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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 08:21

Atys changé en pin.

 

Jusqu'à la fin des temps, il faudra que je porte

Atys debout, rongé de sang et de fourmis,

Tes racines seront la chevelure morte

Les serpents sur mon cœur à jamais endormis.

 

Reptiles embaumés que rien ne putréfie

Au cadavre d'atos, ils emmènent mon sort :

Je tends cet arbre mort aux dieux que je défie.

Je me ramasse toute autour d'un arbre mort.

 

Mes vignes, mes forêts et mes sillons arides, 

Jaillissent en rayon de ce corps calcinés

Les astres dans leur nuit cherchant ce gibet vide

Comme un troupeau de dieux ont vers lui cheminé.

 

Et, seule, je ne sais, noire colonne, ô paire.

Doux arbre humain qui  fuis de feuille frémissant,

Sur ton cadavre nu, quel aigle va s'abattre

S'agriffer à l'écorce et te couvrir de sang...


François Mauriac Le sang d'Atys. 1940

 

Poème dit par Madeleine Renaud
https://youtu.be/oNA5E2k6ar4

 

Chambon sur Lignon © Jean-Pierre Bénisti

Chambon sur Lignon © Jean-Pierre Bénisti

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10 avril 2020 5 10 /04 /avril /2020 08:09
Bachir Hadj Ali : Chants pour le 11 décembre. La Nouvelle critique, 1963

Bachir Hadj Ali : Chants pour le 11 décembre. La Nouvelle critique, 1963

Kabylie Novembre 1968.© Jean-Pierre Bénisti

Kabylie Novembre 1968.© Jean-Pierre Bénisti

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 15:54

Grimper dans les arbres

 

            I

Quand vous sortez de votre bain le soir

Car il faut être nu - la peau doit être douce –

Alors montez encore dans vos grands arbres

Pur vent léger. Le ciel doit être clair.

Choisissez les grands arbres que leurs cimes 

Bercent noirs et lents le soir. Attendez

La nuit dans leur feuillage et qu’il y ait 

Prés de votre front la chauve-souris.

 

            II

Les petites feuilles durs des broussaillements

Vous entament le dos et vous devez

Vous pousser fort à travers des branchages

Vous grimper donc ainsi, geignant un peu, 

Et c’est beau de se bercer dans l’arbre

Ne vous bercez pas avec le genoux ;

Soyez à l’arbre comme est son sommet

Qui depuis cent ans tous les soirs le berce.

 

Bertolt Brecht 

Traduction Guillevic.

 

 

Cagnes : Les Colettes Août 1963 © Jean-Pierre Bénisti

Cagnes : Les Colettes Août 1963 © Jean-Pierre Bénisti

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9 avril 2020 4 09 /04 /avril /2020 15:44

Ah que les arbres m’enchaînent

Et que leurs branches s’envolent

Nids d’astres torturés

Aux herbes mortes de ma chair

 

Entends mon cœur l’eau des étoiles

Entends ma chère

Le grisonnement des veines

Hisse ma chair des seaux sz sang

 

Moi je tombe

Arbres ma mémoire et les robes de l’air

Tout fait et rien ne me retienne

- Voulez –vous me lâcher la main

 

André Gaillard (1894-1929) Œuvres poétiques.

 

 

 

 

ARBRES, éternels efforts de la terre pour parler au ciel qui l’écoute.

 

Rabindranath  Tagore : Lucioles.

 

 

 

"L'arbre tordu vit sa vie, l'arbre droit finit en planche" 

Proverbe chinois

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Auvergne Janvier 1994  © Jean-Pierre Bénisti

Auvergne Janvier 1994 © Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

 

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 18:32

 

 

 

Les arbres timides et forts

La nuit parlent à voix haute

Mais si simple est leur langage

Qu'il n'effraie pas les oiseaux

 

Près du cimetière où les morts

Remuent leurs lèvres de cendre

Le printemps en flocons roses

Rit comme une jeune fille

 

 

Et parfois comme le cœur

Prisonnier du vieil amour

La forêt pousse un long cri

En secouant ses barreaux

 

 

Marcel Béalu : Chemin Marqué. Rougerie, 2000

 

 

 

Kabylie ( Novembre 1968)© Jean-Pierre Bénisti

Kabylie ( Novembre 1968)© Jean-Pierre Bénisti

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8 avril 2020 3 08 /04 /avril /2020 18:24

Le vieil arbre

 

 

Le vieil arbre du fond des bois 

Appuie au sol ses basses branches,

Celles que berçaient le zéphir,

Celles qui riaient à l’azur

Au temps de sa tendre jeunesse

 

Aujourd’hui leurs poids les accablent

Et les enfonce dans une ombre

Accrue à chaque renouveau

 

Elles ont vu naître et grandir

La populace des ramures

Qui les cerne, qui les étouffe

Et que nul rayon ne traverse

 

Le vif de leurs ailes inertes

Git et s’abîme dans son lit

Qui est fait de tout leur passé

Feuilles mortes, feuilles vivantes

Se mêlent sur le noir humus

Comme regrets et souvenirs

 

Mais, à la cime du vieil arbre

Dominant toutes frondaisons

 Cent rameaux s’élancent

Cent rameaux nouveaux chantent sur un ciel

Où se défait des flocons de nuages, 

Où s’allonge un vol d’oiseaux migrateurs

 

Charles Vildrac. : Prolongements. 1946

 

 

Kabylie Avril 1966.     © Jean-Pierre Bénisti

Kabylie Avril 1966. © Jean-Pierre Bénisti

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 16:06

 

En ces temps déraisonnables 

Il ne faut pas oublier de se laver les mains

 

 

La Ménagerie de Tristan


 

L’éléphant qui n’a qu’une patte
A dit à Ponce Pilate
Vous êtes bien heureux d’avoir deux mains,
Ça doit vous consoler d’être Consul romain
.

 

Tandis que moi sans canne et sans jambe en bois
Je suis comme un héron et jamais je ne cours et jamais je ne bois
Et je ne parle pas des soins qu’il me faut prendre
Pour monter l’escalier qui conduit à ma chambre.

 

J’aimerais tant laver mes mains avec un savon rose
Avec du Palmolive avec du Cadum
Car il faut être propre et ne puis me laver
Et j’ai l’air ridicule debout sur le pavé.

 

Je n’ai pour consoler cette tristesse affreuse
Que ma trompe pareille aux tuyaux d’incendie
Et si je mets le pied dans le plat
Il y reste et l’on ne peut le manger à la sauce poulette.

 

Plaignez, Ponce Pilate, plaignez cette misère
Il n’y en a pas de plus grande sur terre
Vous êtes bien heureux de laver vos deux mains
Ça doit vous consoler d’être Consul romain.

 

Robert Desnos : Destinées arbitraires. Gallimard

 

 

 

N’oublions pas le SAVON  et l’éPONGE

 

Le Savon

 

(…)

     Il n’est dans la nature, rien de comparable au savon. Point de

galet (palet), de pierre aussi glissante, et dont la réaction entre vos

doigts, si vous avez réussi à l’y maintenir en l’agaçant avec la dose

d’eau convenable, soit une bave aussi volumineuse et nacrée, consiste

en tant de grappes de pléthoriques bulles.

     Les raisins creux, les raisins parfumés du savon.

     Agglomérations.

     Il gobe l’air, gobe l’eau tout autour de vos doigts.

     Bien qu’il repose d’abord, inerte et amorphe dans une soucoupe, le

pouvoir est aux mains du savon de rendre consentantes, complaisantes

les nôtres à se servir de l’eau, à abuser de l’eau dans ses moindres détails.

     Et nous glissons ainsi des mots aux significations, avec une ivresse

lucide, ou plutôt une effervescence, une irisée quoique lucide ébullition

à froid, d’où nous sortons d’ailleurs les mains plus pures qu’avant le

commencement de cet exercice.

*

     Le savon est une sorte de pierre, mais pas naturelle : sensible, susceptible,

compliquée.

     Elle a une sorte de dignité particulière.

     Loin de prendre plaisir (ou au moins de passer son temps) à se faire

rouler par les forces de la nature, elle leur glisse entre les doigts, y fond à vue

d’œil, plutôt que de se laisser rouler unilatéralement par les eaux.

 

(…)

 Francis PONGE : Le Savon Gallimard, 1967

 

 

 

Il ne faut pas oublier de se laver les mains

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 09:15

DE L’ARBRE SUR LA MONTAGNE

 

Zarathoustra s’était aperçu qu’un jeune homme l’évitait. Et comme il allait un soir seul par la montagne qui domine la ville appelée « la Vache multicolore » : voilà qu’il trouva dans sa promenade ce jeune homme, appuyé contre un arbre et jetant sur la vallée un regard fatigué. Zarathoustra mit son bras autour de l’arbre contre lequel le jeune homme était assis et il parla ainsi :

« Si je voulais secouer cet arbre avec mes mains, je ne le pourrais pas.

Mais le vent que nous ne voyons pas l’agite et le courbe comme il veut. De même nous sommes courbés et agités par des mains invisibles. 

Alors le jeune homme se leva stupéfait et il dit : « J’entends Zarathoustra et justement je pensais à lui. » Zarathoustra répondit :

« Pourquoi t’effrayes-tu ? — Il en est de l’homme comme de l’arbre.

Plus il veut s’élever vers les hauteurs et la clarté, plus profondément aussi ses racines s’enfoncent dans la terre, dans les ténèbres et l’abîme, — dans le mal. »

« Oui, dans le mal ! s’écria le jeune homme. Comment est-il possible que tu aies découvert mon âme ? »

Zarathoustra se prit à sourire et dit : « Il y a des âmes qu’on ne découvrira jamais, à moins que l’on ne commence par les inventer. »

« Oui, dans le mal ! s’écria derechef le jeune homme.

Tu disais la vérité, Zarathoustra. Je n’ai plus confiance en moi-même, depuis que je veux monter dans les hauteurs, et personne n’a plus confiance en moi, — d’où cela peut-il donc venir ?

Je me transforme trop vite : mon présent réfute mon passé. Je saute souvent des marches quand je monte, — c’est ce que les marches ne me pardonnent pas.

Quand je suis en haut je me trouve toujours seul. Personne ne me parle, le froid de la solitude me fait trembler. Qu’est-ce que je veux donc dans les hauteurs ?

Mon mépris et mon désir grandissent ensemble ; plus je m’élève, plus je méprise celui qui s’élève. Que veut-il donc dans les hauteurs ? 

Comme j’ai honte de ma montée et de mes faux pas ! Comme je ris de mon souffle haletant ! Comme je hais celui qui prend son vol ! Comme je suis fatigué lorsque je suis dans les hauteurs ! »

Alors le jeune homme se tut. Et Zarathoustra regarda l’arbre près duquel ils étaient debout et il parla ainsi :

« Cet arbre s’élève seul sur la montagne ; il a grandi bien au-dessus des hommes et des bêtes.

Et s’il voulait parler, personne ne pourrait le comprendre : tant il a grandi.

Dès lors il attend et il ne cesse d’attendre, — quoi donc ? Il habite trop près du siège des nuages : il attend peut-être le premier coup de foudre ? »

Quand Zarathoustra eut dit cela, le jeune homme s’écria avec des gestes véhéments : « Oui, Zarathoustra, tu dis la vérité. J’ai désiré ma chute en voulant atteindre les hauteurs, et tu es le coup de foudre que j’attendais ! Regarde-moi, que suis-je encore depuis que tu nous es apparu ? C’est la jalousie qui m’a tué ! » — Ainsi parlait le jeune homme et il pleurait amèrement. Zarathoustra, cependant, mit son bras autour de sa taille et l’emmena avec lui.

Et lorsqu’ils eurent marché côte à côte pendant quelques minutes, Zarathoustra commença à parler ainsi :

J’en ai le cœur déchiré. Mieux que ne le disent tes paroles, ton regard me dit tout le danger que tu cours. 

Tu n’es pas libre encore, tu cherches encore la liberté. Tes recherches t’ont rendu noctambule et trop lucide.

Tu veux monter librement vers les hauteurs et ton âme a soif d’étoiles. Mais tes mauvais instincts, eux aussi, ont soif de la liberté.

Tes chiens sauvages veulent être libres ; ils aboient de joie dans leur cave, quand ton esprit tend à ouvrir toutes les prisons.

Pour moi, tu es encore un prisonnier qui aspire à la liberté : hélas ! l’âme de pareils prisonniers devient prudente, mais elle devient aussi rusée et mauvaise.

Pour celui qui a délivré son esprit il reste encore à se purifier. Il demeure en lui beaucoup de contrainte et de bourbe : il faut que son œil se purifie.

Oui, je connais le danger que tu cours. Mais par mon amour et mon espoir, je t’en conjure : ne jette pas loin de toi ton amour et ton espoir !

Tu te sens encore noble, et les autres aussi te tiennent pour noble, ceux qui t’en veulent et qui te regardent d’un mauvais œil. Sache qu’ils ont tous quelqu’un de noble dans leur chemin.

Les bons, eux aussi, ont tous quelqu’un de noble dans leur chemin : et quand même ils l’appelleraient bon, ce ne serait que pour le mettre de côté.

L’homme noble veut créer quelque chose de neuf et une nouvelle vertu. L’homme bon désire les choses vieilles et que les choses vieilles soient conservées. 

Mais le danger de l’homme noble n’est pas qu’il devienne bon, mais insolent, railleur et destructeur.

Hélas ! j’ai connu des hommes nobles qui perdirent leur plus haut espoir. Et dès lors ils calomnièrent tous les hauts espoirs.

Dès lors ils vécurent, effrontés, en de courts désirs, et à peine se sont-ils tracé un but d’un jour à l’autre.

« L’esprit aussi est une volupté » — ainsi disaient-ils. Alors leur esprit s’est brisé les ailes : maintenant il ne fait plus que ramper et il souille tout ce qu’il dévore.

Jadis ils songeaient à devenir des héros : maintenant ils ne sont plus que des jouisseurs. L’image du héros leur cause de l’affliction et de l’effroi.

Mais par mon amour et par mon espoir, je t’en conjure : ne jette pas loin de toi le héros qui est dans ton âme ! Sanctifie ton plus haut espoir ! — 

Ainsi parlait Zarathoustra.

 

Friedrich Nietzsche : Ainsi parlait Zarathoustra. Traduction Henri Albert . Mercure de France, Paris 1903.

Kabylie Novembre 1968. Photo JPB

Kabylie Novembre 1968. Photo JPB

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7 avril 2020 2 07 /04 /avril /2020 08:57

Parole et l’arbre contenu. Parole 

Avec l’arbre des mots dans le corps d’arbre

Et le corps féminin des mots

Dans la droiture inexpliquée de l’arbre

 

Tous liquides miroirs criant de vent

Puis retenus dans l’anxiété des racines

Sous le nom de la terre qui est 

Corps de terre imagée dans l’arbre

 

Corps féminin de terre avec les bras

Formant l’arbre, et de femme

Ô miroir, ô souffrant

Pour l’étendue de terre défaite et ses liaisons.

 

Salah STÉTIÉ : Fragments : Poème. Gallimard, 1978

Sainte Victoire Avril 1993 Photo JPB

Sainte Victoire Avril 1993 Photo JPB

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6 avril 2020 1 06 /04 /avril /2020 16:02

Arbre du soir

 

Profonde majesté dont le bras noir s'incline

Dans le temps sans air et surtout sans ciel

Et la matière humide : l'obscurité

Touchante avec le soir, les énormes fougères

Et sans bruit sans oiseaux, la racine évidée

Par l'horrible malheur d'antan. Rêve !

Malheureux rêve en remplaçant les atmosphères, 

À la liberté quand le premier auteur....

 

Pierre Jean Jouve : Les Noces, Mercure de France 1964. Réédit Gallimard 1966

 

Tout est un et un  et un, et tout en un

Et un en Dieu

Et Dieu présent dans le tronc d'arbre mort

Pierre Jean Jouve : Les Noce

 

Arbre nu dévorant, ô mère et terre et mort !

Ombre de longue histoire, bouche sanglante

Satisfais et condamne l'homme en coeur long

Qui aspire à mourir dedans la main gluante.

Pierre Jean Jouve :Sueurs de sang , Mercure de France 1964. Réédit Gallimard 1966

 

 

Ibiza Mai 1984 Photo JPB

Ibiza Mai 1984 Photo JPB

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