se frapper
Regardant en chemin
Si Paris a changé

Y'a toujours
Des taxis en maraude
Qui vous chargent en fraude
Avant le stationnement
Où y'a encore l'agent
Des taxis

Au café
On voit n'importe qui
Qui boit n'importe quoi
Qui parle avec ses mains
Qu'est là depuis le matin
Au café

Y'a la Seine
A n'importe quelle heure
Elle a ses visiteurs
Qui la regardent dans les yeux
Ce sont ses amoureux
À la Seine

Et y'a ceux
Ceux qui ont fait leur nids
Près du lit de la Seine
Et qui se lavent à midi
Tous les jours de la semaine
Dans la Seine

Et les autres
Ceux qui en ont assez
Parce qu'ils en ont vu de trop
Et qui veulent oublier
Alors y se jettent à l'eau
Mais la Seine

Elle préfère
Voir les jolis bateaux
Se promener sur elle
Et au fil de son eau
Jouer aux caravelles
Sur la Seine

Les ennuis
Y'en a pas qu'à Paris
Y'en a dans le monde entier
Oui mais dans le monde entier
Y'a pas partout Paris
Voilà l'ennui

À Paris
Au quatorze juillet
À la lueur des lampions
On danse sans arrêt
Au son de l'accordéon
Dans les rues

Depuis qu'à Paris
On a pris la Bastille
Dans chaque faubourg
Et à chaque carrefour
Il y a des gars
Et il y a des filles
Qui sur les pavés
Sans arrêt nuit et jour
Font des tours et des tours
À Paris

 

Francis Lemarque.

 

La Mauvaise Réputation :

 

Au village, sans prétention,
J'ai mauvaise réputation.
Qu'je m'démène ou qu'je reste coi
Je pass' pour un je-ne-sais-quoi!
Je ne fait pourtant de tort à personne
En suivant mon chemin de petit bonhomme.
Mais les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout le monde médit de moi,
Sauf les muets, ça va de soi.

Le jour du Quatorze Juillet
Je reste dans mon lit douillet.
La musique qui marche au pas,
Cela ne me regarde pas.
Je ne fais pourtant de tort à personne,
En n'écoutant pas le clairon qui sonne.
Mais les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout le monde me montre du doigt
Sauf les manchots, ça va de soi.

Quand j'croise un voleur malchanceux,
Poursuivi par un cul-terreux;
J'lance la patte et pourquoi le taire,
Le cul-terreux s'retrouv' par terre
Je ne fait pourtant de tort à personne,
En laissant courir les voleurs de pommes.
Mais les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout le monde se rue sur moi,
Sauf les culs-de-jatte, ça va de soi.

Pas besoin d'être Jérémie,
Pour d'viner l'sort qui m'est promis,
S'ils trouv'nt une corde à leur goût,
Ils me la passeront au cou,
Je ne fait pourtant de tort à personne,
En suivant les ch'mins qui n'mènent pas à Rome,
Mais les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Non les brav's gens n'aiment pas que
L'on suive une autre route qu'eux,
Tout l'mond' viendra me voir pendu,
Sauf les aveugles, bien entendu.

 

Georges Brassens

 

La mala reputacion

 

Version de Paco Ibañez

 

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/n-boublitchki/121010/la-mala-reputacion-paco-ibanez

 

Cuando la fiesta nacional
Yo me quedo en la cama igual,
Que la música militar
Nunca me pudo levantar.
En el mundo pues no hay mayor pecado
Que el de no seguir al abanderado
Y a la gente no gusta que
Uno tenga su propia fe
Y a la gente no gusta que
Uno tenga su propia fe
Todos me muestran con el dedo
Salvo los mancos, quiero y no puedo.

 

N’oublions pas aussi que Léo Ferré est mort  le 14 juillet 1993

 

 

 

 

 

 

Marquet (Le Havre)

Marquet (Le Havre)

Le Douanier Rousseau

Le Douanier Rousseau

Partager cet article
Repost0
7 mai 2021 5 07 /05 /mai /2021 09:32

En 1981 ? Je n’avais pas de télévision. J’avais su que Mitterrand avait affirmé à Alain Duhamel et à Jean-Pierre El Kabbach, qu’il s’engageait à supprimer la peine de mort. Je remarquais le courage de Mitterrand qui s’engageait sur un sujet très controversé alors que Giscard, n’osait pas s’engager par manque de courage politique.

Fin mars, je me rendais au grand meeting de Mitterrand au Palais des sports de Lyon. La salle était pleine à craquer. Je remarquais que Mitterrand semblait bien plus rassuré qu’à Grenoble en 1974, où j’avais assisté à son dernier meeting de campagne, . Il semblait croire à la victoire. Ce meeting nous remontait le moral et chacun pensait que la victoire de la Gauche était tout à fait possible. J’ai donc envoyé un chèque au Comité de soutien à Mitterrand.

 

Le premier tour des présidentielles était encourageant. Il fallait tirer deux semaines. J’avais vu débat Giscard Mitterrand chez ma collègue assistante sociale Simone J. Je remarquais l’assurance de Mitterrand face à Giscard, cela contrastait avec le duel de 74.

Le 10 mai 1981, j’allais voter à Aix et je rentrais à Lyon le soir. J’étais chez moi vers vingt heures dix, j’ai pris la radio et j’ai entendu une déclaration de Jospin, faisant état de la victoire de Mitterrand. J’ai pris ma voiture et je me suis rendu chez les J, amis qui possédaient un poste de télévision, pour voir les commentaires. Nous étions tous joyeux et prêts à faire la fête et nous regrettions que le bal de la Bastille ait été mouillé. Les journalistes de télévision, notamment Cavada et El Kabbach, semblaient embarrassés. Lorsque El Kabbach a eu Marchais au téléphone, ce dernier lui a dit : « Ah ! C’est El Kabbach ! » entraînant les éclats de rire de tous les invités de l’émission présents sur le plateau

Le lendemain, tous mes collègues étaient joyeux. Au centre où je travaillais, les assistantes sociales fleurirent leurs bureaux de roses et me félicitèrent car elles avaient su que j’avais signé un appel à voter Mitterrand et cet appel était affiché sur les panneaux électoraux.

J’avais écouté peu de temps avant le second tour un entretien avec Jacques de Fontbrune sur les quatrains de Nostradamus. Jacques de Fontbrune1 s’appelait en réalité Jacques Pigeard de Gurbert et était le premier mari de Marie S, notre voisine, avait fait une nouvelle traduction des quatrains, il avait refusé de parler des prédictions de Nostradamus sur l’élection présidentielle en raison de la discrétion qui s’imposait mais avait évoqué un possible assassinat du pape à Lyon.

Le mercredi 13 mai, mon père me téléphona, je lui demandai des nouvelles, il me dit : « Moi, je vais bien, c’est le pape qui va mal. Il vient d’avoir été poignardé à Rome. » Je pensais à cette prédiction de Nostradamus qui n’était pas exacte mais troublante. Quelques années après le drame, le Pape Jean-Paul II a été de rendre visite à son meurtrier dans sa cellule. C’est peut-être le plus beau geste qu’il ait fait.  Cela rappelle une scène célèbre des Justes2 de Camus.

La presse ne manqua pas de faire allusion aux prophéties de Nostradamus, revues par Jacques de Fontbrune. Il y aurait dans un des quatrains : « Dès que la rose éclorera, le sang coulera. » L’élection de Mitterrand, tout comme l’attentat contre le pape aurait été prédit.

Cette fin de septennat de Giscard avant la prise de fonction de Mitterrand paraissait interminable. Giscard mit en scène son départ en laissant l’image d’un homme tournant le dos à ses téléspectateurs et une chaise vide. Mitterrand rentrait enfin dans l’Élysée et Giscard quitta le château sous les huées de quelques imbéciles qui semblaient ignorer que dans un combat politique le perdant d’une élection doit être respecté.

Mitterrand avait soigné la mise en scène de son entrée en fonction : Arc de triomphe, Hôtel de Ville, Panthéon. Tout cela était fort émouvant et nous avions l’impression qu’une partie du peuple français éloignée longtemps des responsabilités reprenait ses droits. La Constitution élaborée par De Gaulle, avait fonctionné et n’était donc pas aussi mauvaise qu’on avait pu le penser auparavant.

 

 

Jean-Pierre Bénisti

 

 Quarante ans déjà...Je me souviens du 10 mai 1981
Partager cet article
Repost0
29 avril 2021 4 29 /04 /avril /2021 06:24

Après la disparition d'Albert Camus (le 4 janvier 1960) ses amis se réunissaient souvent notamment dans la galerie d’art que dirigeait Edmond Charlot.  C’est là qu’ils émirent le projet de rendre un hommage à Camus par l’érection d’une stèle à Tipasa. La décision définitive fut prise à Lourmarin par Francine Camus, Jean de Maisonseul, Louis Bénisti et Louis Miquel. Ce dernier reçut mission de trouver à Tipasa l’emplacement qui conviendrait à une telle implantation.  Le site choisi était placé sur une ligne joignant le sommet du Mont Chenoua au Tombeau de la Chrétienne. On fit appel au talent de sculpteur de Louis Bénisti pour graver, en caractère romain sur une pierre antique, une phrase de Noces : « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. » Ce choix eut l’accord de René Char et de Jean Grenier.

Camus avait emprunté cette phrase à Saint-Augustin : » La mesure d’aimer, c’est aimer sans mesure. »

L’installation de la stèle fut confiée à Louis Miquel qui l’effectua avec l’aide, tout à fait amicale et désintéressée de l’entrepreneur Alfred Espert. Son inauguration eut lieu le 29 avril 1961 à une époque particulièrement troublée par la fin de la guerre d’Algérie. A cette émouvante cérémonie assistait un petit groupe d’amis (1) qui, peu de temps auparavant étaient présents à l’inauguration d’un magnifique centre culturel à Orléansville (Chlef aujourd’hui) Ce bâtiment, œuvre des architectes Louis Miquel et Roland Simounet, allait bientôt recevoir le nom de « Centre Culturel Albert Camus » . (2)

 

                                                                                              Jean-Pierre Bénisti

 

 

(1) Il s’agissait de : Louis et Jeanne Miquel, Charles et Alice Poncet, Alfred Espert et sa femme, Jean-Pierre et Jeanne Faure, Roland Simounet, Edmond Charlot, Jean Bossu, Marcel Mauri, Maurice Girard, Edmond Brua, Marcelle Bonnet-Blanchet, Pierre-André et Germaine Emery, Jean et Mireille de Maisonseul, Louis, Solange et Jean-Pierre Bénisti.

        (2) Camus s’était intéressé à la construction de ce centre et notamment de son théâtre.(voir articles précédent)

 

 

 

 

 

Voir Blogs

 

Il y a soixante ans, le centre Camus à Orléansville

https://www.aurelia-myrtho.com/2021/04/il-y-a-soixante-ans-le-22-avril-1961-un-quarteron-de-generaux.html

 

Errare Humanum est

https://www.aurelia-myrtho.com/article-errare-humanum-est-perseverrare-diabolicum-96344179.html

 

Retour à Tipaza (avec un Z)

https://www.aurelia-myrtho.com/article-retour-a-tipaza-avec-un-z-ou-plutot-retour-sur-une-stele-121697875.html

 

Voir :

Amina Bekkat : Le Malentendu : in Albert Camus, précurseur : Méditerranée d'hier et d'aujourd'hui actes du colloque de Madison, 2006, sous la direction se Alek Baylee Toumi.

http://books.google.fr/books?id=Zk_T5sOFzmAC&pg=PA9&lpg=PA9&dq=Saint+Augustin+aimer+sans+mesure+Camus&sour

Jean-Pierre Bénisti : Bénisti, Camus et Tipasa. Actes du Colloque d’Alger et Tipasa avril, 2006. Camus et les lettres algériennes, sous la direction de Afifa Bererhi. Blida, éditions du Tell, 2007

Jean-Pierre Bénisti : La stèle de Tipasa, Collection Lubenoua,, Rousset, éditions de la Bastide, 2010.

Louis Bénisti : On choisit pas sa mère. L’Hrmattan, Paris, 2016

Maïssa Bey : L’ombre d’un homme qui marche au soleil, Réflexions sur AC Préface de Catherine Camus. Le Chévrevrefeuille étoilée, Montpellier, 2004, réédition, 2006.

Maïssa Bey : Vous cherchez Camus, il est là-bas ! Le Monde, 5 mai 2006.

http://ddooss.org/libros/768138_sup_liv_060504.pdf

Albert Camus : Correspondance avec ses amis Bénisti. Bleu Autour,  Saint Pourçain, 2019

Jean-Pierre Castellani : De Albert Camus a Maïssa Bey, miradas cruzadas, de una Argelia a otra

http://bibliotecavirtual.unl.edu.ar:8180/publicaciones/bitstream/1/2229/1/HF_5_6_pag_78_84.pdf

Jean -Claude Izzo : Méditerranée des bonheurs possibles in Le Point 15.08..1998

 Dominique FERNANDEZ , Michel CHRISTOL, Sabah FERDI, Ferrante FERRANTI, Voyage en Algérie Antique. Actes-Sud, Arles, 2013

Henri Tincq : Augustin d’Hippone, un intellectuel engagé devenu « docteur de la grâce », Le Monde, 15 juillet 1999. 

http://www.litt-and-co.org/citations_SH/r-z_SH/tincq_st-augustin.htm

Phillipe Lançon : Alger la franche: Libération 6 juillet 2012.

http://www.liberation.fr/planete/2012/07/06/alger-la-franche_831690

Phillipe Lançon : Camus et l’Algérie :

https://www.aurelia-myrtho.com/2018/05/camus-et-l-algerie-par-philippe-lancon.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La stèle (Photo prise par Jean-Pierre Bénisti, le jour de l'inauguration)

La stèle (Photo prise par Jean-Pierre Bénisti, le jour de l'inauguration)

Tipaza juin, 2011, photo JPB

Tipaza juin, 2011, photo JPB

Partager cet article
Repost0
22 avril 2021 4 22 /04 /avril /2021 07:40

Un samedi d’Avril 1961 à Alger. Yamina, notre femme de ménage, qui avait l’habitude de venir faire le ménage chez nous le matin de bonne heure, en nous apportant le quotidien du matin arriva en nous disant : « Macache Journal, aujourd’hui. » L’absence du quotidien était inquiétante. Mon père mit la radio que nous n’écoutions que dans les grandes occasions et l’on entendit un communiqué nous apprenant que les généraux Challe, Jouhaud, Zeller et Salan avaient pris le pouvoir en Algérie en vue de continuer le combat pour éviter l’abandon du pays. L’Algérie venait de faire sécession selon un scénario proche de celui du 13 mai 1958.  Nous étions très anxieux et nous nous demandions comment les choses allaient tourner. L’Algérie devenait un canon braqué sur la France. Une prise de pouvoir par les militaires semblait possible en France, si l’armée devait basculer entièrement du côté des auteurs de ce pronunciamiento et le spectre de la guerre civile type guerre d’Espagne revenait. Dans la matinée de ce 22 avril, à la sortie du lycée je rencontrais mon camarade Charles Sfar qui me dit : « Fais attention Jean-Pierre ! Si j’ai un conseil à te donner, il est bref : tu la fermes ! Et dis-toi bien qu’aujourd’hui, il n’y a qu’une chose qui doit compter pour toi, c’est d’obtenir ton bac et dans cette période troublée c’est important de l’obtenir. » Je voudrais le remercier de ce conseil qui m’a rendu service... Je continuais à aller au lycée comme d’habitude, j’entendais les élèves satisfaits du putsch, ironiser sur le discours de De Gaulle se terminant par « Françaises, français, aidez-moi ! » et sur celui de Debré appelant à se rendre à pied et en voiture, mais pas à cheval !)  aux aéroports dès que les sirènes retentiraient.

Le mardi 25 avril, mon père revint du lycée très affecté : des parachutistes en armes étaient rentrés dans le lycée et avaient arrêté trois collègues : Bonici, professeur d’histoire, Burel, professeur de dessin et Claude Oliviéri, professeur de lettres. Ils avaient dû être incarcérés. Mon père nous dit qu’il s’était plaint auprès du proviseur de l’entrée de parachutistes dans l’enceinte du lycée sans l’autorisation du recteur. Le proviseur lui ayant répondu : « Qu’est-ce que vous voulez que je fasse, devant des mitraillettes1. » Par ailleurs on a appris qu’alors que des professeurs étaient incarcérés pour leurs idées, les tueurs à gage, assassins de Maître Popie, étaient libérés.

Alors que je travaillais assez tard dans la nuit, mes parents ne s’étaient pas couchés et étaient pendus aux nouvelles à la radio. Ils écoutaient un très vieux poste de TSF (comme on disait à l’époque) qui captait des émissions émises depuis le continent européen. Ils apprirent que l’armée régulière avait repris le contrôle de l’Algérie, grâce à l’action des militaires du contingent. Il devait être minuit et nous ne dissimulions pas notre satisfaction. Dans la rue on entendait des hommes et des femmes en larmes qui avaient cru à la réussite du putsch. Malgré notre satisfaction, nous comprenions le désespoir exprimé par nos compatriotes.

Le lendemain, alors que j’étais dans la classe de Monsieur Weiss qui nous parlait de Pascal, des élèves se regroupaient et manifestaient dans la cour du lycée au cri de : Algérie Française ! De Gaulle salaud ! Debré culo2 ! Puis ils entonnèrent la Marseillaise. Le professeur dut interrompre son cours. Peu rassuré, je sortis dans la cour et voyant Monsieur Chambon, mon professeur d’éducation physique, je lui demandais de me faire sortir du lycée. Grâce à ce professeur, je pus m’échapper du lycée par une porte dérobée

Nous avons su que des soldats du contingent démobilisés qui s’étaient embarqués sur un bateau, avaient quitté Alger en chantant la chanson d’Édith Piaf : Non, je ne regrette rien.  Le refrain de cette chanson est, selon les freudiens, une dénégation. Autant dire que les regrets se ramassaient à la pelle !

Le lycée devait fermer huit jours en raison de l’agitation des élèves.

Pierre Grou et Denis Thomas vinrent me rendre visite et m’apprirent que nous l’avions échappé belles : L’OAS avait l’intention de mobiliser tous les jeunes de plus de dix-huit ans. J’ai bien retenu cela et j’en ai plus tard tenu compte. Quand en septembre 1962, je lus dans le Monde un communiqué de l’ex-général Salan, chef de l’OAS, qui les jeunes français d’Algérie de plus de dix-huit ans devaient se considérer, comme des soldats mobilisés sur place, je pris la décision de quitter l’Algérie, ne voulant pas avoir à obéir à des généraux félons.

Le samedi 29 avril, devait être organisé l’inauguration de la stèle de Tipasa, qui venait d’être scellée.  Ce monument a été érigé sur le promontoire qui correspond à la nécropole de l'Évêque Alexandre, dans le parc des ruines de Tipasa.

Courant mai, nous avons été invités à une   projection privée du film de Jean-Marie Drot consacré à Camus, qui avait lieu dans les nouveaux locaux de la RTF sur les hauteurs d’Alger. Il y avait Charles Poncet, Jean de Maisonseul, Louis et Jeanne Miquel, Jean-Pierre et Jeanne Faure, Edmond Charlot et des personnes qui devaient disparaître bientôt : Sauveur Galliero nous confia qu’il se sentait très fatigué. On ne savait pas encore qu’il était atteint d’une leucémie et qu’il devait s’éteindre au printemps 1963. René Sintès3, peintre de talent de père français et de mère algérienne devait disparaître en avril 1962, on ne sut jamais dans quelle condition. Mouloud Feraoun fut assassiné par l’OAS le 15 mars 1962.

J’avais montré aux amis les photos que j’avais faites à Tipasa et celles du graphito de l’OAS qui avaient d’ailleurs particulièrement amusé notre ami Feraoun.

Le film de Jean-Marie Drot était très réussi et il est dommage qu’il n’ait pas été archivé.  Il y avait des entretiens avec Roger Grenier, Brice Parain, Manes Sperber, Suzanne Agnelli qui était la secrétaire de Camus, mais aussi le Pasteur de Lourmarin Philippe Jecquier et le forgeron de Lourmarin Reynaud qui nous dit : « Quel homme sympathique, ce Monsieur Camus et vous voulez que je vous dise franchement, je crois qu’il aimait beaucoup le théâtre. » Lorsque je vins à Lourmarin en août 1961, j’appris que ce forgeron venait de succomber à une crise cardiaque. Mouloud Feraoun4 parla de Camus avec beaucoup de sincérité de celui qui disait « qu’il a mal à l’Algérie comme d’autres ont mal aux poumons. » 

Après quelques pourparlers secrets, le FLN acceptait de dialoguer avec le gouvernement français dans le but d’aboutir à un cessez-le-feu. Le ministre des Affaires algériennes Louis Joxe devait organiser une conférence à Évian. Cette ville avait été choisie en raison de ses capacités hôtelières et de sa proximité avec la Suisse. Roland Bacri dans le Canard enchaîné fit son calembour sur Évian : Évian bonne eau, besef   Avant l’ouverture de la conférence, le maire d’Évian Camille Blanc devait être assassiné. L’OAS frappait en France de façon particulièrement imbécile. Le maire d’Évian était une personne tout à fait respectable. Dix ans plus tard, fin 1970 je devais travailler comme stagiaire interné à l’hôpital d’Évian portant  le nom de Camille Blanc. La conférence fut interrompue très vite, officiellement à cause du Sahara, en fait il s’agissait sans doute de désaccord interne entre dirigeants du FLN. Et quelques mois après, le GPRA devait changer de président : le pharmacien Ferhat Abbas sera remplacé par un autre pharmacien Ben Youcef Ben Khedda.

(…)

Après le 22 avril 1961, l’histoire s’accéléra et l’Algérie devint indépendante en juillet 1962.  Beaucoup d’eau a coulé sous le pont Mirabeau et aussi beaucoup de larmes et de sang.

Un samedi de juin 1965 à Alger. Yamina, qui avait l’habitude de venir faire le ménage chez nous le matin de bonne heure, en nous apportant le quotidien du matin arriva en nous disant : « Macache Journal, aujourd’hui. »  L’absence du quotidien était inquiétante. Mon père mit la radio que nous n’écoutions que dans les grandes occasions et l’on entendit un communiqué laconique nous informant que l’armée avait pris le pouvoir à Alger. Le putsch, cette fois-ci avait réussi, ce n’était pas un quarteron de généraux, ce n’était qu’un colonel !

 

                                                           Jean-Pierre Bénisti

 

Notes :

 

1. Voir : Claude OLIVIÉRI : Je me souviens…In Jean SPRECHER À contre-courant, éditions Bouchène., 2001, page 173.

2. culo : mot espagnol signifiant cul. En Algérie, insulte désignant un pédéraste.

3. René Sintès. Peintre franco-algérien, ami de Maisonseul, Edmond Charlot et JAR Durand, disparu en mai 1962.

        4.. Mouloud FERAOUN : Albert Camus, Les Lettres Françaises, n° 922, 22 mars 1962.on pourra voir la séquence du film de J.-M. Drot sur :

http://www.dailymotion.com/video/x2jnsy_mouloud-feraoun-a-propos-du-silence_news

Voir blog : à propos de Mouloud Féraoun, 24 mars 2011

http://www.aurelia-myrtho.com/article-a-propos-de-mouloud-feraoun-70123941.html

 

 

 

 

 

 

Mur Alger 1961 Photo JPB

Mur Alger 1961 Photo JPB

Mur Alger  2013 Photo JPB

Mur Alger 2013 Photo JPB

Partager cet article
Repost0