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11 avril 2011 1 11 /04 /avril /2011 14:12

Il y a cinquante ans, le 4 avril 1961, était inauguré à Orléansville (aujourd’hui Chlef), le Centre Culturel Albert Camus. Ce centre devait être conçu dans le cadre du plan de reconstruction d’Orléansville après le séisme de 1954. Camus qui s’était rendu à Orléansville avait fait part à Miquel et Simounet de ses observations sur un projet de théâtre au sein de ce centre1...( A l’occasion de l’ouverture de ce centre, il y, eut quelques manifestations artistiques. Mon père, le peintre Louis Bénisti, qui avait travaillé avec Miquel et Emery au théâtre de l’Equipe d’Albert Camus dans les années 30, devait de nouveau aider Miquel  en organisant une exposition de peintre amis de Camus. Parmi les artistes qui exposaient, il y avait Galliero, De Maisonseul, Assus, Caillet, Clot, Degueurce, Suzanne Delbays, Thomas-Rouault, Marie Viton, Étienne Chevallier, Maurice Girard, Nicole Algan, Bénisti…..

Le centre n’était pas un théâtre traditionnel, mais un lieu de théâtre, ressemblant aux Maisons de la Culture, que Malraux devait promouvoir dans les années 60 à Chalons sur Saône, Bourges, Thonon, ou Grenoble. Louis Bénisti nous dit dans un entretien de 1990 :: « il est à noter que Miquel et Simounet se sont  mis d’accord pour mettre sur pied toutes les initiatives théâtrales que Camus, Miquel et Simounet, Émery avaient réunis en étudiant non seulement le théâtre à l’Italienne, le cirque romain, le théâtre japonais, le théâtre oriental et ils avaient essayé de réunir tous ces éléments pour faire ce qu’on pourrait appeler un lieu culturel et c’était véritablement un lieu culturel dans lequel il y avait différentes possibilités de manifestations théâtrales. Il est à noter toutefois que je ne sais pour quelles raisons, à cause peut-être du caractère de Simounet et de Miquel et d’Émery aussi, qui certainement avait participé à la réflexion de ce théâtre, ce théâtre  a été bâti avec un certain rigorisme, un certain puritanisme, on pourrait dire que par exemple il y avait une scène qui se déployait devant un amphithéâtre un peu à la romaine, mais un amphithéâtre de béton avec une circulation, mais point de velours et point de fauteuils et point de coussins, chacun  devant apporter les commodités de son siège. »  Il y avait aussi un théâtre de plein air devant la piscine  « sur un théâtre extérieur qui était organisé toujours avec des gradins surplombant un théâtre aquatique constituant une piscine d’un très beau dessin et sur laquelle on pouvait organiser des représentations nautiques. Et ça c’était très beau. »2 La cérémonie d’inauguration commençait à onze heures par un discours de Poncet prononcé dans le théâtre de plein air devant la piscine. Poncet retraça le passé algérien d’Albert Camus et insista sur son intérêt pour la reconstruction d’Orléansville et que «  depuis le 4 janvier 1960, son souvenir nous accompagne chaque jour », il cita Morvan Lebesque qui considérait Camus comme « le dernier des Justes. ». L’après-midi nous devions assister à une série de spectacles de théâtre des pièces qui venaient d’être mis en scène avec des jeunes stagiaires du Centre. Il y avait d’abord Meurtre dans la Cathédrale de TS Eliot, mis en scène par Jean Rodien dans le théâtre couvert, puis un spectacle en langue arabe de Ould Abderramane Kaki, avec beaucoup d’intermèdes musicaux et chorégraphiques, puis nous sommes sortis du théâtre couvert pour assister à la représentation de la Mégère apprivoisée de Shakespeare en langue arabe, mise en scène par Kamel Babadoun, dans le théâtre de plein air devant la piscine. Le spectacle devait se terminer par une plongée des acteurs dans la piscine... Nous sommes de nouveau retourné dans le théâtre couvert où la troupe des Capucines présentait un spectacle pantomime : un conte bulgare, un ballet sur une musique de Duke Ellington. Cette troupe des Capucines était dirigée par Françoise Becht, qui devait devenir la première femme de Simounet. Il y avait dans cette troupe  Boudjemaa Bouhada, qui peu après devait rejoindre la troupe parisienne de Jean-Marie Serreau et jouer dans les pièces de Kateb Yacine. Il devait mourir prématurément en juin 1990. Après un entracte pour nous permettre de nous restaurer, nous devions voir le soir une représentation de Prométhée enchaîné, dans une mise en scène d’Henri Cordreaux.

Au cours de cette journée nous avons beaucoup échangé. Nous avons vu notamment les Perrin, qui avait été le condisciple de Camus et Fréminville dans la classe d’hypokhâgne du Lycée d’Alger3.) . Nous ne nous doutions pas que trois mois plus tard Maurice Perrin devait être assassiné par un commando de l’OAS. 

Peu de temps, après l’inauguration  du ce centre culturel, devait être inauguré  à Tipasa, le 29 avril, la stèle  à la mémoire de Camus gravé par Louis Bénisti. Sur cette pierre romaine était gravée  une phrase de Camus : Je comprends ici ce qu’on appelle gloire, le droit d’aimer sans mesure.4 »

Je suis retourné en 1965 à Orléansville devenue El Asnam après l’Indépendance. Le centre était ouvert et il semblait avoir quelques modestes activités. J’en informais Miquel au cours d’un passage à Paris qui semblait rassuré de l’utilisation de son théâtre.

Monsieur Maurice Besset, spécialiste de l’architecture moderne et ancien conservateur du musée de Grenoble fit une visite en Algérie indépendante uniquement pour voir les œuvres de Miquel et de Simounet 5

En 1980 un nouveau séisme atteignit la plaine du Chelif et devait atteindre Orléansville devenue depuis El Asnam. Et comme pour essayer d’oublier cette catastrophe El Asnam devint alors Chlef. Beaucoup de bâtiments furent détruits, le Centre résista. Louis Miquel aurait voulu revoir l’état de son œuvre, mais il ne put réaliser ce voyage.

J’ai appris récemment que le Centre Camus était devenu le Centre Larbi Tebessi, du nom du fondateur avec le Cheikh Ben Badis, de la société des Oulémas. Je voudrais signaler à ces honorables fonctionnaires qui ont pris la responsabilité de débaptiser le bâtiment, que Albert Camus fut un jour le défenseur d’un ouléma le Cheikh El Okbi, lorsqu’il avait été incarcéré par l’administration coloniale.

            Nous avions perçu au cours de cette réunion d’inauguration à Orléansville qu’une Algérie ouverte et fraternelle était encore possible. Les jours suivants cette journée devaient être de plus en plus noirs.  

 

Jean-Pierre Bénisti

 

NOTES :

 

  1. Voir Roland SIMOUNET : Traces écrites. Pézénas, éditions Domens, 1996
  2. Voir Entretien de Louis Bénisti avec Jean-Pierre Bénisti (inédit)
  3. Voir ; JPB La Khagne du lycée d’Alger  (aricle du mars 2011 sur ce Blog)
  4. Voir Jean-Pierre Bénisti:,  Bénisti, Camus et Tipasa : Actes du colloque de Tipasa, d’Avril 2006  organisé sous la direction d’Afifa Bererhi; Albert Camus et les lettres algériennes, l’espace de l’interdiscours  p. 493-503. Blida, éditions du Tell, 2007
  5. Maurice Besset (1921-2008) historien d’art proche de Le Corbusier auteur  de Nouvelles architectures françaises, Ed ; Niggle et Teufeu, Suisse1968. Voir André Fermigier : Les bâtisseurs clandestins Le Nouvel Observateur, 17 avril 1968. « Les réalisations les plus brillantes de l’architecture française contemporaine  se situent peut-être hors de France, en Afrique du Nord, par exemple (…) où Jean Bossu, Louis Miquel et Roland Simounet, l’Atelier d’Urbanisme et d’architecture, ont construit des édifices sociaux ou culturels tout à fait remarquables. »

 

 

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OrléansvilleSimounet Miquel Émery233

 

La piscine du Centre AC

Au milieu, on reconnaît  Henri Cordreaux

Photo JPB

 

 

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Le théâtre de plein air du centre 

On reconnaît Jeanne Miquel, Louis Bénisti, Louis Miquel

Photo Jean Degueurce

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 08:32

ACKagne-Bugeaud-611.jpg

 

Dans les nombreux livres d’images consacrés à Camus, une photo est presque constante c’est celle de la photo de classe de l’hypokhâgne du lycée Bugeaud d’Alger. Il est rare que cette photo soit accompagnée de légende. On insiste surtout sur le fait qu’il est le seul garçon a ne pas porter le  calot traditionnel du  khâgneux.

J’ai pu identifier plusieurs condisciples du futur écrivain : Sur la photo célèbre de la classe d’hypokhâgne du lycée Bugeaud, on reconnaît au centre Monsieur Paul  Mathieu, professeur de français, Monsieur Sauvage, proviseur, Monsieur Garoby, professeur d’histoire et géographie et Évelyne Izac. Au deuxième rang, à l’extrême droite, Jean Bogliolo, et de droite à gauche  André Bélamich,une étudiante inconnue et Claude de Fréminville, derrière le proviseur.Toujours au deuxiéme rang, mais à l'extrême gauche Marcel Chiapporé, puis Paul Boyer.

Au dernier rang, de droite à gauche Maurice Perrin, puis Albert Camus sans calot.

Jean Bogliolo, qui obtint en hypokhâgne, le premier prix de philo devant Camus, s’essaya à l’écriture et publia chez Charlot Broussailles. Il devint ensuite un professeur de lettres estimé et resta au lycée Gauthier d’Alger jusqu’au début de l’indépendance de l’Algérie. Il milita au sein de l’OAS et fut expulsé d’Alger par les autorités françaises au printemps 1962 et il l revint ensuite à la fin des hostilités.

Marcel Chiapporé devint professeur de grec à la faculté d'Alger, puis à celle de Dakar.

Paul Boyer enseigna les lettres au lycée Bugeaud puis au lycée de Hyère.

Maurice Perrin, militant de la Trêve civile, fut assassiné par l’OAS en novembre 1961.

Claude de Fréminville devint  le célèbre Claude Terrien, journaliste à Europe n°1

André Bélamich, devint traducteur de Federico Garcia Lorca  pour le compte des éditions Gallimard

Evelyne Izac, devint plus tard Evelyne Baylet, mère de Jean-Michel Baylet et directrice de la Dépêche du midi.  Elle entretint des liens étroits avec François Mitterrand et René Bousquet (de sinistre mémoire)

Les autres personnes ne sont pas identifiables et  il est étonnant que depuis la disparition de Camus, ces personnes ne se soient pas manifestés auprès des camusiens.

Par la suite, la khâgne de Bugeaud devait avoir d’autres élèves prestigieux comme : Assia Djebbar, Pierre Rivas ou plus récemment Jean-Pierre Castellanni  ou Mauricette Berne.

Camus-Lycee-1.ajpg.jpg

 

            Après la disparition de Camus, étonné que les autorités françaises ne prirent pas l’initiative de débaptiser le lycée Bugeaud en lui donnant le nom de son illustre ancien élève prix Nobel, nous eûmes l’idée,  avec mes camarades Pierre Grou, Jean Alla et Denis Thomas, de faire une souscription pour mettre dans le hall du lycée une plaque commémorative en souvenir de Albert Camus. Grou trouva le père d’un camarade qui était marbrier pour la gravure et entama des négociations avec le proviseur et le Professeur Mathieu. Quand les autorités donnèrent leur accord, il fallait trouver les fonds auprès des élèves et des professeurs. Monsieur Weiss, notre professeur de lettres prit l’initiative d’inviter les élèves de notre classe à souscrire et il fit l’éloge du grand écrivain de l’Afrique du Nord. Trois élèves sur trente-cinq souscrirent, cela illustrait bien le désintérêt des Français d’Algérie pour leur glorieux compatriote. La plaque fut placée en catimini sans inauguration au parloir du lycée  et l’on pouvait lire :

                                Albert Camus

                                  1913-1960

                        Prix Nobel de Littérature 1957

                   Élève du lycée  Bugeaud de 1924 à 1933.

      Lorsque, en 2004, Nazim, le fils de mon ami Belkacem Benchikh, me conduisit au parloir du lycée Bugeaud devenu Emir Abdel Kader, je constatais que la plaque était toujours là et j’en envoyais une photo à mes amis. Charles Bérenguer, ami  récemment disparu, me répondit au sujet de cette plaque  « : Merci pour (…) La photo de la plaque commémorative. Après tout, ce qui a pu être dit "entre ma mère et la justice" et la campagne de désinformation dont il a pu faire l'objet, la vision de cette plaque, aujourd'hui en place, me fait l'effet de ses roches éternelles que la houle la plus bestiale n'arrive pas à ébranler de ses coups de boutoir et que la vague apaisée vient caresser ensuite. »

 

                                                                                                                                                         Jean-Pierre Bénisti


 

Voir :

 

Album Camus, iconographie choisie et commentée par Roger Grenier. Gallimard,, Bibliothèque de la pléiade, 1982.

Paul Mathieu : Petite histoire de la Khâgne africaine (Avant-propos de Guy Basset) in Présence d’Albert Camus. Revue publiée par la  Sociétés des études Camusiennes, n°1 2010.

 

Casbah22647.jpg

Le Lycée vu de La Casbah

Photo JPB (1966)


 

 

 

 

 

 

 

 

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31 mars 2011 4 31 /03 /mars /2011 08:21

Puy660

Au Puy en Velay le Président Sarkozy a parlé des racines chrétiennes de la France.En retrouvant un vieux guide touristique des années 50, je m’aperçois que les architectes de la cathédrale du Puy ont été inspirés par les architectes arabes, les photographies du cloître du Puy et de la mosquée de Cordoue juxtaposées (1) (L’auteur du guide avait dû être inspiré par Elie Faure  et Malraux qui furent les premiers à oser juxtaposer les œuvres d’art  d’époque ou de culture différente).

Le président aurait donc pu parler au Puy des racines islamiques de la France.

 

(1) André Chanal, Le Puy, éditions Xavier Mappus, Le Puy, 1954.

 

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30 mars 2011 3 30 /03 /mars /2011 08:49

La politique sarkozienne a une grande qualité : elle sait lancer des débats qui se transforment en psychodrame. Après le débat sur l’identité nationale, voilà le débat sur la laïcité et sur la place de l’Islam en France. Il n’y a aucun sujet qui ne soit pas digne d’un débat. Tous ses débats de société nous intéressent, à condition qu’ils se situent loin des joutes politiciennes  et des campagnes électorales.Un psychodrame qui ne dit pas son nom vient de s’installer :

Voilà qu’une personnalité musulmane propose le port d’une étoile verte pour les musulmans, révélant le désir inconscient de certaines personnes appartenant à des minorités actives à adopter une position victimaire par mimétisme : le port de l’étoile verte musulmane s’identifiant à  l’étoile jaune juive.

Voilà Monsieur Jean-François Copé qui essaie de prendre la posture d’Albert Camus en publiant une lettre à un ami musulman, qui n’a pas la qualité des lettres à un ami allemand, ou de la lettre à un  ami juif de Ibrahim Souss et de à un ami israélien de Régis Debray.

Attention, ces jeux sont dangereux. Il est temps de s’arrêter !

 

                                             Jean-Pierre Bénisti.

 

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24 mars 2011 4 24 /03 /mars /2011 17:20

IMG 1897

Hier soir, j’ai suis allé à une représentation d’une adaptation théâtrale du Journal de Mouloud Féraoun. Ce spectacle donné par la compagnie théâtrale "les passeurs de mémoire "devrait être donné à l’intention des élèves des lycées

Je recommande ce spectacle très réussi .

 

    Ce soir, le Monde  (dâté du vendredi 25 mars) consacre un article à monsieur Patrick Buisson, qui serait le conseiller du président Sarkozy pour l’extrême droite. Ce monsieur Buisson, le 19 mars 1962 avait à l’âge de treize ans refusé de s’associer à la minute de silence recommandée par le ministre de l’Éducation  nationale en hommage aux six inspecteurs tués par l’OAS le 15 mars  1962. Il avait l’excuse d’être jeune et de toutes les façons, il est couvert par l’amnistie des accords d’Évian1  

 

    Feraoun était un ami de ma famille. Je l’avais rencontré lorsque j’étais au lycée. La dernière fois que je l’ai vu, c’était en mai 1961, juste après le pronunciamento du 22 avril. C’était au cours de la projection du film de Jean-Marie Drot2 sur Albert Camus, dans lequel il intervenait Je lui avais montré les photos du Centre Culturel Albert-Camus, bâti par Miquel et Simounet à Orléansville (Chlef aujourd’hui), de la stèle que l’on venait d’inaugurer à Tipasa et quelques autres photos comme celle d’un graphito  à la craie où l’on pouvait lire OAS, que j’avais prise en raison des qualités du dessin.  Il avait été fort amusé par cette photo.

 

    Roblès avait dit que Feraoun était à la Kabylie ce que Lorca était à l’Andalousie. Il ne se doutait pas que Feraoun  (en 1962) et Lorca (en 1938) eurent le même destin, tous deux victimes de l'intollérance,. Plus tard, d’autres poètes furent assassinés sur la terre algérienne : Jean Sénac, et plus tard Youssef Sebti, Laadi Flici,  Tahar Djaout et bien d’autres. 

 

                                                                                                               Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

 

 

 

 

(1)  On pourra se reporter au site de la LDH Toulon

 

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article3218

 

(2) on pourra voir la séquence du film sur :

http://www.dailymotion.com/video/x2jnsy_mouloud-feraoun-a-propos-du-silence_news

 

http://www.ina.fr/video/I07058700/max-pol-fouchet-presente-le-journal-de-mouloud-feraoun.fr.html

 

http://blogs.mediapart.fr/blog/anne-guerin-castell/010910/passe-passe-memoriel-quai-branly-23

 

Voir aussi :

http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article4358

 

 

http://marchandferaoun.free.fr/

 

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Article de Roblès Alger-revue 1955

 

 

 

 

 

Feraoun472.jpg

 

Les Lettres Françaises Mars 1962

 

 

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Photo JPB

 

 

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9 mars 2011 3 09 /03 /mars /2011 12:07

 

 

Dans ce Paris de la fin des années 50, les bordels avaient déjà disparu.  Mais il y avait des pissotières toutes circulaires qui étaient aussi fréquentes que les colonnes Morris. Il y eut des municipalités qui cédèrent aux pressions des syndicats des cafetiers désirantt supprimer ces engins pour récupérer la clientèle des pisseurs obligés de consommer après avoir fait usage des toilettes. Pour calmer ma colère d’avoir vu disparaître les pissotières, je n’hésite pas à user des toilettes des bistrots sans pour autant prendre une consommation.

Je me souviens, comme dirait Georges Perec des autobus à plateforme. C’était très agréable de faire une balade dans Paris à l’air libre lorsqu’il ne faisait pas trop froid et ces autobus étaient parfaitement bien dessinés. On peut les revoir dans ce beau petit film de Lamorisse : le Ballon rouge. Lorsque l’on prenait le bus, on payait en fonction de la longueur de son trajet par l’entremise des sections, et le receveur venait lui-même vendre les billets sans que nous ayons besoin de nous déplacer. Il annonçait les arrêts : Voici Denfert et son lion et voici Duvernet et son mouton. Palais-royal, fin de section ! Dans le métro, des poinçonneurs et des poinçonneuses essayaient de fabriquer des confettis en faisant des trous, des petits trous, toujours des petits trous, comme le chantait Gainsbourg. Ce qui était moins agréable, c’était les portillons automatiques qui empêchaient les voyageurs de courir après les trains arrivant sur les quais. Il y avait aussi une ligne de métro curieuse par ses décorations différentes des autres lignes, c’était l’ancien Nord-Sud, qui était jusqu’en 1930, concurrent du métro, il allait de Montmartre à Montparnasse ou plus précisément de la porte de la Chapelle à la porte de Versailles. Il fallait éviter de prendre une correspondance à Marcadet-Poissonnier, car le couloir était fort long. Les noms des stations étaient tout un programme : Chemin vert,    Filles du calvaire, Bonne Nouvelle, Jasmin etc. Les stations étaient toutes tapissées de carreaux de faïence blanche comme dans cet immeuble de la rue Vavin immortalisé dans le dernier tango à Paris.Dans les tunnels noirs entre les stations, on ne pouvait que voir des affiches publicitaires avec DUBO, DUBON, DUBONNET. La fréquence de ces affiches nous agaçait et était probablement contre-productive car je n’ai jamais bu de cet apéritif.  Les stations de métro au style art déco de Guimard étaient nombreuses. Il en reste très peu aujourd’hui.

         Les flics avaient un képi et une pèlerine en hiver. Actuellement ils sont en tenue de combat ou déguisé en loubard.

  Des encarts publicitaires paraissant dans les revues médicales qui traînaient chez moi  avaient pris pour thème Paris méconnu. Il y avait dans chaque revue deux hors-texte avec une photographie et un commentaire... puis lune publicité pour un médicament. C’est ainsi que je sus qu’au métro Bastille, on pouvait observer un vestige de l’ancienne Bastille : deux pierres  qui ont résisté à la destruction de la forteresse. Je sus aussi que place Furstemberg il y a  l’atelier de Delacroix, qu’au théâtre Sarah Bernard le trou du souffleur correspond au lieu où Gérard de Nerval s’est pendu, qu’au métro aérien Jaurès  et au parc Monceau il y a des rotondes   construites par l’architecte Ledoux, ce célèbre architecte du XVIII ème siècle qui bâtit les Salines d’Arc et Senans et  la prison d’Aix-en-Provence. Ces rotondes sont les vestiges des anciennes fortifications. Il n’y a plus de fortifications chantait Fréhel  sur l’électrophone de Jean-Pierre Léaud dans la Maman et la Putain, Je sus aussi que  rue Visconti, cette rue du quartier Saint Germain des près entre la rue de Seine et la rue Bonaparte  vécut Jean Racine.

  Il y avait toujours les Halles avec ses odeurs particulières aujourd’hui disparues. On dit que lorsque les Halles déménagèrent pour Rungis, les rats des Halles suivirent les camions à Rungis et à Rungis, il y a autant de rats qu’il y en avait  rue Saint-Denis.

Un autre lieu peu connu était l’île aux cygnes avec la statue de la Liberté, maquette de celle de New York, tout près de ce Pont Mirabeau, célébré par Apollinaire.

L’une des choses que je regrette le plus c’est les numéros de téléphone MON 06 92 BAB 0514, TAITbout1012. On pouvait au moins retenir les numéros de téléphone qui évoquaient les lieux où habitaient nos correspondants

 

Jean-Pierre Bénisti

 

Pissotiere921.jpg

 

Photo JPB

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 12:18

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Mosquée à Jerba (Photo Jean-Pierre Bénisti)

 

Je vous invite au sujet de la bataille des clochers et des minarets à lire l'article de notre  ami Antoine Blanca sur son blog :

 

http://inter-socialiste.over-blog.com/

 

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 11:54

Aujourd’hui paraît-il, c’est l’ouverture du Printemps des poètes, en plein printemps arabe et  en même temps que la journée de la femme.

Je recommande dans Libération.fr, un lien avec le blog de Raphaël Sorin sur René Char :

http://lettres.blogs.liberation.fr/sorin/2011/03/rene-char-le-loriot-change-en-coucou.html

 

Je pense à mon ami Jean Sénac, dont les œuvres ne plus disponibles en librairie. Je pense à une rencontre où je lui avais fait lire un poème écrit par un jeune lycéen algérien inconnu  intitulé : Mélancholie :

Une main fume contre un cœur …

Un homme risque la fumée

Vient donc les pierres :

Le cœur de la pierre est bien doux ma mère

La fenêtre ne donne pas toujours sur la mer

La fenêtre t’attend : La goutte d’eau n’est pas toujours amère

Je ne sais pas ce qu’est devenu l’auteur de ce poème écrit vers  1964.

 

J’avais illustré par une photographie le poème de Sénac sur l’arbre intitulé Roi militant, publié en 1954 dans le premier recueil de Sénac, préfacé par René Char :

 

Arbre mon aimantier

Qui prend le geste de l’homme

Et la forme de son salut

 

Mon arbre qui devient la plus pure présence

De l’homme dans son désert

Qui connaît le secret des gisements de l’âme

Les audaces du cœur calcaire

Et la vertu patiente du jaillissement

 

Mon arbre bien planté

Dans cette chair atroce

Où Dieu résonne

-         ô mon caveau

 

Voici le matin

Jette ses mains à la surface des eaux

Et la terre frémit d’impatience

 

Rues fenêtres corsages

Il y a là une fête qui monte

Et moi arbre loyal je te salue

 

 

(Photo Jean-Pierre Bénisti)

 

 

Arbre362.jpg

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4 mars 2011 5 04 /03 /mars /2011 11:10

Voilà que notre président ne fait pas dans la dentelle (du Puy !) Il revendique sans vergogne l’héritage du christianisme.

Je me demande s’il est nécessaire de transformer les campagnes électorales en psychodrame collectif. Il n’est pas de très bon goût de lancer en pleine révolution des peuples arabes, un débat sur l’Islam en France ou de faire une déclaration sur les racines chrétiennes de la France.

Certes, la loi sur la séparation de l’Église et de l’État ne nie pas que la France est un pays dont les habitants sont majoritairement de parents chrétiens. Il n’empêche qu’il y a des personnes appartenant à d’autres religions et beaucoup qui, tout en appartenant à une religion, ne désirent pas y  faire référence.

Et puis, le christianisme n’est pas seulement les bâtisseurs de cathédrales et les grands philosophes comme Saint Thomas d’Aquin ou Blaise Pascal, c’est aussi la Saint-Barthélemy, la révocation de l’Édit de Nantes ou l’antijudaïsme religieux de l’Église d’avant Vatican II qui a favorisé la venue de l’antisémitisme moderne…

Acceptons l’héritage, sous réserve d’inventaire ! 

 

Jean-Pierre Bénisti

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2 mars 2011 3 02 /03 /mars /2011 17:20

Aujourd’hui, sur France Culture l’émission de Raphaël Einthoven nous invite à une analyse comparée des fables de La Fontaine et des chansons de Brassens. Idée intéressante mais pas nouvelle. Il y a cinquante ans, mon professeur de lettres, Jean Oliviéri, avait osé à une époque où le Gorille n’était pas audible à la radio, comparer Brassens à Villon.

Mon admiration pour Brassens remonte à très longtemps. Dans les années 50, mon oncle Henri, délaissant son phonographe à manivelle et fier d’avoir acquis un des premiers tourne-disque 33 tours,  m’avait initié à ce chanteur en me faisant écouter les Sabots d’Hélène et Putain de toi.

Depuis je ne me suis pas lassé de l’écouter. Je connaissais tellement bien ses chansons que j’arrivais à les repérer  à l’audition des premiers accords de guitare. Mon père me disait : « Tes leçons de Brassens, tu les sais bien ! Dommage qu’il n’en soit pas de même dans les autres matières. » Je peux dire que  Brassens m’a accompagné pendant toutes mes années d’adolescence que je pourrais appeler mes années Brassens. Bien sûr, il y a des chansons moins bonnes que d’autres comme cette fameuse chanson sur le nombril de la femme d’un agent de police. Plus tard lorsque, médecin, j’ai fait des gardes de médecine générale, alors que j’étais en train d’examiner une patiente qui avait des douleurs abdominales, la patiente me dit que son bonhomme de mari était flic, je pensais au fond de moi, être le plus heureux des hommes, j’avais enfin vu le nombril de la femme d’un agent de police.

 

Il y a plusieurs Brassens Il y a un Brassens gaillard avec quelques chansons proches de ce que l’on appelle les chansons de corps de garde, ce ne sont pas les meilleures chansons de Brassens mais elles sont amusantes : Quand on est con, on est con. ; Marinette, Le Pornographe.... D’autres chansons nous présentent des êtres humbles que nous voudrions rencontrer : l’Auvergnat, les sabots d’Hélène, le vieux Léon, Jeanne., Pauvre Martin. Quelquefois Brassens flirte avec le surréalisme : Un gorille violant un juge, des mégères serrant des gendarmes entre de gigantesques fesses et cette brave Margot qui donne à téter à un chat , cette même Margot qui donne ce même sein à ces marmots, le sein qui fut un jour tété par son amant.. Au cours du cortège nuptial le vent emporte le chapeau du marié suivi par les enfants de cœur, comme dans un tableau de Chagall. . .Il y a aussi  le Brassens précieux : la marche nuptiale, Pénélope, les amours d’antan et le blason , ce merveilleux poème de plusieurs strophes pour ne pas avoir à prononcer « un tout petit vocable de trois lettres et pas plus. » Toutes ses chansons sont intemporelles et  se confondent avec les vieilles chansons populaires de tous les temps. Avec des expressions quotidiennes, il arrive à enrichir notre langage : Faire mes quatre voluptés… M’envoyer à la santé me refaire une honnêteté, il n’y a pas de quoi fouetter un cœur…Il y a même quelquefois des illustrations d’idées philosophiques. Ce pauvre Martin  qui creuse la terre et creuse le temps résume en une courte chanson, ce que Camus nous a dit dans le mythe de Sisyphe.

 

À propos de Camus. D’après divers témoignages, il paraîtrait que Camus aimait beaucoup les chansons. Il chantait une chanson qui pourrait être une chanson populaire d’un chansonnier proche d’Aristide Bruant ; En fait il est probable que la chanson ait été composée par Camus

 

Elle s’appelait misère de ma vie,

Car c’était bien vrai,

Elle n’avait pas chance

Avec ses poumons au trois quarts pourris

C’était une fille de l’Assistance

Pas de  chance….

Pas de  chance….

 

Elle était née le jour des morts,

C’est un bien triste sort,

Elle fut séduite à la trinité

C’est une calamité

 

(Variante)

Elle était née le jour des morts,

C’est un bien triste sort,

Elle est morte à la trinité

C’est la fatalité

 

Son père s’adonnait à la boisson

Sa mère lâchement avait su (?)

Et elle mourut sans parents,

Elle qui vécut sans enfants.

 

Mon père me racontait que lorsqu’il fréquentait Camus, les amis  avaient l’habitude au cours des réunions festives de pousser la chansonnette et ils chantaient souvent les chansons algéroises  d’Edmond Brua.

Roland Simounet raconte un voyage en auto avec Camus entre Alger et Orléansville            (Traces écrites,    Domens, Pézenas, 1997 p.49)

  Ce jour-là il (Camus) propose de chanter  sa chanson de son choix, tout le monde allait de son refrain, …

Avec nous nous avions pris une jeune fille fraîche et innocente….

Quand arriva son tour, elle commença quelques couplets du « gorille ». Un, deux, trois quatre. Comme elle avait l’air de bien connaître cette chanson. Camus risqua de lui demander si elle savait la suite ; sans interruption, elle alla jusqu’au bout. Il suffoqua de rire, apparemment il était le seul à connaître cette fin…

Brassens aurait eu beaucoup d’admiration pour Camus et il existerait un exemplaire de la Peste annoté par Brassens.

 

Jean-Pierre Bénisti

 

 

 

Voir émission de Raphaël Einthoven sur France Culture :

 

http://www.franceculture.com/emission-les-nouveaux-chemins-de-la-connaissance-chaos-35-la-fable-de-brassens-et-la-fontaine-2011-0

 

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