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8 mai 2020 5 08 /05 /mai /2020 18:02

 

 

Un arbre

 

Un arbre nous regarde à travers la fenêtre 

De ses milliers d'yeux verts : on dirait qu'il sourit 

De nous voir rassemblés à la table de hêtre, 

Nous de la maisonnée qu'il couve comme un nid. 

  

C'est un très vieil ami, un arbre de famille 

Qu'un grand-père a planté dans le temps près du puits ; 

Son écorce est ridée mais, chaque année, scintillent 

Des rameaux nouveau-nés ornés de jeunes fruits. 

  

Depuis tant de printemps et des étés sans nombre 

Il étreint la maison de ses racines blanches 

Et chacun tour à tour a goûté sous son ombre 

La fraîcheur embaumée que distillent ses branches. 

  

Les enfants et les chats ont joué avec lui 

Sous la lumière rousse et dorée de l'automne ; 

Il a porté les fruits des étoiles, la nuit, 

Et plus d'oiseaux chanteurs qu'une aube qui frissonne. 

  

Ainsi quand il regarde à travers la fenêtre 

De ses milliers d'yeux verts, je sais qu'il nous sourit, 

L'arbre aimé, l'arbre ami qui tous nous a vus naître, 

Nous de la maisonnée qu'il couve comme un nid. 

  

  

Marc Alyn

 

Arbre vu de la fenêtre  Alger octobre 1968 © Jean-Pierre Bénisti

Arbre vu de la fenêtre Alger octobre 1968 © Jean-Pierre Bénisti

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7 mai 2020 4 07 /05 /mai /2020 17:38

 

Cet instant de soleil

où l’arbre se résume

et serre dans le silence

le temps de ses milles paroles

 

                                               *

Maintenant l’arbre se souvient

d’une feuille étrangère 

qui le liait au ciel

 

                                               *

La Seine silencieuse

l’arbre nu (qui le connaît ?

 

                                               *

 

Jean Sénac : Poèmes. Collection Espoir. Gallimard 1954 repris par Actes Sud 1986

 

Arbre parisien 1962 © Jean-Pierre Bénisti

Arbre parisien 1962 © Jean-Pierre Bénisti

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6 mai 2020 3 06 /05 /mai /2020 16:13

 

Comme un arbre dans la ville

 

 

Comme un arbre dans la ville
Je suis né dans le béton
Coincé entre deux maisons
Sans abri sans domicile
Comme un arbre dans la ville

 

Comme un arbre dans la ville
J'ai grandi loin des fûtaies
Où mes frères des forêts
Ont fondé une famille
Comme un arbre dans la ville

 

Entre béton et bitume
Pour pousser je me débats
Mais mes branches volent bas
Si près des autos qui fument
Entre béton et bitume

 

Comme un arbre dans la ville
J'ai la fumée des usines
Pour prison et mes racines
On les recouvre de grilles
Comme un arbre dans la ville.

 

Comme un arbre dans la ville
J'ai des chansons sur mes feuilles
Qui s'envoleront sous l'œil
De vos fenêtres serviles
Comme un arbre dans la ville

 

Entre béton et bitume
On m'arrachera des rues
Pour bâtir ou j'ai vécu
Des parkings d'honneur posthume
Entre béton et bitume

 

Comme un arbre dans la ville
Ami fais après ma mort
Barricades de mon corps
Et du feu de mes brindilles
Comme un arbre dans la ville

 

Maxime le Forestier

 

 

 

https://youtu.be/clDxk0Wh--4

 

Cacerés (Estramadure) Photo JPB

Cacerés (Estramadure) Photo JPB

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5 mai 2020 2 05 /05 /mai /2020 20:27

 

 

Arbres

 

 

                    I 

  

Du monde confus, opaque 

des ossements et des graines 

ils s'arrachent avec patience 

  

afin d'être chaque année 

plus cribblés d'air 

  

  

                     II  

  

D'une yeuse à l'autre si l'œil erre 

il est conduit par de tremblants dédales 

par des essaims d'étincelles et d'ombres 

  

vers une grotte à peine plus profonde 

  

Peut-être maintenant qu'il n'y a plus de stèle 

n'y a-t-il plus d'absence ni d'oubli 

  

  

                     III  

  

Arbres, travailleurs tenaces 

ajourant peu à peu la terre 

  

Ainsi le cœur endurant 

peut-être, purifie 

  

  

  

Philippe Jaccottet  Poésie 1946-1967   Gallimard

 

Djerba 1980   © Jean-Pierre Bénisti

Djerba 1980 © Jean-Pierre Bénisti

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 16:22
De même que l'arbre souffre ... (Texte de Charles-Ferdinand  Ramuz)
Arbre parisien Février 1962 © Jean-Pierre Bénisti

Arbre parisien Février 1962 © Jean-Pierre Bénisti

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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 15:31

 

Autour de l'arbre immobile

l'ombre qui tourne

dessine sur le sol

le mouvement du jour.

 

C'est l'amorce

d'un cercle parfait

et tous les cercles se ressemblent

 

mais toutes les feuilles

sont différentes

 

Jean Tardieu

L'accent grave et l'accent aigu

Gallimard, 1986

El Oued novembre 1963  © Jean-Pierre Bénisti

El Oued novembre 1963 © Jean-Pierre Bénisti

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3 mai 2020 7 03 /05 /mai /2020 15:16

 

 

 

La joie des grands pins

je la vois

de ma fenêtre

qui ondoie

 

plus réelle que les

envolées consensuelles

 

 

                                           *

 

 

 

Le vent dans les pins

fait de nous des voyageurs

sans attente

 

 

 

Anne-Lise Blanchard

Le jour se tait

Éditions Jacques André, 2008

 

Chambon sur Lignon Août 1961© Jean-Pierre Bénisti

Chambon sur Lignon Août 1961© Jean-Pierre Bénisti

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 11:28

 

 

 

Louis Bénisti : Vingt cinq ans déjà…

 

Le 1er mai 1995, à Evian, Louis Bénisti nous quittait dans le grand âge. (1) Malade depuis quelques mois, il m’avait demandé de le conduire à Evian, lieu qu’il affectionnait car il avait retrouvé dans la vision du lac Léman au nord avec au loin la rive helvète, un paysage analogue à celui qu’il voyait à Alger avec la mer devant et au loin la côte du cap Matifou. De plus, il avait retrouvé près d’Evian, son ami architecte Pierre-André Emery, qui originaire du canton de Vaud, avait longtemps vécu à Alger et avait aussi remarqué la parenté des paysages.

Né à El Biar, près d’Alger, le 15 mai 1903, avant la guerre 14. Le vingtième siècle n’avait pas encore commencé et lorsqu’il partit toujours en ce mois de mai, ce mois si riche en événements, le siècle était bien fini.

Louis, aimait se promener sur les hauteurs pour admirer le paysage et se reposer sur un banc de la plage d’Amphion, à l’ombre des pommiers d’où il voyait les estivants se livrer aux plaisirs de la baignade. Il était souvent accompagné de Solange, son épouse qui devait partir en octobre 1990 et qui appréciait aussi la région. De ce banc, il faisait souvent des croquis lui permettant ensuite de réaliser des peintures dans son atelier. Et les baigneuses du Léman ont rejoint les petites filles jouant à la marelle dans les ruelles d’Aix-en-Provence, les bateaux du port d’Alger et les femmes assises sur les canapés des bordels de la Casbah. .

Evian lui avait rendu un hommage en organisant en été 1990, une exposition de ses dernières œuvres. Jean de Maisonseul avait préfacé cette exposition et avait terminé sa préface par ce verset de Saint John Perse :

« Grand âge, vous mentiez : route de braise et non de cendre…la face ardente à l’âme haute, à quelle outrance courons-nous là ? Le Temps que l’on mesure n’est point mesure de nos jours. » 

Cet anniversaire est particulièrement triste, cette année, où nous sommes tous confinés et dans l’impossibilité de nous réunir. Jacques Fribourg, neveu de Louis, vient de nous quitter, Encore enfant,  Jacques admirait déjà l’œuvre de son oncle. (2) Cette admiration ne s’est jamais démentie Il m’avait  aidé à  organiser l’exposition consacrée à Louis Bénisti au Centre Culturel Algérien de Paris en février 2019(2). Il aimait particulièrement un bouquet de fleurs blanches (3), une peinture de 1942 que Max-Pol Fouchet avait remarqué lors d’une exposition à Alger en décembre 1942. 

Jean-Pierre Bénisti.

  1. Voir : 

http://www.aurelia-myrtho.com/2015/05/louis-benisti-vingt-ans-deja.html

 

http://www.aurelia-myrtho.com/article-1er-mai-1995-a-evian-louis-benisti-passait-sur-l-autre-rive-72901420.html

 

  1. Voir : Adieu Jacques :

 http://www.aurelia-myrtho.com/2020/05/adieu-jacques.html

 

 

  1. Voir : http://www.aurelia-myrtho.com/2018/12/louis-benisti-le-peintre-de-la-terre-prodigue-d-algerie.html

 

  1. Le Bouquet blanc. Cette peinture fut exposée dans une exposition de groupe à la Galerie Lassalle en 1942. Max-Pol Fouchet rend compte de cette exposition dans Algérie-Soir (20 décembre 1942) et parle d’ « un certain bouquet blanc dont les recherches de matière sont un vrai plaisir. »


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Baigneuses à Amphion. (Gouache de Louis Bénisti 1992))

Baigneuses à Amphion. (Gouache de Louis Bénisti 1992))

Baigneuse Sculpture de Louis Bénisti (1950)

Baigneuse Sculpture de Louis Bénisti (1950)

Le Bouquet blanc. Peinture de Louis Bénisti (1942)

Le Bouquet blanc. Peinture de Louis Bénisti (1942)

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1 mai 2020 5 01 /05 /mai /2020 11:21

Adieu Jacques.

 

Mon cousin Jacques Fribourg vient de nous quitter. Médecin urgentiste dans une clinique de Trappes (Yvelines) il a succombé à des complications secondaires à une infection au Coronavirus, attrapée au cours de son travail.

Plus jeune que moi, je me souviens d’un petit garçon, qui avait déjà un sens de l’humour affirmé suscitant l’admiration de tout l’entourage.

Il n’était pas seulement le médecin admiré de tous ses collègues soignants, il était aussi un excellent musicien, passionné de musiques espagnoles ou latino-américaines. Il connaissait aussi très bien d’autres musiques populaires : arabo-andalouses, yiddish ou russes. 

Je l’ai rencontré fréquemment ces derniers temps. Il m’avait aidé à l’accrochage de l’exposition de Louis Bénisti au Centre Culturel Algérien car il appréciait beaucoup l’œuvre de son oncle et avait dit à une de ses amies, qui travaillait sur Matisse : « Bon, j’admets que ce n’est pas Matisse, mais c’est un vrai artiste, (…), et il mérite d’être mieux connu. »

Jl voulait venir me rejoindre à Barcelone en mars, où j’ai présenté la correspondance ce Camus avec la famille Bénisti (1), à la librairie Jaimès. Il n’a pu venir et a été aidé ses camarades auprès des malades et il a rencontré ce fâcheux virus.

Sa famille, ses amis, tous ceux qui l’ont connu, éprouvent beaucoup de tristesse après sa disparition.  Compte tenu de son parcours personnel et professionnel, sa mort dans l’exercice de sa fonction, donne un sens à sa vie.

            

 

                                                                        Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

Voir :

 

Covid-19 dans les Yvelines : immense émotion après la mort de l’urgentiste de Trappes - Le Parisien : 26 avril 2020

HOMMAGE. Covid-19 : ces soignants morts sur le front de l’épidémie - Le Parisien 27 avril 2020 

Journal d'épidémie : «L'urgentiste Jacques Fribourg est mort, c'était mon ami» -par  Christian Lehman Libération  27 avril 2020

 

(1) Albert Camus : Correspondance avec ses amis Bénisti 1934-1958. Éditions Bleu Autour, 03500 Saint Pourçain-sur-Sioule, 2019.

 

Adieu Jacques.

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30 avril 2020 4 30 /04 /avril /2020 17:00
Le Cantique des Créatures
Le Cantique des Créatures

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